Direct, parfois de mauvaise foi, franc et même blessant. Le chroniqueur Roy Keane est à l’image du joueur fantastique qu’il fut : rude. Les meneurs de jeu passés en Premier League à son époque vous le confirmeront : mieux vaut ne pas être dans le collimateur de l’Irlandais. Sa liste de victimes s’est allongée il y a quelques semaines d’un nouveau poste : gardien de but. Et c’est le pauvre David de Gea, coupable d’une faute de main face à Tottenham (1-1), qui en a fait l’amère expérience.

"Je suis choqué par le but qu’il a pris, s’est révolté le consultant de Sky Sports face à un Patrice Evra gêné aux entournures de voir un ancien coéquipier humilié ainsi publiquement. J’ai regardé beaucoup de football au fil des ans, mais concéder un but comme celui-là… Je fulmine rien qu’en regardant ce match. Je n’en peux plus de ce gardien de but. [Si j’étais encore joueur] je le frapperais à la mi-temps. Et il n’y aura pas moyen pour lui d’y échapper, je lui balancerais des coups de poing. C’est un arrêt très simple pour un gardien considéré de niveau international. Je suis sidéré !" Violent et caricatural. Du Keane tout craché. Mais dans chaque cliché se cache toujours une part de vérité.

League Cup
Tottenham revient de loin
IL Y A 3 HEURES

Car depuis quelques saisons, l’Espagnol n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’il fut, à savoir le meilleur gardien de Premier League. Dépassé par Alisson, Ederson et Lloris – au moins – dans la hiérarchie, il a surtout donné l’impression de ne plus progresser depuis 2018, date d’un fiasco espagnol où il fut désigné comme coupable. Désormais, on parle plus de lui pour ses ratés, comme sur cette frappe anodine de Steven Bergwijn, que pour ses arrêts spectaculaires.

"De Gea, c’est un excellent shot-stopper, très félin, excellent avec les arrêts au pied mais qui n’a aucune influence dans le domaine aérien, nous expliquait Christophe Lollichon, entraîneur des gardiens à Chelsea dans notre podcast consacré aux meilleurs gardiens du XXIe siècle. Il a très peu d’anticipation dans la surface donc, De Gea, on ne retient que ses arrêts. Combien de gardiens sont capables d’anticiper les situations pour éviter de devoir faire des arrêts ? De Gea, en tout cas, n’en fait pas partie". Alors, fatalement, quand les arrêts ne se font plus…

"Un gardien fait un arrêt simple et on a l’impression qu’il a sauvé l’équipe : il faut arrêter"

Le dilemme de MU

Alors, De Gea "surcoté" pour reprendre les termes de l’aboyeur irlandais ? Cela signifie au moins que sa cote a un moment été au sommet avant d’en prendre un sérieux coup. Alors qu’il arrive dans la force de l’âge, 29 ans, on a l’impression d'un terrible coup de vieux. Et que l’aventure mancunienne, longue et éreintante depuis le départ de Sir Alex Ferguson, a eu raison de ses qualités intrinsèques.

Dans l’histoire, Manchester United se retrouve face à un dilemme : faut-il encore faire confiance à De Gea pour être le dernier rempart d’une équipe qui semble à même d’entamer, enfin, un cycle vertueux ? Même dans un club attaché à la tradition, la tentation du jeunisme est forte avec Dean Henderson, le successeur désigné qui s’est révélé cette saison dans les buts de Sheffield United. Surtout, pour entamer un nouveau chapitre, il faut parfois définitivement clore le précédent malgré un contrat prolongé l’année dernière jusqu’en 2023.

Dean Henderson, le successeur tout désigné de de Gea ?

Crédit: Getty Images

Arrivé en 2011 après que Sir Alex Ferguson se soit laissé convaincre par Eric Steele, son entraîneur des gardiens - l’Ecossais privilégiait la piste Manuel Neuer à l’époque -, De Gea est le dernier titulaire à avoir connu l’ère des succès et du doux parfum de domination sur l’Angleterre. Dans le vestiaire, seuls Phil Jones et Jesse Lingard, peuvent se targuer de l’avoir aussi humée.

Dans le débat, plutôt que le tonitruant Roy Keane, c’est plutôt le mesuré Gary Neville qu’il convient d’appeler à la rescousse. "Je n’adhère pas du tout à l’idée d’un Dean Henderson qui arrive de Sheffield United et qui pourrait s’installer devant la tribune Stretford End et gérer les exigences que le poste de gardien de but à Manchester United réclame, explique ainsi l’ancien capitaine des Red Devils. Il faut du caractère pour être capable de jouer dans ces cages. Ce qu’a fait De Gea sur les quatre ou cinq dernières années, c’est de s’être construit une réputation qui mérite une opportunité de se remettre sur pied. Il a montré par le passé qu’il fait partie du gratin". Reste la question à laquelle tout Old Trafford espère rapidement trouver la réponse : Peut-il encore le prouver ?

https://imgresizer.eurosport.com/unsafe/0x0/filters:format(jpeg)/origin-imgresizer.eurosport.com/2020/03/01/2787285.jpg
League Cup
Mendy à Chelsea : Comment expliquer le transfert le plus improbable de l'été ?
IL Y A 13 HEURES
Serie A
14 cas de Covid au Genoa, Baldé également positif à la Sampdoria avant son transfert
HIER À 21:25