Le phénomène a débuté le 15 mai 2016, considéré comme le jour 1 de la Maxmania. Max Verstappen n'était jusque-là qu'un apprenti talentueux chez Toro Rosso. Couvé par Red Bull depuis la Formule 3, le Néerlandais remporte à Montmelo le Grand Prix d'Espagne et remplit de fierté les Pays-Bas, qui ont enfin un vainqueur en Formule 1. Le plus jeune de l'Histoire, à 18 ans et 7 mois.
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05/07/2021 À 10:04
La popularité du fils de Jos, ex-pilote de Formule 1 connu pour avoir été laminé chez Benetton par Michael Schumacher dans les années 90 et fait quelques coups d'éclats sous la pluie au volant de voitures médiocres, explose alors. Pourquoi ? Parce que les fans de sport néerlandais se prennent d'affection pour ce gamin promis au plus grand avenir, d'autant plus facilement que l'équipe nationale de football ne dispute pas l'Euro 2016.
"Effectivement, il y a eu un transfert d'affection sur Max Verstappen aux Pays-Bas comme il y en a eu un pour le Brésil après la victoire d'Ayrton Senna à Detroit en 1986, au lendemain de l'élimination de la Seleçao à la Coupe du monde", confirme le journaliste belge Pierre van Vliet, francophone et néerlandophone.

Vermeulen a tout compris

Le jeune Max est la nouvelle pépite de Red Bull, qui a couronné Sebastian Vettel quatre fois champion du monde, et il n'y pas de raison que cela ne recommence pas. Et, ce n'est un secret pour personne dans le monde du sport, les Néerlandais sont fiers et carburent au chauvinisme. Ils aiment leurs équipes, leurs champions, et ils sentent qu'ils en tiennent un d'un calibre exceptionnel. Dans un sport qu'ils ne connaissent pas bien mais dont ils vont apprendre les codes en mode accéléré.
A une époque où les carrières de pilotes s'étalent sur 20 ans en Formule 1, le clan Verstappen, et son manager Raymond Vermeulen en premier lieu, se frotte les mains : après la révélation sportive, le temps est maintenant à celui de la monétisation des exploits du prodige au fil d'une popularité grandissante.
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"A cet instant, le fan club de Max a connu un succès absolument phénoménal. Je crois qu'on a atteint le million et demi de membres", se souvient Pierre van Vliet. Premier signe tangible : ils seront 20.000 sur les 70.000 spectateurs à le supporter au Grand Prix de Belgique, le 28 août. Pour son Grand Prix national. Parce qu'il est né dans le "plat pays", d'une mère belge, et qu'il n'est pas encore question d'un retour du Grand Prix des Pays-Bas.
C'est un engouement inhabituel pour un pilote qui ne dispute que sa deuxième saison en Grand Prix. Mais Max Verstappen, sans complexe sur la piste, pense déjà à la suite : ouvrir son magasin de produits dérivés et emmener ses fans sur d'autres circuits. A Spa, on a reconnu ses inconditionnels à ces touches oranges et quelques fumigènes de la même teinte.

"Il y a un effet visuel bluffant"

Il va passer à l'étape suivante avec la vente de produits clé en main à travers ce qui est devenu la "Max Verstappen Official Travel" : transfert sur le circuit - (Spa, Budapest, Spielberg et Zandvoort), ticket d'entrée, sac de voyage, un t-shirt et un porte-clé. C'est une idée simple, d'une efficacité redoutable : ses supporters se reconnaissent et s'unissent dans une même force visible, uniforme, partout. Et c'est d'autant plus impressionnant que la Formule 1 découvre un effet de masse qu'elle ne connaissait pas. Ou ne voyait qu'avec les tifosi, sur les circuits italiens.
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"C'est un package qu'ils vendent, et ça se traduit par des tribunes pleines parce qu'ils commercialisent précisément des tribunes entières. Du coup, il y a un effet visuel bluffant, remarque Pierre van Vliet, journaliste à Reword Media. Et ça joue peut-être un rôle psychologique pour Max et ses adversaires. Sauf McLaren évidemment, qui avec son humour anglais se réjouit d'avoir autant de supporters sur les circuits."
"Auparavant, c'était une piste qui ne nous convenait pas du tout, mais ces deux dernières années, nous avons eu une bonne série ici. Je pense que c'est le soutien local et toute la puissance des fans. Cela aide vraiment", a effectivement déclaré Christian Horner, le directeur d'équipe de Red Bull, samedi, à Spielberg.

Air Max : quand Verstappen donne des ailes

Fort de son statut de sa star de la Formule 1, Max Verstappen a aussi contaminé le paddock. "Les affaires ne s'arrêtent pas là, signale Pierre van Vliet. Il faut savoir qu'il y a Air Max. Max Verstappen fait décoller le jet qu'il a acheté, et pas à un petit prix, pour faire voyager les pilotes sur les circuits. De Monaco, ils en emmène sept-huit, avec leurs accompagnateurs, sur les Grands Prix. Les gars paient évidemment leurs billets. Peut-être que Hamilton ou Leclerc ne prennent pas Air Max, mais Ricciardo est un de ses clients réguliers. J'ai connu ce phénomène dans les années 80-90 avec Thierry Boutsen, mais plus par amitié. Là, Verstappen fait payer tout le monde !"
Mais la vie en orange n'est pas la vie en rose, et tout ne tourne pas rond dans les travées des fans de "Super Max", comme on l'a malheureusement constaté vendredi à Spielberg. Des cris goguenards, amusés se sont élevés des tribunes lors des accidents des pilotes Lewis Hamilton et George Russell (Mercedes) en qualification, dans les virages n°7 et 10.
Ils étaient 100.000 à se masser sur le Red Bull Ring chaque jour, à Spielberg, dont la moitié d'entre eux facilement identifiables comme fans du champion du monde en titre. Beaucoup d'inconditionnels, et pour une partie des fanatiques qui ont glacé le monde du sport dans ce réflexe lamentable.
"L'équipe adore courir ici et le soutien que nous recevons est incroyable, la passion est grande mais ne devrait pas se transformer en moqueries envers nos adversaires", a réagi Christian Horner. Lewis Hamilton et Max Verstappen ont condamné aussi ce comportement sans réserve ; les insultes sexistes, homophobes, proférées aussi à l'endroit de pilotes ou d'autres fans, sur place ou par réseaux sociaux interposés.

"Malheureusement, le public évolue"

"Les tribunes de circuits commencent à ressembler des à tribunes de stades de foot, avec des comportements collectifs, d'entraînement, qui partent en vrille, analyse Pierre van Vliet, ex-commentateur des Grands Prix pour TF1 dans les années 90. On avait rarement vu des pilotes hués sur un podium. Maintenant, c'est presque devenu monnaie courante. C'est pénible. Quand Lewis et Russell se crashent vendredi, les tribunes sont debout, ça applaudit ou ça ricane en tout cas bruyamment. C'est déplorable. On n'a pas été habitué à ça en sport automobile. Mais c'est le revers de la médaille, le prix à payer d'une popularité croissante. La F1 vit un boom incroyable. Spielberg a enregistré 300.000 entrées sur trois jours, sur un circuit coincé entre deux collines, au fin fond de la montagne autrichienne. Là, on est loin des villes, des aéroports. On n'a jamais vu ça. Pareil à Silverstone la semaine d'avant. Tous les Grands Prix font maintenant le plein."
"Les Hollandais ont un fanatisme, ils sont comme ça, regrette notre confrère. En foot et dans d'autres sports. Ils sont fiers de leurs couleurs et de leurs représentants mais il y a une forme de jusqu'au boutisme dans l'expression de ce chauvinisme. Il ne faut pas généraliser, ce n'est pas le cas de tous, mais il y a certainement une proportion d'excités. On a déjà vu ça auparavant. A Spielberg, c'est particulièrement visible car le circuit est une espèce d'amphithéâtre. On les voit partout dans les tribunes avec ces fumigènes. C'est vrai que dans les campings ils ne boivent pas que du Red Bull. Ce week-end il y a eu des comportements peu avouables. Effectivement, il était temps que la F1 face la police pour éviter que ça ne dérape en hooliganisme primaire. Malheureusement, le public évolue. Ce n'est plus un public de connaisseurs ou de passionnés. C'est un public plus populaire. Ce sont des gens moins éduqués, avec des comportements qui dérapent et c'est inadmissible."
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