La lutte tranche radicalement avec la procession menée par Mercedes. En Émilie-Romagne, dimanche dernier, le contraste fut encore plus saisissant : sur le célèbre circuit d'Imola, la firme allemande se coiffait d'une septième couronne dans un fauteuil alors qu'au même moment, Renault profitait d'un podium de Daniel Ricciardo pour prendre un court avantage dans une bataille de chiffonniers.
Le Losange s'est installé au troisième rang du championnat du monde "Constructeurs". Très loin de Mercedes. À grande distance de Red Bull. Mais un petit point seulement devant McLaren et Racing Point. À quatre grands prix du baisser de rideau, la lutte promet d'être belle et accrochée jusqu'au bout. D'ici-là, le géant français a-t-il les arguments pour s'installer durablement sur le podium ? Tentatives d'éclaircissements en cinq questions.
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Renault a-t-il trouvé la formule magique ?

L'attente a été longue. Depuis son retour en F1 en tant que constructeur, le Losange a bouclé quatre saisons pleines sans s'offrir le moindre podium. Il vient d'en décrocher deux en l'espace de trois grands prix, installant Daniel Ricciardo sur la boîte au Nürburgring et à Imola. De loin, ça ressemble à un sacré bond en avant. De près, c'est tout le contraire.

Daniel Ricciardo (Renault) sur le podium du Grand Prix d'Emilie-Romagne, le 1er novembre 2020

Crédit: Getty Images

"Heureusement ou malheureusement, il faut toujours qu'on nous voie, nous confie Rémi Taffin, directeur du département moteur de l'écurie. Et où nous voit-on ? Sur le podium. Même si vous enchaînez des bons résultats, il n'y a qu'à ce moment-là où l'on vous dit : 'Ça y est, vous avez trouvé quelque chose ?' En réalité, les podiums ne sont que la face émergée de l'iceberg." Avant de se rendre "visible" en Allemagne, l'écurie basée à Enstone avait aligné quatre courses en plaçant au moins l'une de ses deux monoplaces dans le Top 6.
"Nous sommes simplement arrivés au point où notre système, notre structure, notre organisation et nos hommes sont capables de montrer le fruit du travail qui a été abattu depuis quatre ans, ajoute le dirigeant. Maintenant, on ne cherche plus à savoir si l'on va se rendre sur un circuit réclamant beaucoup d'appui aérodynamique ou non, si ce tracé va être favorable à l'une ou à l'autre des caractéristiques de la voiture. On avance avec l'unique objectif d'optimiser tout le potentiel que nous avons à notre disposition pour finir dans le Top 6."

Les podiums de Renault ne sont-ils qu'opportunistes ?

Personne ne s'y trompe : Renault n'est pas subitement devenu capable de rivaliser durablement avec Mercedes et Red Bull pour se faire une place régulière sur le podium. En Allemagne, l'écurie avait notamment profité de l'abandon de Valtteri Bottas (Mercedes). À Imola, la crevaison subie par Max Verstappen (Red Bull) et l'erreur stratégique de Racing Point ayant condamné Sergio Pérez ont aussi fait ses affaires.

Renault, McLaren, Racing Point : la lutte pour la 3e place du Mondial en datavisualisation

"Aujourd'hui, notre objectif est de sécuriser les places de 5e et de 6e à chaque course, rappelle Rémi Taffin. Nous savons pertinemment que si nous nous retrouvons sur le podium, c'est parce que certains ont failli. Mais ça veut aussi dire que dans le même temps, nous n'avons pas failli." C'est un peu la réflexion du verre à moitié plein ou à moitié vide. Pour l'heure, Renault ne peut être un prétendant naturel au podium. Mais la fiabilité et l'opportunisme font partie du jeu. Ils pourraient même être décisifs dans la course au podium "Constructeurs".
"Nous n'envisageons pas d'autres podiums 'à la régulière' admet l'ingénieur. En revanche, chaque week-end, nous espérons ramasser un podium. Je dis bien 'ramasser' parce que cela suggère que d'autres le laissent tomber. Ce n'est pas péjoratif."

Le moteur Renault est-il le plus performant ?

Pour Renault, le Grand Prix d'Espagne a marqué un avant et un après si l'on tient uniquement compte des résultats. À Montmeló, Ricciardo s'était classé 11e et Ocon, 13e. Deux semaines plus tard, à Spa, les deux pilotes s'étaient rangés 4e et 5e. Hors avarie technique, ils ne sont plus sortis du Top 10 depuis. En Belgique, la puissance du moteur français avait impressionné la concurrence, capable de la mesurer en analysant certaines données.
Mais où situer le bloc propulseur de Viry-Châtillon par rapport aux moteurs Mercedes, Honda et Ferrari ? "En fonction des courses, on peut avoir une hiérarchie différente avec, par exemple, Mercedes devant Honda et Renault, puis Renault devant Honda et Mercedes...", relève Rémi Taffin.
Début août - avant le Grand Prix d'Espagne - nos confrères de Motorsport.com assuraient que le moteur allemand développait 1022 chevaux, 37 de plus que le Renault. "Il y a encore des différences, admet le directeur technique. Mais combien ? 7 chevaux ? 15 chevaux ? Là, on parle d'un ou deux dixièmes de seconde. Ça devient difficile à percevoir."
D'autant que la fiabilité brouille les pistes. Afin d'échapper aux pénalités, les écuries doivent étendre la durée de vie de leurs blocs. "Grosso modo, un moteur cumule 6500 km, précise le responsable. Mais entre le 1er et le 6500e kilomètre, la différence de puissance peut varier de 20 chevaux. Donc, comparer un moteur neuf introduit sur un Grand Prix à un moteur concurrent qui, lui, s'apprête à disputer sa septième course, revient à mélanger les torchons et les serviettes."

Renault a-t-il encore une marge de progression ?

En Formule 1, la puissance ne fait pas tout. D'ailleurs, si l'on excepte Ferrari - repartie de très loin sur ce plan - la plupart des écuries recherchent des gains marginaux plutôt que de grands progrès. La quête de la fiabilité, elle, est constante. D'un point de vue aérodynamique, Mercedes et dans une moindre mesure Red Bull, ont beaucoup plus de confort.
Là, Renault a un sérieux retard à combler. "Disons qu'avant de chercher plus de potentiel, on cherche d'abord à exploiter pleinement celui que l'on a à notre disposition, rappelle Rémi Taffin. Sur l'aéro, on apporte de nouvelles choses qui nous permettent de progresser dans ce domaine."

"Renault est en train d’étouffer McLaren et Racing Point"

Il y a quelques semaines, le Losange a mis au point des évolutions lui permettant de régler avec plus de précision l'équilibre aérodynamique de la voiture en fonction des circuits. Notamment pour corriger un problème de stabilité de la voiture en entrée de virage, comme l'avait expliqué Cyril Abiteboul au Nürburgring. Un progrès significatif mais encore insuffisant.

Que peut viser Renault à court et à moyen terme ?

Pour l'écurie d'Enstone, difficile de viser plus haut qu'une place de troisième : le retard à combler sur Red Bull et Mercedes est colossal. Et le gel d'une grande partie du développement en vue de la saison 2021 n'aidera pas Renault à le réduire. Même si le Losange se veut optimiste : "On sous-estime toujours la capacité des ingénieurs à modifier des choses d'une année sur l'autre, même quand les possibilités sont restreintes."
L'écurie, elle, changera. Daniel Ricciardo ne sera plus là. Fernando Alonso fera son retour. Et Renault deviendra Alpine. "L'équipe continuera de grandir donc il n'y a pas de raison que l'on ne travaille pas mieux demain qu'aujourd'hui, pense le directeur du département moteur de l'écurie. De là à dire qu'on sera devant Mercedes et Red Bull... En tout cas, on fait déjà ce qu'il faut pour limiter l'écart vis-à-vis d'eux la saison prochaine." C'est là le meilleur moyen de prendre ses distances avec les autres poursuivants.

Fernando Alonso (Renault) en marge du Grand Prix d'Emilie-Romagne, le 30 octobre 2020

Crédit: Getty Images

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