La nouvelle est tombée sur le site de Chelsea samedi dernier à 17:00, heure de Los Angeles : un accord de vente du club de Roman Abramovitch au consortium dirigé par Todd Boehly avait été trouvé, qui deviendra official lorsque Boehly, ses associés et l'équipe dirigeante qu'il entend mettre en place auront passé le "test d'honorabilité et d'aptitude" auquel la Premier League astreint tout nouveau venu parmi ses vingt-et-un actionnaires (*).
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Le processus, qui est en cours, ne prend habituellement que cinq jours et, au vu de l'identité de certains et certaines qui l'ont passé avec succès autrefois, ne devrait pas occasionner de nuits blanches du côté de Chelsea. Garanties bancaires en place ? Pas de dettes douteuses ou non honorées ? Casier judiciaire vierge ? Une fois ces cases cochées, et elles le seront, l'acte de vente sera acté. Chelsea aura bien un nouveau régime en place avant le 31 mai, date d'expiration de la licence exceptionnelle que le gouvernement britannique avait accordée au club après le gel des avoirs de Roman Abramovitch.
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Il n'est pas surprenant que l'intérêt d'investisseurs du calibre de Boehly, mais aussi de ses rivaux pour la reprise - dont le milliardaire britannique Jim Radcliffe - ait été éveillé par la mise en vente forcée de Chelsea : nul autre club de PL n'a gagné plus de grands titres en Angleterre et en Europe que les Blues depuis que l'oligarque russe l'acheta pour moins de 140 millions de livres (l'équivalent de 200 millions d'euros à l'époque) à Ken Bates le 1er juillet 2003 (*). Ce n'est pas tous les jours qu'un authentique géant du football européen est sur le marché.
Ce qui est beaucoup plus surprenant, par contre, est la taille de l'investissement consenti par le consortium de Boehly : cinq milliards d'euros, soit quatre fois plus environ que ce que Stan Kroenke dépensa pour acquérir 100% des actions d'Arsenal entre 2011 et 2018. Cinq milliards d'euros, c'est dix fois le chiffre d'affaires des Blues en 2020-21, un exercice il est vrai marqué par l'impact de la pandémie, pendant laquelle le club enregistra une perte sèche de 171 millions d'euros. C'est deux milliards de plus que l'évaluation que le magazine financier Forbes fit du club l'an passé, et presque trois de plus que l'offre que Boehly, déjà, avait faite à Abramovitch en 2019, bien avant que la COVID frappe le monde et que Poutine frappe l'Ukraine.
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Questions à cinq milliards

De plus, on nous assure que cela ne prend pas en compte le remboursement de la dette de Chelsea FC envers son futur ex-propriétaire, laquelle n'est pas loin de 1,8 milliard d'euros; encore que, le produit de la vente étant déposé dans un compte gelé, nul n'est encore certain de la destination finale de cet argent. Or Boehly et ses associés, à savoir son partenaire des LA Dodgers Mark Walter, le fonds d'investissement Clearlake Capital et le milliardaire suisse Hansjorg Wyss, ne sont ni des mécènes, ni des superfans des Blues, ni des philanthropes, ni des états souverains prêts à dépenser les millions par centaines pour soigner leur image et accroître leur influence.
Boehly et ses associés entendent obtenir le retour sur investissement le plus juteux qui soit, et le plus rapidement possible, même si, au regard de la situation actuelle du club, de son modus operandi historique, totalement dépendant qu'il était des largesses d'Abramovitch, cela paraît une gageure. Pourquoi, alors, mettre une somme aussi colossale sur la table ? Comment Todd Boehly est-il parvenu à convaincre Jose E. Feliciano et Behdad Eghbali, les patrons du fonds d'investissement privé Clearlake Capital, de couvrir 60% des frais d'acquisition du club ?
On dira qu'une partie conséquente de ces cinq milliards - 41% du total - ne sera pas payée illico, mais sera affectée au développement du club sur les dix années à venir, pour financer, entre autres, des travaux d'agrandissement à Stamford Bridge, un stade exigü au regard des arènes des autres membres actuels du 'Big 6' et de son très probable futur pensionnaire Newcastle. Certes. Mais cela n'explique toujours pas comment un club qui fonctionne à perte depuis des lustres a pu séduire de tels investisseurs.
Des investisseurs qui savent aussi, on l'espère pour eux, qu'ils débarquent sur un marché dont deux acteurs de poids, Manchester City et Newcastle, disposent de moyens quasi-illimités en raison de leur relations plus qu'étroites avec les autocraties des Emirats Arabes Unis et d'Arabie Saoudite. Bonne chance à Chelsea pour trouver des sponsors aussi généreux et peu exigeants que ceux dont on lit et lira les noms à l'Etihad et à St James Park.
Une théorie voudrait que Boehly et le Clearlake Capital Group partagent le diagnostic qu'une grande partie du sport business américain fait de la Premier League depuis des lustres : le football anglais a beau être le plus populaire du monde, il demeure sous-évalué si on le jauge au regard du sport US, qui sait bien mieux exploiter son potentiel commercial, ce qui revient à dire aussi : sait bien mieux exploiter ses fans. On peut acheter six abonnements annuels à Arsenal pour le prix d'un ticket pour le SuperBowl.

Chelsea, champion du monde des clubs, le 12 février 2022, au stade Mohammed Bin Zayed à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis

Crédit: AFP

Une "révolution" à venir

Néanmoins, quand bien même on accepte ce diagnostic de "sous-évaluation", le modèle actuel du football anglais ne pourra jamais produire les retours sur investissement qu'escompterait normalement un fonds comme Clearlake Capital. D'ordinaire, quand un de ces fonds investit dans un club, c'est soit pour en accroître la valeur et le revendre en faisant un gros bénéfice (comme Elliott le fera, à hauteur de 250m€, si le fonds bahreini Investcorp leur achète Milan pour un milliard comme prévu), soit parce que ce club offre de belles perspectives en termes de profit sur le marché des transferts - le LOSC étant un exemple d'école en la matière. Or Chelsea n'entre dans ni l'une ni l'autre de ces catégories. C'est ailleurs, c'est autrement, que Boehly, Walter et les autres y trouveront leur compte.
Où ? En coulisses, on évoque une "révolution" à venir dans le domaine de la création et de la diffusion du contenu numérique lié à Chelsea. Il est exact que Boehly a de l'expérience en la matière, et est par exemple parvenu à négocier un accord des plus profitables avec la MLB (baseball) pour ses LA Dodgers, vainqueurs de la World Series en 2020. L'offre actuelle de la chaîne maison du club, Chelsea TV, est des plus modestes, pour ne pas dire insignifiante. L'améliorer ne sera pas difficile, sans exiger un investissement supplémentaire considérable pour autant. Le potentiel commercial d'une telle transformation est considérable.
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Ensuite, c'est cet été que Chelsea doit renouveler l'accord de sponsorship pour le maillot de son équipe (*). Boehly espère, dit-on, trouver un nouveau partenaire aux USA, qui serait plus généreux que Three l'est actuellement.
Enfin, et on eut vraiment dire, last but not least, on ne doit surtout pas oublier que Todd Boehly fut l'un des premiers investisseurs à croire en Draftkings, le jeu de fantasy sport qui, en l'espace de moins de dix ans, a crû au point d'être en pole position pour dominer le tout nouveau marché des paris sportifs aux Etats-Unis ; un marché qui, selon les experts, pourrait peser plus de mille millards de dollars lorsqu'il sera parvenu à maturité. Contrôler l'un des clubs les performants de la planète, au sein de la plus populaire des ligues, offrira certainement des possibilités interdites à la concurrence.
Mais tout cela vaut-il vraiment cinq milliards ?
Boehly et ses associés le croient, et qu'ils le croient doit faire penser que oui, même s'il est difficile de dire pourquoi.
(*) La PL est en effet une SARL dont les actionnaires sont les vingt clubs qui participent à son championnat, plus la FA, qui ne dispose pas de droit de vote au sein de son conseil d'administration, mais demeure l'autorité de tutelle pour tout ce qui touche à la compétition.
(*) Dix-huit trophées au total (sans inclure Community Shield et Supercoupes), quatre de plus que Manchester United, cinq de plus que Manchester City.
(*) La direction de Chelsea avait déjà négocié un accord pour la sponsorisation des manches de ce maillot à partir de la saison 2022-23 avant l'arrivée de Boehly. Le co-signataire est WhaleFin, une plateforme d'échange d'actifs crypto. Ce contrat, qui doit encore être validé, rapporterait 24m d'euros par an au club.
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