Il y aura eu Karim Benzema, le diamant longtemps exposé en vitrine pour vendre le savoir-faire de l’OL. Mais le centre de formation lyonnais avait d’autres perles en magasin. En pleine confection, certes, mais avec une densité rare à ce niveau. Des buts, des émotions en pagaille et la fierté d’aligner autant de joueurs du cru : voilà ce qu’ont apporté Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso, Samuel Umtiti et Nabil Fekir à l’Olympique Lyonnais durant leurs années à Tola Vologe.
Puis, ce fut le grand exode. Démarré par Samuel Umtiti en 2016 et achevé par Nabil Fekir à l’été 2019. Les quatre ont autant ravi les supporters que garni les caisses de leur club formateur : presque 140 millions ont été récupérés sur ces 4 joueurs. Vendus comme des cracks qu’ils étaient, les quatre ont connu des fortunes diverses. Reste qu’à l’entame de cette année 2021, autant en club qu’en sélection, aucun n’a pu atteindre ou rester aux sommets attendus. Zoom sur quatre cas particuliers.
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Umtiti, le sommet 2018 et la brutale retombée sur terre

La trajectoire : Linéaire vers les sommets. Alors que son transfert au Barça est en discussion, Samuel Umtiti voit son destin basculer fin juin 2016. Adil Rami suspendu, il prend place dans l’axe central des Bleus pour la première fois, en plein Euro. Il ne quittera plus le poste jusqu’à ce Mondial russe en forme d’apothéose, où son coup de casque salvateur face à la Belgique restera dans les mémoires. En club, il forme une paire incontournable aux côtés de Gérard Piqué pendant deux saisons. Bref, tout roule.
Le tournant : C’est évidemment ce fichu genou. Sacrifié pour la France mais indisponible pour le Barça dès l'automne 2018. C’est le début d’une longue descente aux enfers, ponctuées de rechutes et de statut écorné. En son absence, Clément Lenglet s’impose et Umtiti dégringole dans la hiérarchie. Fin 2020, même Araujo semblait devant.
Ce qu’il en est aujourd’hui : Le gaucher a enchaîné trois matches complets de rang en Liga, une rareté ces dernières saisons. Ronald Koeman, surpris de trouver un défenseur de son niveau aux oubliettes du club semble disposé à le réinstaller. A quelle condition ? Pouvoir compter sur lui durablement.

Koeman sur Umtiti : "Nous devons prendre des décisions"

L’avis d’Eurosport Espagne (Felix Martin) : "Le fait d’avoir joué ce Mondial sur un genou ne l’a pas seulement privé du poste de titulaire mais l’a aussi poussé vers la sortie à plusieurs reprises au Barça. Mais la situation actuelle du club, avec Piqué et Araujo blessés, ainsi que l’incapacité à recruter des joueurs au mercato change peu à peu sa situation avec Koeman qui lui donne des opportunités".
Le bilan, cinq ans après : Le grand saut d’Umtiti lui aura d'abord rapporté gros. Un Mondial, une place de titulaire dans un des plus grands clubs au monde et une trentaine de sélections avec les Bleus où son duo avec Varane aura été une des pierres angulaires de Didier Deschamps. De tous les ex-Lyonnais en question, c’est sans doute celui qui s’est le plus imposé partout où il est passé. Reste que sa blessure a marqué une rupture dont on ne sait pas encore si elle risque d’être définitive…

L'enchaînement de blessures a cassé la dynamique du champion du monde, Samuel Umtiti, depuis deux ans

Crédit: Getty Images

Lacazette, au mauvais endroit au mauvais moment ?

La trajectoire : Cyclique. S’il fallait un terme pour définir Alexandre Lacazette depuis son départ de l’OL, ce serait sans doute celui-ci. Chez les Gunners, il connaît trois coaches différents qui ne le voient pas forcément comme l’atout offensif numéro un. Si Arsène Wenger s’appuie sur lui dès sa première année, Unai Emery n’hésite pas à le reléguer sur le banc à plusieurs reprises même si son apport en Ligue Europa est majeur. Quant à Mikel Arteta, il semble avoir compris comment magnifier l’ancien Lyonnais. Il n’empêche : depuis son arrivée en Angleterre, pas aidé par une équipe qui se cherche depuis des années, il n’a jamais symbolisé les Gunners (Özil puis Aubameyang) et n’a jamais réussi à enchaîner suffisamment pour marquer les esprits. En sélection, il est persona non grata depuis novembre 2017.
Le tournant : C’est peut-être le plus surprenant mais il ne semble n’y en avoir aucun. Ni dans le bon sens, ni dans le mauvais. Si sa saison 2019-2020 aura ressemblé à une longue galère dans un navire qui prenait l’eau de toutes parts, Lacazette a semblé resté sur le même rythme. A moins que…
Ce qu’il en est aujourd’hui : Et si le Boxing Day 2020 servait de catalyseur ? Face à Chelsea, Lacazette rompt avec sa diète de buts et lance une série nouvelle. 6 buts en 7 matches et des Gunners qui reprennent vie alors qu’on les pensait mort. Dans cette renaissance, le rôle de Lacazette est essentiel : pivot, point d’appui, relais ou buteur, sa panoplie complète semble le destiner à enfin vraiment commencer son aventure vers les sommets.

Arteta sur le but de Lacazette : "On a besoin des grands joueurs dans les moments difficiles"

L’avis d’Eurosport Angleterre (Enis Koylu) : "C’est bizarre à dire mais quatre ans après son arrivée, son cas fait toujours débat concernant ses mérites de buteur. Il est sujet à des variations de forme embêtantes, avec de longues séries de matches sans but mais également capable de dominer des matches de son talent, de faire tout ce qu’il faut devant et pour aider l'équipe. A son top, c’est un buteur racé qui peut propulser Arsenal vers le haut. Mais, dans ses pires moments, il est anonyme et manque cruellement de confiance".
Le bilan, quatre ans après : Décevant au regard de son immense talent et de sa palette ô combien complète. La forme d’Arsenal et les choix du club ont sans doute limité ses possibilités mais l’ancien Lyonnais n’a jamais pu/su prendre le pouvoir dans une équipe qui ne demandait que ça. En sélection, il semble promis à regarder l’Euro à la maison. Immense buteur en L1, il est rentré dans le rang en Premier League. Définitivement ?

Alexandre Lacazette

Crédit: Getty Images

Tolisso, le crack devenu joueur de rotation parfait

La trajectoire : Une première saison dans le ton de ses dernières saisons lyonnaises (40 matches, 10 buts, 7 passes) mais avec un géant d’Europe : pas de doute, le choix de Tolisso fut le bon. Sa polyvalence et son sérieux lui ouvrent logiquement les portes du groupe France pour le Mondial. Cinquième homme au milieu, il reste largement utilisé par Deschamps, notamment face à l’Uruguay pour pallier l’absence de Blaise Matuidi. Comme Umtiti, ce Mondial a symbolisé un zénith d’où il est vite redescendu.
Le tournant : 15 septembre 2018, 3e journée de Bundesliga, Tolisso fête son titre mondial en ouvrant le score face à Leverkusen. Mais quelques minutes plus tard, il est stoppé net par une rupture des ligaments croisés au genou droit. A son retour, Joshua Kimmich, Thiago Alcantara mais surtout Leon Goretzka ont pris le contrôle au milieu. L’équipe qui va se sacrer à Lisbonne prend forme sans lui.
Ce qu’il en est aujourd'hui : Malgré le départ de Thiago Alcantara, rien n’a vraiment changé. Dans le 4-2-3-1 bavarois, Tolisso n’a pas sa place même s’il retrouve du temps de jeu. Récemment, la presse allemande avançait que le Bayern ne serait pas contre son départ à l’été. Preuve que le mariage n’a pas fonctionné comme cela était prévu.

Hans-Dieter Flick et Corentin Tolisso

Crédit: Getty Images

L’avis d’Eurosport Allemagne (Florian Bogner) : "Puisque le Bayern en avait fait le joueur le plus cher de son histoire à l’époque, ils en attendaient sans doute un peu plus. Outre sa blessure, son problème est que le 4-2-3-1 ne lui offre aucune garantie tant il excelle dans un rôle de relayeur, de numéro 8. Il n’est pas assez bon défensivement pour être une sentinelle au Bayern et pas assez bon offensivement pour être le maître à jouer du Bayern. Peut-être qu’il doit forcer sa chance ailleurs…"
Le bilan, quatre ans après : Loin d’être infâmant, avec un Mondial, une Ligue des champions et trois titres de champion au Bayern. Collectivement, Tolisso est monté très haut, bien aidé par sa polyvalence et un état d’esprit apprécié de tous ses coaches. Individuellement, celui qui devait devenir une pierre angulaire en Bavière est devenu une variable d’ajustement et semble en incapacité de renverser la table en sélection où les tauliers sont indéboulonnables (Kanté-Pogba) et où la jeune garde lui fait de l’ombre (Camavinga).

Fekir, l’énigme persistante

La trajectoire : Du plus talentueux au plus anonyme. Par rapport à ses copains lyonnais, Fekir aura été celui dont l’envol loin du Rhône aura été le plus tardif. Et le plus surprenant. En atterrissant au Bétis Séville, le gaucher s’éloigne des lumières mais découvre un championnat qui semble façonné pour ses qualités. On pense le Bétis comme une possible transition pour se rappeler au bon souvenir du Barça ou du Real. Deux ans plus tard, on s’interroge encore. Titulaire indiscutable certes mais d’un club actuellement 8e de Liga (15e l’an passé). En sélection, si Didier Deschamps lui reste fidèle après le sacre de 2018 dont il fait partie dans la rotation, c’est parce que son profil reste unique pour remplacer Griezmann.
Le tournant : Il se situe avant son aventure andalouse. Mai 2018, l’OL et Liverpool tombent d’accord pour un transfert à hauteur de 70 millions. Et puis, patatras. Les Reds abandonnent le dossier dans des circonstances qui restent floues et Fekir rate le train. On dit souvent qu’il ne passe pas deux fois…
Ce qu’il en est aujourd’hui : Avec Manuel Pellegrini, le gaucher est une pièce essentielle du puzzle andalou. Mais ses stats (1 but en 18 matches) et son irrégularité chronique en font un joueur dont on ne cerne plus vraiment les envies et surtout la capacité à briller au plus haut niveau. Sans Ligue des champions ni Ligue Europa, il semble avoir disparu des radars français…
L’avis d’Eurosport Espagne (Felix Martin) : "Fekir reste un joueur à part, capable de hauts et de bas, avec des éclairs de génie mais aussi de vraies absences. Son arrivée au Bétis Sévile fut tellement surprenante mais je ne sais pas si c’est une erreur de sa part. Ce qui est sûr c’est que le Bétis n’est pas un habitué des places européennes ces dernières années. Ça parait bizarre qu’un joueur de top niveau comme lui n’ait pas l’ambition de jouer dans un club qui joue l’Europe chaque saison. Même la Ligue Europa…"
Le bilan, deux après : Toujours aussi difficile à juger. Mais ses absences récurrentes en équipe de France prouvent que le choix Bétis Séville risque de se retourner contre lui. L’énigme Fekir reste toujours aussi épaisse. Et, des quatre, c’est sans doute celui qui doit nourrir le lus de regrets au regard d’une carrière difficile à caractériser.

Didier Deschamps félicite Nabil Fekir après sa performance lors de France - Irlande, le 28 mai 2018

Crédit: Getty Images

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