Lewis Hamilton avait égalé les 91 victoires de Michael Schumacher avec style au Nürburgring, en poussant Valtteri Bottas à se mettre dans le rouge puis à la faute. D'une autre manière, le Britannique a tout autant triomphé dimanche à Portimao en se faisant le bourreau du Finlandais, en montrant ce qui fait la différence entre un pur racer et un bon pilote de Grand Prix. Ce 92e succès restera un condensé des stratagèmes que le Britannique est régulièrement capable de mettre en place pour parvenir à ses fins. Avec une réussite trop fréquente pour croire à la chance du champion. Qui reste une légende.

Grand Prix du Portugal
Bonus-malus : Hamilton et Räikkönen au sommet de leur art
25/10/2020 À 22:07

Samedi, le sextuple champion du monde avait mystifié son coéquipier en alignant deux tours chronos pour lui ravir la pole position, face à son voisin de stand qui pensait qu'une seule tentative suffirait, avec une machine allégée en essence. Dimanche, il a réfréné sa nature d'attaquant en laissant passer l'orage, Valtteri Bottas et même Carlos Sainz (McLaren). Une fois sûr de pouvoir tenir ses pneus en température, donc à leur meilleur rendement sans les détruire, il est revenu à la charge et il fut irrésistible.

Livrer une telle course pour s'octroyer un tel record reste une chance qui n'est pas donnée à tous les champions. Mêmes les plus grands. Si Alain Prost (McLaren) avait remporté un formidable combat tactique contre Gerhard Berger en faisant craquer le pilote de Ferrari à trois tours de la fin pour s'offrir une 28e victoire synonyme de nouveau record au Grand Prix du Portugal en 1987, Michael Schumacher avait mené une course solitaire en tête en Belgique en 2001.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix du Portugal 2020

Crédit: Getty Images

"Il y a beaucoup de réflexion chez lui, d'apprentissage"

Avec le coup de pouce de la météo, Lewis Hamilton a encore montré qu'il était un pilote exceptionnel, sans pareil dans une génération. Toto Wolff ne s'y est pas trompé, à l'arrivée. "92 victoires, y aurions-nous pensé lorsque nous nous étions embarqués dans le projet en 2013 ?, s'est interrogé le directeur d'équipe autrichien. C'est un nombre presque irréel. C'est de la passion absolue, de l'énergie, et tout ce que Lewis apporte dans le sport. Le talent et l'aptitude."

On avait aperçu un Lewis Hamilton différent l'an dernier ; capable de sacrifier une place sur la grille face à des Ferrari au-dessus du lot sur un tour pour s'en trouver plus fort le dimanche. A la manière du tacticien qu'était Alain Prost. Preuve d'une certaine maturité, il s'était parfois résolu à viser un podium pour satisfaire son objectif ultime de couronne. Pas facile. Quand on a une Mercedes entre les mains, on se doit de parler de victoire.

A 35 ans, LH44 a proposé encore autre chose cette année, et Toto Wolff l'a bien remarqué. "Je pense que nous avons vu cette année pour la première fois qu'il monte en puissance pendant ses week-ends, a expliqué son patron, dimanche. Il y a beaucoup de réflexion chez lui, d'apprentissage, de compréhension des pneus pour la course, et il était là, à attendre confortablement au début, dans les premiers tours. Puis il est monté en gamme et il a imprimé un rythme incroyable."

Prost et Senna réunis

Construire un week-end crescendo, c'est bien ce que le champion anglais a fait en Algarve. Perdu dans les réglages le vendredi, poleman de dernière minute, pour un rien (0"102) le samedi, et dominateur le dimanche dans tous les compartiments du jeu. De quoi laisser bien perplexe Valtteri Bottas, auteur du meilleur chrono lors des sept dernières sessions du vendredi matin, et mis K.-O. debout le samedi et le dimanche. Le Nürburgring et Portimao, même motif, même punition. "Je pense que ça fait maintenant deux fois qu'il met la pression, et qu'il a mis Valtteri dans une mauvaise posture vis-à-vis des pneus. Stratégiquement, il est très bon dans ça", lâche Toto Wolff.

Que dire de plus ? Que Lewis Hamilton est au sommet de son art, qu'il totalise le mêm nombre de victoires qu'Alain Prost (51) et Ayrton Senna (41) réunis ; et bientôt leur nombre de titres. Qu'il faut être prudent vis-à-vis de ces chiffres, puisque le malheureux Brésilien n'a pas eu le temps d'aller plus haut, mais que Lewis Hamilton est quand même parti pour régner encore un petit moment. Pour peu que Mercedes ne rate l'immanquable l'an prochain, c'est-à-dire une monoplace dans la continuité de celle de 2020 avant le grand virage réglementaire de 2022. Moyennant la signature de Lewis Hamilton pour un nouveau bail de trois ans. Ce à quoi il travaillera une fois égalé les sept titres e Michael Schumacher, si l'on a bien compris ses propos.

"Il va m'obliger à courir jusqu'à plus de 40 ans"

A 35 ans, il se voit prendre du plaisir encore quelques années donc. Et se préserver d'un assaut de Max Verstappen au rang des records les plus prestigieux. Il n'y a pas matière à y penser car le Néerlandais n'a même pas un titre en poche.

"Lewis me disait qu'il voulait porter le record le plus haut possible pour me donner le plus de mal possible à le rattraper", a lâché le Batave, sur le ton de la plaisanterie, dimanche. La veille, en pleine conférence de presse, ce dernier s'était laissé aller à suggérer à son rival un échange de baquets. Ce que Lewis Hamilton avait accueilli froidement.

"C'est une performance incroyable et je pense qu'il ira bien au-delà de 100 (victoires), donc il va m'obliger à courir jusqu'à plus de 40 ans, en a déduit Max Verstappen. Mais c'est une bonne motivation. Il semble aussi en bonne voie pour conquérir son 7e titre, ce qui est extraordinaire. Tout le monde sait qu'il va très vite mais il est aussi très régulier et fait très rarement des erreurs".

Lewis Hamilton célébré ces deux dernières semaines au Nürburgring et à Portimao, Mercedes devrait fêter son septième titre de champion du monde des constructeurs le 1er novembre à Imola, sur le circuit Enzo et Dino Ferrari. Avant de repasser la main à son pilote fétiche, qui pourra lui aussi ajouter une étoile à son casque le 15 novembre à Istanbul, et signer sa 100e pole position à Sakhir, le 29 novembre.

Grand Prix du Portugal
Russell sacrifié, Gasly ignoré : le dessous des scandales du marché des transferts
27/10/2020 À 19:11
Grand Prix du Portugal
"Si les mêmes ingénieurs travaillent sur la météo et sur la Ferrari, ils ne sont pas près de gagner"
27/10/2020 À 19:11