Grand Prix d'Autriche | Ferrari | Charles Leclerc, le "prédestiné" en proie au déclassement

Eurosport sur Google

Rien ne va plus pour Charles Leclerc depuis quelques Grands Prix. Entre perte de repères et trahisons mécaniques, le pilote monégasque a montré des faiblesses inhabituelles au moment où son coéquipier Lewis Hamilton redevenait le champion qu'il avait été chez Mercedes. Sans parler d'inverser la tendance, "Charlot" doit se rapprocher de l'Anglais, ce week-end au Red Bull Ring.

"Perdu, Hamilton s'est accroché à l'amour des tifosi et Vasseur a pris des risques hallucinants"

Video credit: Eurosport

Une inversion spectaculaire du rapport de force. Fils préféré de Ferrari, Charles Leclerc a perdu ses prérogatives au profit de Lewis Hamilton au dernier Grand Prix d'Autriche, au bout d'un lent déclin amorcé en mai dernier. Et il ignore s'il pourra à nouveau inspirer dans un avenir proche cette attention particulière, cette bienveillance qui l'accompagnait depuis ses débuts à Maranello, en 2019. Celle qui avait fait de lui l'élu, appelé à vivre la plus grande gloire chez des Rouges sevrés de titres depuis plus d'une décennie.
En quatre courses qui ont parfois ressemblé à l'enfer pour lui depuis Miami, le Monégasque a abandonné le statut de leader à son coéquipier britannique, dont la montée en puissance a dans le même temps constitué un contraste saisissant. En proie à un déclassement sans fin, le doute s'est immiscé en lui, en écho aux interrogations grandissantes d'un paddock qui le pensait intouchable.

Leclerc n'a plus de joker

L'an dernier, "Charlot" avait éteint le septuple champion du monde comme il avait contrôlé le quadruple lauréat du Mondial, Sébastian Vettel : 19 duels gagnés sur 24 en qualification, 242 points inscrits en course contre 156. Cette saison nous a appris que rien n'était gravé dans le marbre. Manque de grip et de feeling en Floride, freins inconstants - "Je ne sais jamais si je vais pouvoir m'arrêter" - et tête-à-queue le dimanche au Canada, absence de confiance encore à Monaco et clap de fin dans un rail à 15 tours de la fin ; nouveau calvaire en Catalogne… Et de ci de là un constat irrationnel ou une touche de fatalisme qu'il n'est jamais bon d'exprimer : "J'ai l'impression que ça ne fonctionne pas entre Charles Leclerc et le Canada"… Une inquiétante impuissance au regard des 28 évolutions - un record - qui ont rendu la SF-26 n°44 irrésistible. Mais pas la sienne, sans explication. "Les évolutions marchent très bien. L'équipe a fait un super travail ces cinq dernières semaines", a-t-il salué à Montmelo.
picture

Nouveau moteur Ferrari, jardin de Verstappen : tout savoir sur Spielberg

Video credit: Eurosport

Le problème se situerait entre le volant et l'appuie tête de la "rossa" n°16, une hypothèse impossible à concevoir à il y a peu. Charles Leclerc serait-il dans une impasse ? Le circuit de Spielberg, ce week-end, affirmera ou contredira cette dangereuse tendance, mais une chose est sûre : il a abattu sa dernière carte en passant aux freins et plaquettes Carbone Industrie il y a deux semaines. Cet équipement que Lewis Hamilton réclamait dès son premier jour en rouge, et que le boss, Fred Vasseur, lui a fait installer au Japon, fin mars. Un besoin vital que Charles Leclerc n'avait jamais exprimé jusqu'alors, et dont sa conversion ressemble à un appel au miracle.
Il a eu le temps de construire l'équipe autour de lui et il ne l'a pas fait
Le constat est cru : Lewis Hamilton s'est rapproché de sa machine pendant que Charles Leclerc s'en éloignait dans les mêmes proportions. Pas étonnant alors d'entendre Juan Pablo Montoya tirer la sonnette d'alarme. "C'est un moment vraiment important, par exemple, pour que Charles observe la manière dont Lewis a fait progresser l'équipe et en tire des enseignements", suggère le Colombien, six fois vainqueur en Grand Prix. Un temps qu'il n'a plus selon Jacques Villeneuve. "Leclerc a eu le temps de construire l'équipe autour de lui et il ne l'a pas fait, assène le champion du monde 1997, dans le podcast The F1 Show. N'oublions pas qu'il est arrivé chez Ferrari après une saison moyenne chez Sauber et qu'il a soudainement décroché un contrat colossal, digne d'un champion du monde. Peut-être trop, trop vite ? Il n'a jamais vraiment eu à bâtir quoi que ce soit autour de lui. Tout lui était servi sur un plateau ; c’était déjà là. Il était rapide, et cela suffisait amplement, car on considérait que c’était une voiture incapable de remporter le championnat de toute façon. Il gagnait quelques courses, il battait son coéquipier - en l’occurrence Vettel — et tout le monde était content. Dès l'instant où Lewis s'est réveillé, où il s'est approprié la voiture et l'équipe, qu'il a attaqué sans faire de quartier... Leclerc n'était pas préparé à cela."
picture

Antonelli vs Russell : "Mercedes risque de rentrer dans des querelles interminables"

Video credit: Eurosport

Hamilton - Leclerc, le grand écart

Charles Leclerc a effectivement marqué les esprits en obtenant ses deux premières victoires à une semaine d'intervalle en 2019, sur deux des cinq circuits les plus emblématiques de championnat (Spa et Monza). Il n'en fallait pas plus pour combler Ferrari au cœur des années dorées de Mercedes. Passé les projets techniques ratés de 2020 et 2021, le petit prince a gagné trois courses en 2022 et réalisé un joli triplé en 2024 (Monaco, Monza, Austin), quand il était difficile d'exister face à Red Bull, pas encore McLaren et encore moins Mercedes. Là encore une forme de satisfaction chez les Rouges qui n'appelait pas à l'urgence de mieux faire.
La difficulté pour Charles Leclerc est que Lewis Hamilton a aujourd'hui pris le lead, et qu'il n'a jamais exploré cette dimension dans laquelle LH44 a souvent gravité, et dans laquelle il semble revenu. Quand on y repense, la pénible première saison (2013) du natif de Stevenage chez Mercedes s'apparente à celle vécue l'an dernier chez Ferrari, avant six titres en sept ans... "Lewis sait comment gagner et il sait ce qu'il faut pour y parvenir, insiste Jacques Villeneuve. C'est là, je pense, qu'il peut faire la différence. Mercedes n'est pas actuellement en position de pouvoir - ou même d'avoir le droit de - privilégier un pilote par rapport à l'autre. Ce n'est pas le cas de Ferrari, qui doit miser sur Lewis pour espérer avoir une chance de l'emporter ; la décision est donc facile à prendre, car Leclerc est assez loin derrière." Avec 75 unités contre 115, il a effectivement décroché.
picture

Comment Hamilton a inversé le rapport de force face à Leclerc

Video credit: Eurosport

Le risque de devenir un n°2

"Si l'on regarde ce qui s'est passé cette année - pensez à Shanghai, où ils se sont livré une bataille faite de dépassements et de contre-dépassements... On se demandait alors si Ferrari agissait correctement en laissant ses pilotes s'affronter, mais c'était en réalité un spectacle formidable pour nous, et cela annonçait le retour de Lewis Hamilton à son meilleur niveau", corrobore David Coulthard, vice-champion du monde en 2001, dans le podcast Up to Speed.
Le problème est que le spectacle n'est pas vraiment le souci de Fred Vasseur. Et s'il ne nommera jamais publiquement un n°1 et un n°2, il choisira peut-être d'arbitrer certaines batailles comme l'a évoqué son homologue de Mercedes, Toto Wolff, à l'arrivée du Grand Prix de Barcelone-Catalogne. Pour la même cause - Lewis Hamilton - mais des conséquences opposées.
Charles Leclerc se produit ce week-end au Red Bull Ring, l'un des tracés techniquement les moins complexes de la saison, où il s'est classé deuxième en 2019, 2020 et 2023, et troisième l'an dernier. Le parfait endroit pour opérer ce sursaut dont il a besoin.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité