Max Verstappen s'était étonné samedi après la qualification d'être le seul partisan du top 10 es pneus "dur" au départ. Son argument était simple : avec le décalage des mélanges un cran plus tendre décidé par Pirelli, ces gommes étaient tout bonnement les "medium" qui avaient bien fonctionné la semaine précédente. Seulement, lors du Grand Prix de Grande-Bretagne, les pilotes avaient ensuite pris des gommes "dur". Et dans cette logique, le pilote Red Bull devait, après ses "dur", prendre des "très dur" pour tenir le choc dimanche... Ce type de gommes n'existant pas, le raisonnement du Néerlandais semblait avoir une faille, d'autant qu'un départ en "dur" comportait un grand risque de perdre des places face à des concurrents bénéficiant d'un net avantage en termes d'adhérence.

Grand Prix du 70e anniversaire
Fin stratège, Verstappen a dégommé les Mercedes
09/08/2020 À 14:28

Bref, le Néerlandais était condamné à faire fonctionner ses "dur" le plus longtemps possible, pour en reprendre dans son second relais et finir, par exemple, en "medium", puisqu'il faut rouler avec deux types de pneus en course. Ce schéma, il l'a appliqué en passant des "medium" pour voir ce qu'il valait. Cinq tours lui ont suffi pour comprendre qu'il fallait retourner le plus vite possible aux "dur".

On ne saura jamais si les pilotes Mercedes, Valtteri Bottas et Lewis Hamilton, en tête de la course, auraient été capables de suivre ce choix. A priori non : à la fin de son premier relais de 26 tours en "dur", Max Verstappen était également plus rapide que le Finlandais et le Britannique, avec leurs "dur" changés pour des neufs aux 13e et 14e passages… La suite n'a fait que confirmer cette tendance : la RB16 ne développait pas de cloque, alors que les W11 en étaient percluses.

"Je ne m'y attendais pas", a assuré Max Verstappen après sa neuvième victoire en Formule 1. "J'ai fait un bon départ qui m'a permis de prendre la troisième place position (ndlr : à Nico Hülkenberg) et cela m'a bien aidé. Je voyais que les deux Mercedes devant moi avaient des problèmes avec leurs pneus et je me suis rapproché. Une fois qu'elles se sont arrêtées pour changer de pneus, j'ai pu prendre un bon rythme."

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"Je ne voulais pas me contenter de les suivre"

En passant devant son garage au 27e des 52 tours, il a juste laissé le leadership à Valtteri Bottas. Et l'a récupéré rapidement, sur une attaque incisive. "J'avais plus d'adhérence et j'ai pu le repasser Valtteri", a-t-il expliqué. Ses "medium" lui ont permis de reprendre la première place mais il n'a pas oublié que ces gommes étaient les "tendre" qui avaient été un fiasco le dimanche d'avant. Il a repassé par la case "stand" au 32e tour, en même temps que Valtteri Bottas, qu'il a gardé dans ses rétros.

D'ordinaire, il est adepte de la tentative d'undercut. Cette rentrée au stand anticipée a deux avantages : elles pousse une Mercedes à le suivre dans la voie des stand, et elle représente une vraie opportunité de se retrouver devant la seconde, une fois que celle-ci ressort de la pitlane un tour plus tard. Un tour mis à profit pour aller plus vite avec des gommes neuves.

On l'a aussi vu dimanche dernier, Max Verstappen se bat en permanence pour garder le contact derrière les Mercedes. Il le sait, un écart de 20 secondes interdit aux Flèches d'argent de passer au stand pour observer un arrêt de confort, histoire de ne pas faire sur la jante. Ce statut quo permet aussi au Batave de profiter d'une neutralisation qui réduit les écarts à néant et offre une opportunité de surprendre une Mercedes au restart. Voilà pourquoi, même quand il roule à bonne distance des Mercedes, le pilote de la Red Bull n°33 n'est jamais battu. Et quand il peut les suivre, il essaie de rentrer dans leur zone DRS, comme ce dimanche.

Dimanche, pour le Grand Prix du 70e anniversaire, il a fait les deux en chassant les Mercedes de près puis en contrôlant devant. Il s'est même montré offensif quand son équipe lui a demandé de temporiser dans le sillage des Mercedes, histoire de ne pas s'exposer à une déconvenue pneumatique. C'est ce qu'il faut savoir faire, mais il n'y était pas disposé. "Je ne voulais pas me contenter de les suivre comme je l'ai fait tout le temps pendant les autres courses, a-t-il répondu. Quand j'ai la possibilité de leur mettre la pression, je veux pouvoir le faire. Je déteste attendre derrière, surtout quand je vois que la voiture se comporte bien. Cela aurait pu être du suicide et il y a un risque de tuer ses pneus, mais ce n'était pas le cas aujourd'hui."

Max Verstappen et Gianpiero Lambiase (Red Bull) sur le podium du Grand Prix du 70e anniversaire 2020

Crédit: Getty Images

"Je n'attends pas de miracle"

Verstappen a été magistral du début à la fin, ce qu'un Toto Wolff un peu sonné a admis, avec une pointe d'admiration. "Les températures étaient très élevées aujourd'hui, a fait remarquer le manager autrichien à Sky Sports. Nous ne pouvions pas garder nos pneus en vie, alors que Max était de plus en plus rapide. Nous devons découvrir comment c'était possible, et comprendre pourquoi."

Mario Isola n'a pas non plus été avare en compliment. "Tout le week-end n'a été que pure stratégie, jugée à la perfection par Red Bull et Max Verstappen, a félicité le directeur de Pirelli Motorsport. Son choix de samedi après-midi de se qualifier en Q2 en 'dur', pour débuter la course, a payé. Une fois qu'il a gagné une position (au détriment de Nico Hülkenberg), grâce à son premier relais plus long, il a pu contrôler les Mercedes qui, derrière lui, avaient néanmoins le rythme pour se qualifier première et deuxième."

"Aujourd'hui était une bonne journée pour nous, il faut en être heureux", a prévenu Max Verstappen. Car la suite risque de voir un retour à la normale, la semaine prochaine à Montmelo, site du Grand Prix d'Espagne. "Il faut aussi être réalistes. Nous manquons de vitesse et nous devons résoudre ça, a-t-il annoncé. Je n'attends pas de miracle", a-t-il ajouté.

D'ici là, on lui rappellera qu'il n'y avait aucune chance non plus contre les Mercedes de Lewis Hamilton et Nico Rosberg en 2016, lors de sa première course avec Red Bull. Qu'il avait remportée sur un coup du sort.

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