Octobre 2015. Gianelli Imbula est au centre de toutes les conversations. La Belgique de Marc Wilmots et les Bleus de Didier Deschamps se disputent le phénomène. "Il doit écouter ce que lui dicte son cœur et faire ensuite les démarches nécessaires pour devenir belge", le presse alors le sélectionneur des Diables Rouges. Un an plus tôt, le hashtag #Imbula2014 fleurit déjà sur Twitter pour celui qu’on compare à Yaya Touré ou Abou Diaby, les blessures en moins.

Deschamps ne le sélectionne pas pour le Mondial brésilien mais ce n’est que partie remise, pense-t-on alors. A 23 ans, en 2015, il quitte l'OM et devient la recrue la plus chère de l'histoire du FC Porto (20 millions d'euros). "C'est un garçon au potentiel énorme. A l'époque, je me dis qu'il va terminer dans un top club européen", nous confie aujourd'hui Pierre Mankowski, son sélectionneur chez les Espoirs. "Il n'avait pas peur. Grâce à son pied gauche incroyable, il était très déstabilisant, continue Lionel Rouxel qui l'a découvert à Guingamp. C'était un garçon assez peu bavard et un peu mystérieux par moment. Il fallait l'accompagner plus que les autres."

C'est en 2015, au sommet de la "hype", alors que tout le monde le consacre comme l'une des plus belles promesses du foot européen, que tout s'écroule. Cinq ans plus tard, que reste-t-il de celui que tous les observateurs imaginaient comme le futur patron du milieu de l'équipe de France ? Mardi 6 octobre, l'En Avant Guingamp, son club formateur avec lequel il a été élu meilleur joueur de L2 en 2012, a décidé de l'intégrer à ses entraînements. Sans lui proposer de contrat pour le moment.

Porto, Stoke City, Toulouse : symbole d'un mercato qui perd la tête

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Les Bleus, mais aussi Arsenal et Chelsea, lui faisaient du pied et, aujourd'hui, il doit convaincre le 14e de L2 de lui offrir un contrat : comment a-t-il pu en arriver là ? "Ce n'est pas le parcours que j'avais imaginé, avouait-il pudiquement à L'Equipe en 2017. Les gens te montent vite et te descendent vite aussi." En cause, des choix de carrière baroques, des transferts peu clairs et des prestations médiocres.

A l'été 2015, alors qu'il rayonne en L1 sous les ordres de Marcelo Bielsa, l'OM, en recherche de liquidités, le met gentiment à la porte. Imbula, d'abord attendu à Valence avant que le club espagnol ne remercie son directeur sportif Francisco Rufete, débarque à Porto à l'issue d'un montage financier opaque et illégal. On lui force une première fois la main.

Giannelli Imbula sous le maillot de Porto

Crédit: Panoramic

Une machine à cash

"Son entourage lui a fait du tort, lui faisant prendre des directions qui sont à contresens de ce qu'il fallait faire. N'est pas M. Mbappé qui veut. Les parents qui s'occupent de la carrière c'est bien, s'ils en sont capables et s'ils ne font pas passer leur intérêt avant ceux de leur fils, témoigne Laurent Schmitt, agent sportif en Bretagne qui a suivi la progression d'Imbula dès ses premiers pas. Il a été une machine à cash, il a généré de l'argent au détriment de sa carrière."

Son père le pousse à aller à Porto et touche deux millions d'euros de commission dans l'affaire. Là-bas, il n'arrive à rien et Porto sait, bien avant qu'Imbula signe son contrat, qu'il le revendra un an plus tard. Son aventure durera finalement six mois, chaotiques, avant un départ à Stoke City. Comme prévu, Porto fait une jolie opération dans l'affaire (25 millions d'euros) mais le Français passe d'un club de Ligue des champions à une formation qui lutte pour le maintien en Premier League.

Imbula sous le maillot de Stoke City

Crédit: From Official Website

On disposait deux plots distants de dix mètres, mais lui n’en faisait que cinq en courant

Il devient le symbole d'un mercato qui perd la tête où le joueur est une variable d'ajustement pour équilibrer les comptes, un actif pour dégager des plus-values. On regarde ce qu'il peut rapporter sur le marché des transferts plutôt que sur la pelouse. "Le gros problème de sa carrière, c'est son père qui jouait les agents. Il l'a tétanisé", nous éclaire un recruteur qui gravitait alors autour des terrains de l'En Avant Guingamp. A Stoke City, il perd complètement le fil de sa carrière qui périclite de prêt en prêt (Toulouse, Rayo Vallecano, Lecce). Il ne se fixe jamais.

A Toulouse, la Ligue 1 retrouve le fantôme du petit génie qui l'avait quittée deux ans plus tôt. Et Imbula n'est pas exempt de tout reproche : "On disposait deux plots distants de dix mètres, mais lui n’en faisait que cinq en courant, enrage son coach au TFC, Pascal Dupraz. Ce genre de comportement est très énergivore. Entre les problèmes de ponctualité ou d’irrespect, je n’ai presque jamais fait mon métier d’entraîneur."

Hamari Traore (Rennes) entre Max Gradel et Giannelli Imbula (Toulouse).

Crédit: Getty Images

Je sentais que je pouvais le perdre à tout moment

A Marseille, en 2014, une altercation l'oppose à Florian Thauvin. Après un accrochage avec un membre du staff, Willy Sagnol ne veut plus le voir avec les Espoirs dès 2013. Talentueux mais nonchalant et caractériel, il est très vite surnommé "Imbulard". Tant qu'il rayonne sur la pelouse, on lui passe ses caprices. Mais quand plus rien ne va, c'est sa face sombre qui refait surface.

"Moi, je n'ai jamais eu à m'en plaindre, témoigne Pierre Mankowski. C'était un joueur très renfermé et il était difficile de communiquer avec lui. Il avait un côté un peu triste, peu expansif. Je lui parlais, il semblait intéressé mais je ne sais pas si ça avait le moindre effet sur lui. C'était une bombe à retardement mais qui pouvait très bien ne jamais exploser. Bien sûr, il avait un potentiel énorme mais il y avait toujours un doute qui l'entourait, je sentais qu'on pouvait le perdre à tout moment."

Imbula a fini par se perdre tout seul. A moins que, de Guingamp à Guingamp, il ait fini par retrouver son chemin. A 28 ans, il n'est peut-être pas trop tard.

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