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Comment Bottas est passé de serial loser à champion du monde en puissance

Comment Bottas est passé de serial loser à champion du monde en puissance

Le 10/05/2019 à 10:00Mis à jour Le 10/05/2019 à 11:01

GRAND PRIX D'ESPAGNE - Fin 2018, attaquer Valtteri Bottas (Mercedes) revenait à tirer sur une ambulance. En restant lui-même, le Finlandais a fait un reset complet cet hiver pour revenir avec un mental de gagneur dans un nouvel environnement. Un tour de force qui va jusqu'à le positionner en prétendant au titre.

"A ceux que cela pourrait concerner, allez vous faire foutre !" A Melbourne, Valtteri Bottas avait eu le propos acide et son règlement de compte dans son tour d'honneur de vainqueur avait fait pour ses détracteurs l'effet d'un boomerang australien. "C'est sorti comme ça", avait-il confié ; preuve qu'il s'était lui-même fait surprendre par ce nouvel état d'esprit forgé pendant l'hiver et qu'il avait eu besoin d'extérioriser, comme une thérapie.

Il avait décrété la fin des spéculations autour de son baquet, jugé éjectable par une frange d'observateurs malintentionnés le voyant remplacé à brève échéance par Esteban Ocon ou, au pire, en 2020 par Max Verstappen ou Sebastian Vettel, pilotes aux contrats déjà verrouillés par Red Bull et Ferrari.

Cela n'aurait pu être qu'une bravade sans lendemain mais lors des trois rendez-vous suivants, le pilote originaire de Nastola a bien enterré la fielleuse rumeur. Après le Grand Prix de Chine, son patron Toto Wolff, qui a beaucoup oeuvré pour sa reconstruction, lui a donné du crédit en estimant Mercedes et le Finlandais désireux d'un avenir commun.

Valtteri Bottas (Mercedes) au Grand Prix d'Australie 2019

Celui qui n'arrivait pas à éteindre Massa

Après sa seconde victoire 2019, en Azerbaïdjan, Valtteri Bottas a répété que le débat était clos sur son avenir, sans que les négociations aient commencé. Une question de timing pour la firme à l'Etoile, qui a déjà fait patienter Lewis Hamilton. Comme un effet de vases communiquant, le troisième pilote, Esteban Ocon, n'a pas posé à Bakou sur la photo des vainqueurs comme il l'avait fait en début de saison au bout du monde, et n'a pas non plus répété qu'il "se tenait prêt", au cas où... Ni redit qu'il apprenait "surtout de Hamilton", en oubliant soigneusement de mentionner Bottas pour tout ce qu'il aurait à lui apporter. Normal, il prétendait le supplanter. Mais c'est bien une autre évolution notable : le Normand a modifié son discours en expliquant désormais voir un duel au long cours entre les deux duettistes gris. Impossible de faire autrement, à part nier l'évidence. Et ça doit lui coûter, avec un marché des transferts 2019 beaucoup plus fermé qu'en 2018.

C'est vrai, Bottas aurait pu exploser sous la pression d'une saison 2018 dont il a avoué lui-même être sorti lessivé. Usé, démoralisé par les coups de boutoirs d'un leader infatigable et quasi infaillible. Une victoire et une place de numéro 1 mondial envolées à Bakou et pour finir un emprunt russe que son voisin de stand britannique n'a jamais songé lui rembourser ; car c'est sûr, c'est moins facile à s'acquitter qu'une troisième place hongroise.

Mais c'est quand même un paradoxe : Valtteri Bottas était un serial loser, il est devenu bankable. Il n'était pas parvenu à avoir la peau d'un Felipe Massa finissant chez Williams, le voilà en lice pour avoir celle de Lewis Hamilton ! Pour quelles raisons ? Il a répondu par le travail et compris où étaient ses intérêts.

Ne pas énerver Hamilton

"Il ne faut jamais enquiquiner Lewis", vient justement de résumer Nico Rosberg à l'agence de presse allemande SID. "S'il s'énerve, il devient plus motivé, concentré, et il mord comme un fox terrier. Valtteri a saisi quelque chose que je n'avais saisi que dans ma dernière saison."

Valtteri joue la carte de la loyauté, et ça marche jusqu'à présent : Lewis Hamilton milite pour qu'il reste - il est à ses dires le coéquipier idéal - et il a obtenu la neutralité bienveillante du quintuple champion du monde au premier virage pas plus tard qu'à Bakou. "J'ai été trop gentil, je lui ai donné la victoire", avait ruminé #LH44, en flagrant délit de candeur.

Lewis Hamilton et Valtteri Bottas (Mercedes) au Grand Prix d'Azerbaïdjan 2019

Bref, Bottas a ceci de commun avec Rosberg qu'il n'est pas aussi doué naturellement que Hamilton et qu'il compense en bossant, et il est fair play comme Button. Deux pilotes qui ont battu Hamilton dans la même équipe. CQFD.

Et puis, là où c'est remarquable, c'est que Bottas parvient à ses fins en restant lui-même. En bon Finlandais, il n'a jamais puisé sa motivation dans sa détestation de l'autre. C'est le moteur de beaucoup de pilotes mais il ne marche pas à ça. Chez Williams, on le disait trop gentil. A Melbourne, on a vu le changement : il était prêt à risquer sa victoire au stand pour le point du meilleur tour. Qu'il a finalement conquis sans cela, dans le dos du boss. De tout ça, il tire la conviction que rien ne peut lui arriver, une confiance qui lui sert à avancer en parfaite contradiction avec un Lewis Hamilton ou un Max Verstappen désintéressés car plus réalistes : ce bonus est selon eux fondé sur des circonstances de fin de course.

De Ross à Musconi

En attendant, ce bonbon grappillé à Melbourne lui sert aujourd'hui à narguer gentiment Hamilton, qui n'aurait jamais pensé se voir contesté à ce point. Avec la bienveillance de Toto Wolff, guéri pour un temps au moins des consignes d'équipe, même si l'histoire du double arrêt au stand chinois lui a déplu.

Dans cette bataille qu'il rêvait secrètement, Valtteri Bottas est sûrement aussi aidé par une W10 moins diva que sa devancière et quelques lissages réglementaires. Cette année, le législateur a décidé de ne plus faire de la consommation un facteur déterminant. En cela, il est débarrassé d'un casse-tête qui avait souvent mis en difficulté Rosberg, au point de devenir une obsession.

Mais, c'est un autre mérite qu'il faut souligner, il n'était pas acquis que l'ex-pilote Williams soit d'emblée performant avec Riccardo Musconi, son nouvel ingénieur de course, après deux années passées avec l'excellent Tony Ross, complice historique de Nico Rosberg et grand contributeur de son titre 2016. Valtteri Bottas n'avait pas caché que ce serait un enjeu, tout comme collaborer avec un nouvel ingénieur Performance. Le binôme Bottas / Musconi fonctionne bien et n'a pour l'heure rien à envier au tandem Hamilton / Bonington. Peut-être aussi parce que Musconi a beaucoup côtoyé Hamilton et qu'il a eu le temps de percer quelques uns de ses secrets de pilote. Un détail de plus qui compte comme les autres.