Les pilotes habitués à tutoyer la perfection vous diront que le tour idéal, irréprochable n'existe pas. Même quand il vaut une pole position. C'est le sens du message passé par Charles Leclerc, estomaqué d'avoir sorti de sa Ferrari SF21 un chrono de 1'41"218 valant la position de pointe du Grand Prix d'Azerbaïdjan, samedi. Avec une marge confortable de 0"232 sur Lewis Hamilton, lui-même revenu de nulle part au volant d'une Mercedes jugée rétive, paresseuse, vendredi.
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Mais le pilote de la Principauté ne rêve pas : il a bien décroché le gros lot sur ce circuit alliant secteurs lents - ceux-là même qui lui avait permis son exploit sur le Rocher, et lignes droites ultra rapides.
Grand Prix d'Azerbaïdjan
Nouvelle pole après un drapeau rouge pour Leclerc, Gasly quatrième
05/06/2021 À 13:31
Le film de la qualification
"En fait, c'était un tour de merde, selon moi !", a-t-il lancé en rigolant, au micro de l'ancien pilote Johnny Herbert, vainqueur en Formule 1 et aux 24 Heures du Mans. J'ai fait des erreurs dans trois ou quatre virages, mais dans le dernier secteur j'ai bénéficié d'une énorme aspiration de la part de Lewis Hamilton. Ça m'a un peu aidé, mais je pense que nous aurions de toute façon fini en pole position."
"C'est une bonne journée, je ne m'attendais pas à ce qu'ils soient si combatifs, a-t-il ajouté, à propos du redressement imprévu de Mercedes ; enfin surtout celle de Lewis Hamilton. Je pensais avoir amélioré avant le dernier drapeau rouge. Mais c'est comme ça, et c'est encore une pole."

"Mercedes et Red Bull ont un peu plus de rythme"

Le meilleur de son camp, "Charlot" a laissé Lewis Hamilton derrière lui mais aussi le n°1 mondial Max Verstappen (Red Bull), assez contrarié par l'issue des débats, un quatrième drapeau rouge déployé cette fois à cause de l'accident de dernière minute de Yuki Tsunoda (AlphaTauri). Qui a précipité son coéquipier Carlos Sainz dans le mur.
"C'est trop bête pour Carlos, j'espère qu'il va bien. Je n'ai pas vu l'accident", a-t-il ajouté. Avant de se retourner pour voir l'action sur l'écran placé derrière lui. Comme ça arrive souvent, l'Espagnol avait sans doute pris l'AT02 du Japonais en point de repère et il a perdu le contrôle de sa SF21, tapant pour finir en latéral, en tête-à-queue. Sans essuyer d'autres dégâts que matériels.
"C'est une très bonne sensation, mais d'un autre côté c'est encore un drapeau rouge, a repris le leader de la Scuderia. Nous verrons sur une piste normale où nous nous situons. La voiture paraît bien pour dimanche, mais je pense que Mercedes et Red Bull ont un peu plus de rythme. Ça va être piégeux. Ce n'est pas Monaco ici, on peut doubler."
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Le choc de vendredi au virage n°15 n'a pas laissé de traces

Au-delà de cette divine surprise, l'enseignement de tout ça est que Charles Leclerc a prouvé qu'il n'avait aucune appréhension malgré sa mésaventure vécue à Monaco, et son accident de la veille. Au virage n°15, en essais libres, il était arrivé en bout de course face au mur du virage n°15, et avait cassé son aileron avant. Un avertissement sans frais ou presque - un aileron avant coûte quand même 80.000 euros - qui n'avait pas altéré son sens de l'attaque, ni ses priorités sur ce circuit "2 en 1", fait de rectilignes entrecoupés de virages à 90° dans le secteur 1, de portions sinueuses dans le 2 (dont le virage le plus étroit du championnat), et de la plus longue ligne droite du monde dans le 3.
"Je me sentais confortable dans la voiture, spécialement en termes de freinage, même trop confortable puisque j'ai attaqué à l'excès au n°15, avait-il avoué. Mais au bout du compte, les essais libres servent à tester les limites." Il ne pouvait mieux mettre ce principe en application.

La victoire n'est pas l'objectif le plus réaliste

Le pilote monégasque, qui s'était maudit en tapant en Q1 à Bakou en 2019, a ensuite apporté quelques précisions sur la suite. "C'est difficile à croire, honnêtement on ne s'y attendait pas du tout, a-t-il confié à Canal+. Les ingénieurs font beaucoup de boulot, on fait à chaque fois un petit pas dans la bonne direction, c'est ça qui compte. Il y a beaucoup de virages lents, on a l'air d'être très compétitifs. C'est un bon signe pour le reste de la saison." Avant de passer à la fameuse question de la possibilité de remettre le blason de Maranello sur la plus haute marche.
"Un podium serait très positif déjà, a-t-il tempéré. La victoire bien sûr… Je vais entrer dans la voiture et le seul objectif que j'aurais en tête sera la victoire. Mais je ne pense pas qu'on soit là vraiment à la régulière, en tout cas pendant tout le reste de la saison. Ça m'étonnerait qu'on se batte avec Mercedes et Red Bull. On essaiera de prendre de gros points déjà."
En plus de ce résultat inespéré que fait de la Ferrari une voiture plus complète et homogène qu'il n'y paraissait jusque-là, la Scuderia a aussi inauguré son nouvel organigramme, qui évolue par petites touches. Mattia Binotto, qui avait déjà abandonné officiellement son titre de directeur technique - tout un gardant un œil acéré sur la technique - a laissé ce week-end sa place sur le muret des stands au Français Laurent Mekies, promu directeur de la Compétition alors que le stratège en chef, Inaki Rueda, le remplace dans les fonctions de directeur sportif.
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