Quarante-et-un ans - il les aura le 17 octobre - est plus l'âge des records de longévité que de celui des performances pures. Kimi Räikkönen en sera la parfaite illustration dimanche après-midi au Grand Prix de l'Eifel. Juste au départ, même pas à l'arrivée. En effet, le Finlandais n'aura qu'à se présenter sur la grille de la onzième manche 2020 au volant de son Alfa Romeo, à 14h10, pour valider sa 324e participation à une épreuve de Formule 1 et devenir le pilote le plus capé de l'histoire du Championnat du monde. Ce qui ne lui fait pas plus d'effet que rouler sur un mécanicien dans la pitlane à Sakhir. "Tous les records sont faits pour être battus, s'est-il contenté de commenter jeudi. Pour moi, ça ne fait pas de différence pour le moment, mais peut-être que dans le futur, je verrai les choses différemment."

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"Iceman" effacera des tablettes Rubens Barrichello, qui à 39 ans avait eu le privilège de faire ses adieux au paddock devant son public, au Grand Prix du Brésil 2011. Le champion du monde 2007 aura mis deux ans de plus pour reléguer le Pauliste aux oubliettes, pour plusieurs raisons. Il a débuté en Grand Prix chez Sauber en 2001, à l'âge de 21 ans, alors que "Rubinho" en avait 20 au moment de se lancer avec Jordan en 1993. Mais bien qu'il ait profité de l'inflation du nombre de Grands Prix inscrits chaque année au calendrier, il s'est tenu en dehors du paddock pendant les saisons 2010 et 2011. Ferrari l'avait remercié, et voulait bien continuer de le payer à condition de ne pas le voir dans un garage concurrent.

"C'est la première fois que je vois un double champion du monde payant", avait-il lancé ironiquement, après l'officialisation de Fernando Alonso à sa place chez Ferrari, à compter de 2010. L'Espagnol arrivait effectivement avec un important sponsor bancaire dans ses bagages, et il n'avait eu d'autre choix que de s'éclipser en WRC, sans y laisser un souvenir impérissable.

Sans état d'âme

C'est peut-être la seule fois où le Nordique n'a pas eu la maîtrise de son destin dans le paddock, au fil de demandes de services soutenues qui lui ont assuré une carrière parmi les plus longues de l'ère moderne. Avec seulement 22 courses sur son CV depuis le karting, il fait une entrée fracassante en 2001 en Formule 1 chez Sauber, fort d'une sixième place pour son premier Grand Prix qui fera sauter sa superlicence probatoire de quatre courses, en échange d'un pass définitif.

Pas d'un naturel à s'inquiéter pour un sou, il est quand même passé près du no show : il a fallu le sortir de sa sieste à une demi-heure du départ. "Il a une volonté dingue, il est prêt à défoncer les murs pour parvenir à ses fins", s'était étonné son patron helvétique, Peter Sauber.

Mika Häkkinen (McLaren) et Kimi Räikkönen (Sauber) au Grand Prix des Etats-Unis d'Amérique 2001

Crédit: Getty Images

Pilote d'instinct, très rapide et déjà mûr pour son jeune âge, il est le successeur tout trouvé de Mika Häkkinen. Son contrat racheté, le natif d'Espoo ne tarde effectivement pas à faire sa place chez McLaren, à Woking. Où il broie David Coulthard, ce qui était facile, et désacralise Juan Pablo Montoya, ce qui l'était moins. Il rate le titre pour deux points en 2003, plus largement en 2005, et Ron Dennis continue d'apprécier ses interviews bâclés à coups de borborygmes, qui ne risques pas de faire de vagues médiatiques. Son absence d'état d'âme aussi, même après les pires revers. Comme à Monaco en 2006, lorsqu'il rentre directement siroter une boisson torse nu, après avoir abandonné sa machine, moteur cassé. Pas à son stand il est inutile de l'attendre, mais sur son yacht, le "No name", désigné ainsi parce qu'il ne s'embarrasse décidément de rien.

Ce n'est pas encore l'heure du titre, qui viendra l'année suivante avec Ferrari, mais c'est toujours celle des intrigues. Celle qui ne le mène que rarement à la pole position pour un pilote de son standing. Il en compte aujourd'hui 18 - et on peut croire qu'il s'arrêtera là - dont cinq datant de 2005, l'époque où la McLaren commençait à être plus rapide le samedi que fiable le dimanche. Plus curieusement, on le découvre friand de meilleurs tours en course (46), pour la gloire en fait. Il figure même encore sur le podium de la spécialité, derrière Michael Schumacher (77) et Lewis Hamilton (51), et devant Alain Prost et Sebastian Vettel. Et ironie de l'histoire, il n'a même pas récolté un point depuis l'instauration du bonus, en 2019.

Fini "Iceman" ?

Le manque de constance de sa McLaren à l'arrivée (7 abandons en 2004, 6 en 2006) est peut-être ce qui le lasse au bout du compte, fait pencher la balance pour Ferrari en 2007. Et lui offre un retour d'affection de Dame la chance. Car avec 17 points de retard sur le duo de McLaren, Hamilton - Alonso, à deux courses (donc 20 points) de la fin, personne n'aurait misé sur lui à Sao Paulo. Et pourtant !

Mais à la Scuderia, la roue tourne vite et les circonstances le poussent d'abord à se mettre au service de Felipe Massa en 2008. Sans s'énerver plus que lorsqu'il montre le feu rouge qu'aurait dû voir Lewis Hamilton (McLaren) pour éviter de le percuter à la sortie de la pitlane à Montréal. Puis l'impasse dont il ne sait sortir Ferrari en 2009, couplée à l'accident de son coéquipier, précipite sa disgrâce sous fond de hype autour d'Alonso. Il est bien plus intéressé par la technique.

Fini "Iceman" ? Ce serait mal le connaître. L'histoire est un éternel recommencement et il refait surface en "Noir en or" en 2012 alors qu'on l'attend chez Williams, après deux années d'amusement forcé en WRC. Et les fans de Lotus le remercient de redorer le blason de la marque en même temps que le sien : sa victoire à Abou Dabi intervient 25 ans après celle d'Ayrton Senna à Detroit. Surtout, il devient iconique - s'il ne l'était pas déjà - en lançant pendant cette course à la radio à son ingénieur, Mark Slade : "Juste leave me alone. I know what I'm doing". Cette phrase d'agacement, on peut l'entendre régulièrement dans la bouche de beaucoup de pilotes. A ceci près qu'elle traduit un esprit d'indépendance sans pareil et que son équipe comprend qu'elle tient là une phrase culte qui peut rapporter gros sur des t-shirts.

Enervement à Bakou

Victorieux encore en ouverture de la saison 2013 à Melbourne, le champion du monde 2007 redevient bankable pour tous sauf Gérard Lopez, qui a tort d'arrêter de le payer. Doublement même, car prétextant l'urgence d'une opération du dos, il plaque l'équipe avant la fin du championnat, anticipant le déclin de Lotus. Car il a un contrat Ferrari en poche.

Redevenu totem des Rouges qui le présentent plus comme le dernier champion du monde maison que comme le prochain, il souffre cependant autant de la comparaison pendant son année avec Fernando Alonso, en 2014, que lors des quatre suivantes avec Sebastian Vettel. Au gré des résultats en dent de scie de la Scuderia, il se rappelle au bon souvenir de tous avec un record que seule sa longévité dans la catégorie lui autorise puisqu'il met 168 Grands Prix à retrouver le chemin de la pole position, entre Magny-Cours 2008 et Monaco 2017.

Piégé par des stratégies taillées pour Sebastian Vettel, son coéquipier et quasiment seul ami dans le paddock, il ne manque pas de signifier son mécontentement à son équipe, comme à Monaco en 2017. Ou même casser son image d'impassible - il s'empêche parfois de rire en conférence de presse FIA - en s'énervant quand son volant et ses gants lui manquent à Bakou.

Le choix de continuer

Champion également du grand écart au rang de Grands Prix disputés (114) entre deux victoires - Melbourne 2013 et Austin 2018 - il garde le sens de la fête au gala de la FIA, où il célèbre dignement sa troisième place au Mondial en coulisses, au pays de la vodka, à Saint-Petersbourg... De quoi peut-être oublier qu'il est perdant dans son échange de baquet avec le jeune Charles Leclerc.

Il avait commencé chez Sauber mais y retourner n'est pas un signe de déclin de son point de vue. D'autant que l'équipe est rebaptisée Alfa Romeo, du nom de la première équipe vainqueur en Grand Prix, en 1950. Ce qui, avouons-le, fait tout de suite mieux.

Dans ce plaisir finalement personnel qu'il a de piloter et de se présenter barricadé derrière ses lunettes noires pour mieux fuir des journalistes "qui posent toujours les mêmes questions", il surprend encore en partageant enfin quelques émotions - dont ses bonheurs de père - à travers les réseaux sociaux. Sûr que l'avenir lui réserve encore des satisfactions et une forme de liberté. Bien que mis en ballottage par Antonio Giovinazzi en qualification (5-6 contre lui) et en course (2 points chacun) cette année, son patron, Fred Vasseur, lui a en effet donné le choix de continuer en 2021, alors que l'Italien va être remercié par Ferrari. "Il n'a pas signé", a assuré le patron français, vendredi au Nürburging. S'il disait "oui", il piloterait en 2021 en compagnie de Mick Schumacher, le fils de Michael. Une autre marque du temps qui passe.

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