Académie, compétitivité : pourquoi les champions de Formule 2 ne suscitent-ils plus l'intérêt de la Formule 1 ?

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Deux des trois derniers champions de Formule 2 n'ont jamais été promus en Formule 1, alors que leurs cinq prédécesseurs ont tous eu une opportunité. Et cela ne s'explique pas uniquement par des questions de timing : la catégorie reine ne regarde plus sa petite sœur comme ce fut le cas jusqu’au début de la décennie. Désormais, le potentiel perçu prime sur les résultats. Et malheur au vainqueur.

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Video credit: Eurosport

Les résultats en championnat de promotion des derniers appelés en Formule 1 avaient semé des indices impossibles à ignorer, et Flavio Briatore a tout confirmé sans ambages, les deux pieds dans le plat à Baku vendredi. Le directeur de l'écurie Alpine, qui dispose d'une des dernières places à pourvoir en Formule 1 pour la saison 2026, a expliqué qu'il était plutôt réticent à engager un pilote actuellement en Formule 2. Non pas parce que l'antichambre de la catégorie reine du sport automobile n'a plus la cote auprès de sa grande sœur. Mais plutôt parce que celle-ci l'observe différemment.
Deux des trois derniers champions – Felipe Drugovich et Théo Pourchaire – n'ont pas eu leur chance et pourraient ne jamais l'avoir. À l'inverse, des pilotes ayant finis sixième (Oliver Bearman, Kimi Antonelli) ou neuvième (Franco Colapinto) comme meilleur résultat au championnat ont été promus. Quelque chose de quasiment inimaginable il y a encore quelques saisons. Depuis le milieu des années 2010, jusqu'au début des années 2020, il fallait avoir été l'un des tout meilleurs en F2 pour obtenir une promotion. Pour retrouver trace de jeunes pilotes promus sans avoir été dans le haut du panier de l'antichambre, il faut remonter au début des années 2010.
Il y avait alors douze équipes dans le paddock (contre 10 en 2025). Faute de mieux, les Caterham et Marussia, habitués des fonds de grille, tentaient des coups en recrutant des pilotes moins en vue en GP2, l'ancêtre de la F2. Mais la grille s'est resserrée depuis, et les possibilités d'accéder à la F1 avec. Pourquoi la tendance réapparaît-elle ? Flavio Briatore a donné des éléments de réponse : "Je me souviens quand Schumi était en Groupe C avec Sauber, il gagnait toutes les courses, a-t-il expliqué à The Race. En GP2, c'était la même chose. (Lewis) Hamilton, c'était bam, bam, bam, bam. Fernando (Alonso) était en Formule 3000 et gagnait toutes les courses."
Très dur à décrypter
"Vous avez vu les courses de F2 et F3, a-t-il poursuivi. Tu vois qu'un mec a gagné une course, la suivante il est 14e. Tu regardes la course d'après, il est troisième et une semaine plus tard il est douzième encore. À notre époque, Hamilton faisait premier, deuxième, deuxième, troisième, deuxième, troisième, premier, troisième. C'était un indicateur clair, non ?"
Et il n'est pas le seul à penser que les résultats en catégorie de promotions sont un signe de moins en moins fiable. "Je trouve cela très dur de décrypter la performance en Formule 2 ces derniers temps", estimait déjà Christian Horner, l'ancien directeur de l'écurie Red Bull, en octobre 2024. Les champions de F2 sont effectivement moins dominateurs qu'auparavant : Théo Pourchaire a été sacré avec une seule victoire en 2023, et Gabriel Bortoleto avec deux en 2024. Mais cela est surtout dû à la hausse du niveau moyen, plutôt qu'à des talents moins étincelants.
En plus de cela, les performances d'Oliver Bearman et Franco Colapinto, invités surprise de la saison 2023 et dans les points dès leur premier GP malgré une saison discrètes en Formule 2, font désormais jurisprudence. Red Bull, et probablement une grande partie du paddock, en a tiré des enseignements. Il ne faut pas forcément exceller plus bas pour briller en F1. À Isack Hadjar, l'écurie autrichienne réclamait de la performance en F2 pour être promu chez Racing Bulls en 2024. Un an plus tard, la nouvelle pépite de l'académie Arvid Lindblad serait en très bonne position pour filer en Formule 1 malgré une 7e place seulement au classement de Formule 2 (une victoire).
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Jak Crawford (à gauche) et Leonardo Fornaroli (à droite) les deux leaders du championnat de Formule 2 après le Grand Prix d'Azerbaïdjan

Crédit: Getty Images

Pendant ce temps, les noms de Leonardo Fornaroli, Jak Crawford ou Luke Browning, aux trois premières places du classement après l'Azerbaïdjan, reviennent très peu voire pas du tout pour un baquet en 2026. Le premier a contre lui le fait de ne faire partie d'aucune académie d'une des écuries de F1. Les deux suivants en sont (Crawford chez Aston Martin, Browning chez Williams), mais au sein d'équipes bouchées au moins à court terme. Il est là, l'autre facteur qui explique pourquoi les meilleurs de F2 ne convertissent plus autant l'essai.
Les équipes donnent la priorité aux jeunes qu'elles soutiennent, souvent depuis plusieurs années, ne piochent pas chez les autres (en excluant l'imbroglio Piastri en 2023), et tant pis pour ceux passés sous les radars ou tombés dans une voie de garage. La décision se fait ainsi dès la petite adolescence, ou ils sont recrutés sur le potentiel perçu avec leurs performances en championnat nationaux de Formule 4.
La Formule 2, et sa petite sœur la Formule 3, étaient des championnats de promotion destinés à se révéler au monde. Ils sont devenus des outils de développement des talents des académies de F1. Le second baquet d'Alpine en est la preuve : les deux derniers candidats en lice pour Flavio Briatore sont Franco Colapinto, l'actuel titulaire qui doit sa place en F1 au fait d'avoir été dans la bonne académie au bon moment (chez Williams en 2024), et Paul Aron, membre de la pouponnière d'Alpine et qui pourrait donc connaître le même coup de chance. Le mérite, lui, n'a qu'à aller voir ailleurs.
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