Cet été-là, Kylian Mbappé savait à peine marcher. En juillet 2000, il n'était encore qu'un enfant comme les autres quand Nicolas Anelka devait devenir ce que le prodige de Bondy sera, 17 ans plus tard. A quelques différences près, on vous l'accorde.

A l'époque, le transfert du joueur de Trappes au Paris Saint-Germain est, en fait, un retour. Moins de trois ans plus tôt, Luis Fernandez le lançait dans le grand bain alors que le jeune attaquant n'avait pas encore 17 ans. Paris tenait un surdoué. Et devait le garder.

Transferts
La jeunesse, axe majeur de la cellule de recrutement du Real Madrid
18/09/2020 À 14:18

Jean-Michel Moutier, alors directeur sportif du club, avait entamé des discussions avec son entourage, quelques mois plus tard. "Il voulait que je signe un contrat de six ans, rappellera le joueur, plus tard, dans sa biographie Anelka, par Anelka. Du genre 'signe-là et sois content de jouer à Paris.' Personne ne peut me dicter ma conduite. Je déteste que l'on décide à ma place. Il a cru que j'allais sagement obéir. Ça ne marche pas comme ça avec moi."

Paris l'avait lâché pour une bouchée de pain…

Arsène Wenger avait flairé l'opportunité et l'intérêt du manager d'Arsenal était bon pour faire pression. "Les dirigeants parisiens n'ont pas cru qu'Anelka irait au bout de sa manœuvre, souligne Arnaud Ramsay, son biographe. Sauf qu'il l'a fait."

L'attaquant filait à l'anglaise. Montant de la transaction ? Cinq tout petits millions de francs. Le club londonien avait profité de vides juridiques entourant le trop récent arrêt Bosman pour ne débourser qu'un montant ridicule au regard du talent du "Frenchie".

"L'histoire d'amour s'était terminée un peu brutalement, note le journaliste qui l'a suivi dès son passage à l'INF Clairefontaine. Le PSG était vexé qu'Anelka soit parti. Anelka était vexé qu'on ne lui ait pas accordé une confiance totale."

Les séparations ne durent que trois ans. En 2000, Canal+ souhaite bâtir un nouveau projet pour briller en Ligue des champions. Et comme 17 ans plus tard, le PSG a besoin d'un symbole. Pierre Lescure et Laurent Perpère, les nouveaux patrons du club, négocient avec le Real Madrid où Anelka était devenu, un an plus tôt, le deuxième joueur le plus cher de l'Histoire.

… avant de le racheter à prix d'or

Lorenzo Sanz, le président de la Casa Blanca, a accordé un bon de sortie au joueur. Certes, l'attaquant français a été décisif pour le sacre européen des Merengue, en inscrivant deux buts en demi-finale, mais ses caprices ont aussi fait grand bruit en Espagne.

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Alors les deux clubs s'accordent rapidement, quelques jours avant des élections anticipées convoquées par Sanz. Le trophée de la Ligue des champions sous le bras, le dirigeant madrilène est certain d'être réélu. Ils se trompe. Finalement, il est renversé par les dettes colossales du club et les promesses galactiques de Florentino Pérez.

Le transfert d'Anelka est vite remis en cause : le nouvel homme fort du Real refuse catégoriquement de signer une moins-value dès sa prise de pouvoir.

Canal fait l'effort. Paris veut une équipe qui plaît aux Parisiens. Et qui gagne. Anelka est né à Trappes, il a débuté sa carrière au PSG et vient d'être sacré champion d'Europe en club et avec l'équipe de France. Aucun autre joueur ne peut mieux incarner le projet que lui.

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Le club de la capitale débourse 220 millions de francs, somme également versée par le Real, un an plus tôt, pour arracher le joueur à Arsenal. L'attaquant paraphe un contrat de sept ans lui garantissant plus d'un million de francs par mois. Les vieilles rancœurs sont balayées.

Anelka, tête de gondole du "PSG banlieue"

"Anelka est amoureux, souffle Arnaud Ramsay. Le club français qu'il aime et qu'il supporte, c'est le PSG. Au moment de son départ, il n'y avait pas eu de véritable clash, et puis, les dirigeants ont changé."

22 juillet 2000. Le prince est présenté en grande pompe au Parc, devant 22000 spectateurs, à la mi-temps d'un amical opposant Paris aux Corinthians. Laurent Perpère, président-délégué, jubile. "Je me souviens de la fierté dans ses yeux, dira le joueur dans sa biographie. Celle de m'avoir fait revenir, de bâtir un projet de reconstruction du club articulé autour des jeunes de la banlieue parisienne."

Paisley, Kelban, Distin, Ducrocq ou Madar… Tous sont nés ou ont grandi dans la capitale. Les voici réunis dans un nouveau projet construit autour d'autres recrues (Dalmat, Luccin) ou de cadres (Okocha, Benarbia, Robert). Et mené, maintenant, par Anelka.

Avec Philippe Bergeroo, la mayonnaise prend et les résultats le prouvent. En attaque, le trio Robert - Christian - Anelka fait des merveilles. "J'ai pris énormément de plaisir à jouer avec Nicolas, nous a assuré Robert. C'était un grand joueur, il avait tout. On l'a tout de suite senti concerné par le projet. Et en plus, c'était un acharné de travail."

Sans en faire une obsession, Anelka inscrit tout de même six buts lors des douze premières journées, aidant le PSG à garder la tête du classement après les trois premiers mois de compétition. En Ligue des champions, Paris alterne le bon et le moins bon. Jusqu'au 24 octobre 2000.

Le rêve né contre Rosenborg et dissipé dans la crise de novembre

Au Parc, Paris croit changer de dimension en pulvérisant Rosenborg (7-2) dans le sillage de son chouchou, auteur d'un doublé. "Là, on se dit que c'est une machine de guerre et qu'ils peuvent gagner la Ligue des champions, se souvient Arnaud Ramsay. A ce moment-là, ce PSG, où Anelka était la tête de gondole, avait tout pour briller."

Sylvain Distin, Nicolas Anelka et l'entraîneur Philippe Bergeroo lors de la large victoire du PSG face à Rosenborg, le 24 octobre 2000

Crédit: Getty Images

Oui mais voilà, Paris ne serait pas tout à fait Paris sans traverser une crise sportive en novembre. C'est bien simple. Toutes compétitions confondues, le club de la capitale ne remporte pas la moindre rencontre sur l'ensemble du mois. Le 2 décembre, l'humiliation subie à Sedan (5-1) condamne Philippe Bergeroo. "Quelque chose s'était cassé", notera Anelka.

Le PSG sait ce qu'il perd. Mais ne sait pas encore ce qu'il récupère. Luis Fernandez, l'homme de la Coupe des coupes, est de retour. "Et il a tout pour coller, note le journaliste. S'il y a bien un mec qui a 'l'esprit Paris', c'est lui. En plus, il a lancé Anelka en pro. Tout le monde pense qu'il est encore l'homme de la situation, même s'il est un peu éruptif..."

Fernandez est arrivé, le projet s'est envolé

Cette fois, la greffe ne prend pas. Ni dans le jeu, ni dans le vestiaire. Sur le terrain, Anelka n'est plus du tout celui qu'il était quelques semaines plus tôt. "Il n'était plus efficace, s'estimait peu servi, mal exploité, rapporte son biographe. Humainement, ça ne collait pas avec Luis. Il ne s'épanouissait plus." Paris non plus.

"Quand Luis est arrivé, tout a été chamboulé, se remémore Laurent Robert. Dans sa tête, il était encore joueur, il voulait être le numéro un. Et avec ceux qui, parmi nous, avaient du caractère, ç'a été un peu plus compliqué. Moi, j'ai eu le même problème que Nico. Luis n'a pas su nous comprendre."

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Pour redresser la situation sportive, Fernandez prend la main sur le mercato et fouille le championnat espagnol, où il vient de passer quatre saisons en tant qu'entraîneur de Bilbao. Pochettino, De Lucas et Arteta débarquent. Dalmat s'en va pour faciliter l'arrivée de Vampeta, en provenance de l'Inter. Mais la solution n'en est pas une. Sportivement, elle n'arrange rien : Paris fait une croix sur la C1, les Coupes et stagne en championnat. Dans le vestiaire, elle sème la zizanie.

"On ne nous a pas laissé le temps, confiera Anelka dans sa biographie. Bergeroo a sauté et la politique du club a changé." "Toute cette frange issue de la banlieue, proche d'Anelka, s'est sentie dépossédée du projet, analyse Arnaud Ramsay. A partir du moment où Fernandez le redéfinit, l'histoire n'est plus du tout la même."

Un malaise de plus en plus profond

Le cercle est devenu vicieux. En crise de confiance, comme la plupart de ses coéquipiers, Anelka ne marque qu'à trois reprises sur l'ensemble de la deuxième partie du championnat. Et maintenant, son mal-être dépasse le rectangle vert.

"Les gens et une partie des supporters ne me voyaient pas de la même façon, alors que j'étais resté le même. C'était frappant. Je sentais de la haine, rapportera-t-il dans la publication. Évidemment, je roule dans des belles voitures. Mais pourquoi aurais-je dû aller à l'entraînement en Twingo alors que j'ai une Ferrari ?"

Nicolas Anelka, le 5 août 2000, lors de Rennes - PSG

Crédit: Getty Images

Le malaise perdure. Entre Anelka et Fernandez, la rupture est de plus en plus profonde. Dès la saison suivante, l'attaquant est écarté du groupe à plusieurs reprises, payant de vives altercations avec son entraîneur. Devenue irréversible, la situation pousse la direction parisienne à organiser le départ de celui qui devait incarner son projet "PSG banlieue".

Dès janvier, le joueur est envoyé à Liverpool pour un prêt assorti d'une option d'achat de 180 millions de francs. Paris n'aura pas de retour sur investissement et se fait une raison. Six mois plus tard, le club devra se résoudre à perdre beaucoup plus d'argent.

Anelka n'est pas conservé par les Reds et rebondit finalement chez le promu Manchester City lors d'un transfert estimé à 19 millions d'euros. Pour ceux qui l'avaient rêvé en icône, c'est un crève-cœur. Pour lui, c'est un soulagement : "Quitter le PSG a été une libération."

Nicolas Anelka fête un but inscrit lors de Manchester City - Everton, le 31 août 2002

Crédit: Getty Images

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