C'est une denrée rare. Une espèce très recherchée. Trouvez un numéro 6 de haut niveau est devenu un vrai casse-tête dans le football moderne. Demandez au PSG ! Depuis des années maintenant, l'équipe parisienne est en quête d'une sentinelle apte à équilibrer son équipe. Et depuis des années maintenant, Paris fait chou blanc. Et se retrouve régulièrement contraint à bricoler en achetant des relayeurs pour les faire reculer. La saison dernière, Paris a fait l'inverse en alignant Marquinhos plus haut sur le terrain. Mais alors pourquoi ? Pourquoi est-ce si compliqué de récupérer un 6 pour faire passer un cap à un cador en Europe ?

Pour comprendre cette problématique, il faut prendre un peu de recul. Et se pencher sur l'évolution du jeu. Ces dernières saisons, le football a changé de cap, mettant l'accent sur le jeu de possession. Et durant cette transformation, le rôle du milieu défensif pur a lui aussi pris un tournant clef. "Le poste de numéro 6 a beaucoup évolué. Avant pour caricaturer un peu, le 6 était un joueur costaud et grand. Et il s'occupait du marquage du 10, c'était son job, nous résume Benoit Pedretti, l'ancien milieu de Sochaux, Lyon ou encore de l'équipe de France. Maintenant, on va lui demander de s'occuper de la première relance et du coup d'être bon techniquement. Mais il a aussi besoin d'avoir un gros volume de jeu car il doit gagner des duels. C'est un joueur beaucoup plus complet dans le football actuel. Forcément, c'est plus compliqué à trouver."

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Ils maintiennent l'équilibre de l'équipe tout simplement

Cette palette beaucoup plus large est bien au cœur du sujet. Au fil des années, le 6 a vu son rôle s'élargir. On lui en demande beaucoup plus qu'avant. Il n'est plus seulement là pour récupérer des ballons. Son importance dans l'animation, notamment lors de la phase de transition, est devenue cruciale. "Le 6 de maintenant est le numéro 10 que l'on recherchait avant. Ce joueur qui organisait le jeu. En fait, on a inversé le 6 et le 10car cela devenait compliqué pour l'ancien 10 d'organiser le jeu plus haut sur le terrain. Du coup, il a plus de recul maintenant, et une vue d'ensemble du jeu, nous confirme Éric Rabésandratana, l'ancien milieu défensif du PSG. On a donc besoin de trouver des joueurs capables d'organiser le jeu mais aussi de récupérer des ballons. Et ça, c'est encore plus dur."

Si les sentinelles de haut niveau brillent souvent par leur volume de jeu, mais aussi leur simplicité et leur capacité à rendre des ballons propres à leurs coéquipiers plus offensifs, la créativité s'est bien déplacée sur le terrain. Et ça complique la donne pour récupérer le profil idoine. Surtout que c'est un rôle clef, qui est parfois sous-estimé dans certains clubs. "Cette année par exemple, Fabinho et Henderson étaient très importants à Liverpool. Ils ont maintenu l'équilibre de l'équipe tout simplement, constate Benoit Pedretti, qui aurait pu également citer Casemiro au Real, même si ce dernier a raté son exercice 2018/2019. C'est peut-être ce qui a manqué à Paris d'avoir un joueur avec de la grinta, qui est agressif, ne lâche rien et fait le sale boulot. Il y a de moins en moins de joueurs comme ça, qui acceptent d'être dans l'ombre pour faire briller ses partenaires".

Fabinho of Liverpool during the pre-season friendly match between Liverpool and Torino at Anfield on August 7, 2018

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Tu ne transformes pas un joueur offensif en joueur défensif du jour au lendemain

En championnat, l’absence d’un élément avec ce type de qualités peut se compenser. En Ligue des champions où chaque détail compte et les oppositions sont tout autre, c’est une autre histoire. "Il y a besoin d'un profil capable de faire le travail en long et en large. Mais il n'y en pas beaucoup. Or en Ligue des champions face à des équipes capables de garder le ballon, ça devient plus compliqué sinon", enchaîne Rabésandratana. "Dans une équipe composée de joueurs offensifs forts mais qui ne vont pas travailler beaucoup défensivement, tu as besoin d'avoir un milieu de terrain apte à faire le filtre". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les derniers vainqueurs de la C1 (Liverpool, Real ou le Barça) ont été au bout avec un schéma à trois milieux.

Alors que l'évolution du jeu a modifié la donne pour ce poste où l’on recherche presque un architecte du jeu, le manque de densité dans le vivier des 6 s'explique aussi peut-être par un temps d'adaptation de la formation. Former ce type de profil très complet n'est en effet pas naturel. Et pas forcément évident. "En formation, on oublie un peu d'axer sur le fait de défendre et de gagner des duels pour ce type de profil. On veut plus des joueurs de football dans son équipe. On préfère des éléments qui jouent plus au foot qui sont donc plus relayeurs. Mais il manque cette densité athlétique qui fait défaut souvent", regrette Pedretti. "Tu ne transformes pas un joueur offensif en joueur défensif du jour au lendemain, ajoute "Rabé", qui cite l'exemple de Paredes. Ce sont des qualités naturelles. Il faut avoir déjà ça dans son ADN." Des profils rares donc. Paris peut en témoigner.

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