Voilà Lewis Hamilton parvenu à ce total même pas rond mais ô combien symbolique de 91 victoires. Dimanche, l'Anglais a ajouté une victoire à son palmarès sur le Nürburgring, un circuit qu'il apprécie beaucoup bien qu'il n'ait rien à voir avec le monumental "Ring" qui lui fait tant d'ombre. Une victoire de plus, qui change beaucoup de choses. Qui oblige déjà Michael Schumacher à la cohabitation dans le grand livre des records, avant de le laisser dans les rétros, tôt ou tard. Ce qui ne fait aucun doute au rythme de sept succès en onze courses en 2020.

Grand Prix de l'Eifel
Une 91e victoire, et Hamilton égale Schumacher
11/10/2020 À 13:49

Un après-midi de Grand Prix de Chine en 2006, l'Allemand avait porté son total de succès à cette fameuse marque. Ce qui est arrivé dimanche est un moment d'émotion, incarné par la remise d'un casque rouge Ferrari de l'époque Mercedes par Mick Schumacher -, un moment d'Histoire aussi dont nous sommes les spectateurs privilégiés. Un cap qui modifie nos repères, impose un nouveau référentiel temporel. Car curieusement, l'événement revient à intervalles assez réguliers.

Michael Schumacher (Ferrari) au Grand Prix de France 2003

Crédit: Getty Images

En 1973, Jackie Stewart avait égalé puis surpassé le record de 24 victoires de Juan Manuel Fangio pour le porter à 27. L'Ecossais avait attendu 14 ans pour voir son successeur, Alain Prost, l'effacer des tablettes, en 1987. Le Français avait alors profité de son statut pendant 14 années, avant de voir lui-même Michael Schumacher le reléguer au rang de recordman du passé. Et l'Allemand lui-même avait vu encore quarante fois "P1" sur le panneau de la Scuderia à l'arrivée des Grands Prix, jusqu'à sa révérence en rouge en 2006. Il aura donc fallu 14 ans pour voir cette marque de 91 victoires trouver son alter ego.

L'adversité n'aura pas eu de prise sur Lewis Hamilton même en cette saison étrange, démarrée en juillet. On aurait pu croire qu'un calendrier à 17 épreuves reporterait l'échéance, empêcherait l'as de Mercedes d'empocher les sept succès nécessaires pour arriver à hauteur du maître aux sept couronnes. Onze courses lui auront suffi pour rattraper "Schumi", qu'il avait succédé dans la Flèche d'argent en 2013.

"Lewis mérite ce record, avait prévenu Charles Leclerc, à Sotchi. Il a été extrêmement régulier ces dernières années et il s'est toujours battu aux avant-postes. D'un côté bien sûr, c'est dommage que le record de Michael meurt, mais Lewis a travaillé dur pour ça et je suis content pour lui qu'il le prenne." "C'est une réussite incroyable car tout le monde pensait que ces 91 victoires étaient presque impossible à atteindre, a avoué Max Verstappen (Red Bull). Je suis à peu près sûr qu'il a encore devant lui d'autres victoires, et probablement des titres aussi. C'est impressionnant et ça va être difficile à battre."

Une véritable aventure pour tous les deux

La constance qu'évoquait le pilote de Ferrari est l'une des clés de cette emprunte majeure que ces deux géants sont déjà parvenus à laisser sur leur sport. Michael Schumacher s'est rôdé en Formule 1 sur les six derniers Grands Prix de 1991 avant de gagner invariablement pendant 15 ans, de 1992 à 2006. Lewis Hamilton a pour sa part démarré un parcours parfait de 14 saisons en 2007, série en cours.

Ils ont duré dans la performance et même plus en banalisant l'exceptionnel, ce dont ils se montraient reconnaissants. Comme l'Allemand le faisait à l'endroit de son équipe à Maranello, l'Anglais loue les femmes et les hommes de la firme à l'Etoile pour leur inépuisable quête de progrès. On a l'habitude d’entendre ces mots qui sont souvent les mêmes, pourtant sincères. On devrait d'ailleurs s'attarder sur ce mérite que ses équipiers ont à réaliser ce travail coordonné sur des sites éclatés à Brackley et Brixworth. Ça n'a rien d'évident. La Scuderia n'était pas parvenue à lier Maranello à Guidford du temps de John Barnard, au milieu des années 90.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix de l'Eifel 2020

Crédit: Getty Images

C'est leur marque de fabrique, "Schumi" et Hamilton ont réussi à préserver une forme de continuité dans la réussite au gré d'un changement d'équipe fatal à d'autres grands, les cas de Fernando Alonso et Sebastian Vettel n'étant que les plus récents. Là aussi finalement, le "Baron rouge" et l'as de la firme à l'Etoile se ressemblent dans ce choix qu'ils ont fait, à un moment crucial de leur carrière, d'abandonner du prêt-à-gagner pour se lancer dans une véritable aventure. Car la Scuderia était notoirement désorganisée, otage de mille maux, et Mercedes une gloire du passé.

Après deux titres avec Benetton en 1994 et 1995, Schumacher avait décidé de s'attaquer à un défi redoutable. "On me disait que Ferrari était un challenge absolument impossible", nous a récemment confié son ancien patron, Jean Todt. La Scuderia venait d'empiler trois saisons blanches (1991, 1992, 1993) et deux autres à une victoire (1994, 1995). Dès sa première année à Maranello, Schumacher a posé les jalons avec trois victoires, soit plus que Ferrari les cinq années précédentes.

Pour ce qui est de Lewis Hamilton, en revanche, la lassitude d'un environnement qu'il connaissait depuis ses années de kart a joué dans son choix de rejoindre Mercedes, qui n'avait triomphé qu'une fois en trois saisons depuis son retour en 2010. Son envie était tout aussi risquée, le nom de la marque tout aussi ronflant, mais comme Michael Schumacher il avait eu des garanties sur la force de frappe de son nouvel employeur. Et il n'eut pas à attendre quatre saisons pour se couvrir de gloire, mais seulement une.

Un statut de protégé pour "Schumi"

Sur la longueur, Michael Schumacher a fait plus vite pour accumuler ses 91 succès : 247 Grands Prix contre 261 à Lewis Hamilton. Et son mérite n'est que plus grand car il partait de plus loin : l'écurie managée par Flavio Briatore n'avait jamais lutté pour le titre. Ce qui explique son démarrage plus lent : au terme de la saison 1994, il avait couru 52 Grands Prix pour obtenir un sacre et 10 succès. A l'issue de la campagne 2009, Lewis Hamilton avait disputé le même nombre de courses pour orner son palmarès d'une couronne et 11 victoires.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix d'Italie 2014

Crédit: Getty Images

Après cette marque de passage, Michael Schumacher a pris définitivement l'avantage. Et même le coup d'arrêt de son accident à Silverstone en 1999 ne l'a pas dévié de sa trajectoire ascensionnelle. A l'arrêt pendant six Grands Prix, obligé de se muer en n°2 d'Eddie Irvine, il a fini l'année avec deux succès avant de redonner un coup d'accélérateur de 2000 à 2004, en connaissant sa plus grande période de gloire avec cinq titres et 47 victoires.

Pour expliquer le retard pris par Lewis Hamilton par rapport au "Baron rouge", on peut noter qu'il n'a finalement pas beaucoup gagné chez McLaren : 21 fois en six saisons pour 19 à "Schumi" dans ses quatre saisons complètes chez Benetton. Pour une raison simple : l'Allemand a toujours eu un statut de pilote protégé, à Enstone comme par la suite à Maranello. Et si le Kaiser n'a jamais eu dans sa période victorieuse (1992-2006) un coéquipier champion du monde, Lewis Hamilton en a eu trois en tout, sur huit ans.

Dans la carrière de l'Anglais, le tournant du turbo-hybride a été décisif puisqu'il a collectionné depuis 2014 pas moins de cinq titres et 70 victoires. On peut remarquer qu'à à la date de son 247e Grand Prix, en 2019, il comptait 83 succès. Et que c'est l'hégémonie exceptionnelle de Mercedes et la faible concurrence de Valtteri Bottas qui lui a permis de rejoindre à 35 ans le score que Michael Schumacher avait à 37 ans.

Avec l'intention de courir encore au moins trois ans, Lewis Hamilton devrait porter le record vers un nouveau sommet.

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