En Formule 1, les histoires de duels finissent mal en général. Les grands prédateurs ne sont pas faits pour cohabiter sur la même trajectoire et il n'y a qu'une place au sommet du podium. Depuis la création du Championnat du monde en 1950, les rivalités pour la consécration ultime ont été innombrables. Mais au fil du temps, les amitiés sincères liant les pionniers de ce sport, jadis tout de danger, ont dérivé vers des oppositions plus médiatiques, personnelles, et les divers enjeux ont rendu quasi impossible les belles ententes. Bref, on se demande comment va tourner la dernière opposition du genre entre Lewis Hamilton et Max Verstappen. Et jusqu'où ira le respect mutuel qui les habite.
Pour s'entendre en piste, il faut être deux à le vouloir, deux à en être capable l'un envers l'autre. Alain Prost et Niki Lauda se sont livré une compétition loyale - dans une certaine complicité même - pour le titre avec en 1984 alors que le Français a ensuite connu la guerre larvée chez McLaren contre Ayrton Senna, avec qui il a fini par s'écharper en 1989 et 1990.
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Tout contact pourrait se payer au prix fort

Cet exemple montre que, pour des questions de personnalités, de générations, de statut, de circonstances, une rivalité est un équilibre de forces contraires fragile, qui peut à tout moment dégénérer. Lewis Hamilton le sait pour avoir vécu un affrontement délétère avec Fernando Alonso dès 2007 chez McLaren, lutté pendant trois saisons à couteaux tirés contre Nico Rosberg chez Mercedes, et connu aussi quelques épisodes polémiques contre Sebastian Vettel (Ferrari) en 2017. Finalement, sa seule saison au sommet sans anicroches pour lui fut 2008, face à Felipe Massa (Ferrari). Excepté bien entendu ses années de partenariat avec Valtteri Bottas.
Alors, vu le CV "chargé" de Max Verstappen en termes de polémiques, on s'étonnerait presque qu'une paix armée prévale encore entre le septuple champion du monde, habitués des joutes tendues, et le nouveau prétendant néerlandais avide de bousculer l'establishment en cassant les codes, en jouant avec les limites de la piste et du règlement.
Imola et Portimão ont montré que cette bataille qui promet de s'étaler sur 23 dates était emprunte d'un respect auquel les deux as tiennent par-dessus tout. Pourquoi ? Parce que tout contact représente un risque et qu'il pourrait se payer au prix fort à l'heure du bilan. Au départ du Grand Prix d'Emilie-Romagne, le Néerlandais avait mieux démarré sur un sol mouillé et laissé juste ce qu'il faut d'espace vital au Britannique au freinage de la première chicane. Sans pouvoir éviter un léger contact. Au Portugal, les deux s'étaient doublés tour à tour, sans le moindre coup de volant tendancieux.

"Je ne suis pas stupide"

"Il est difficile de juger le point de freinage lorsque les pneus sont froids. On ne veut pas se louper, finir dans les graviers et endommager sa voiture, avait expliqué le Batave, animé par une prudence qu'on lui avait rarement connue en Italie. J'ai élargi un peu plus que voulu et j'ai vu que Lewis avait dû aller sur les bordures."
"J'étais un petit peu devant à l'entrée du virage 2 mais j'ai dû faire en sorte d'éviter le contact car Max se décalait vers moi. On s'est touché et j'ai dû rouler sur les bordures. Je suis content de m'en être sorti sans trop abîmer mon aileron avant", a expliqué l'Anglais, battu sans rancoeur.
Vainqueur de cette passe d'armes, Max Verstappen avait confirmé avant Portimão avoir tourné la page du pilote sans gêne, et révélé ses nouvelles limites : ''Rêver ne me mènera nulle part, je fais mieux d'être réaliste. Je ne suis pas stupide, je sais qu'on peut faire des erreurs dans une course pour le titre si serrée. Mais je ne veux pas mettre une pression inutile sur les gens dans mon équipe. Il n'y a pas débat là-dessus."
Il avait mis ce principe en application, seulement commis des erreurs ou des imprécisions n'engageant que lui en perdant la pole position et le point du meilleur sur des hors-piste. Il avait aussi failli débouler en survitesse dans la "pitlane", au risque de récolter une amende.
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Hamilton est passé à travers les mailles du filet

Le bilan du nouveau Verstappen ? Jamais, lors des trois premières épreuves, il n'a abordé Lewis Hamilton de façon agressive. Et il espère dorénavant la même attention en retour. "J'ai toute confiance en bataillant contre Lewis, nous nous laissons toujours suffisamment de place", avait-il déclaré après la troisième manche du Mondial. "Je confirme, avait rétorqué Lewis Hamilton, à côté de lui en conférence de presse. C'est une question de respect. Nous sommes tous les deux durs, mais justes. C'est ce qui fait les belles courses et les grands pilotes. Je pense que nous allons rester à la limite mais propres."
Lewis Hamilton avait dit cela d'autant plus facilement qu'il n'a jamais eu à subir les manœuvres sujettes à caution du Néerlandais. Au plus fort de la polémique sur ses changements de trajectoire en plein freinage en 2016, à Spa, ses victimes s'appelaient Kimi Räikkönen et Sebastian Vettel (Ferrari). Et devinez comment avait réagi Lewis Hamilton ? Il avait refusé de prendre clairement position, apportant indirectement son soutien au jeune pilote de Red Bull. Peut-être parce qu'il n'avait pas vu l'effet que ça peut produire…
Lorsque MV33 avait rechuté de façon spectaculaire l'année suivante, c'était avec son propre coéquipier, Daniel Ricciardo, à Bakou. Et dans un autre registre, MV33 avait fait polémique en 2018 en coupant un virage à Austin pour doubler Kimi Räikkönen. Sous surveillance depuis quelques mois, il avait été rattrapé par la patrouille et sanctionné.

"Ils n'ont pas encore franchi la ligne rouge"

Point de Lewis Hamilton dans les mauvais coups donc, jusqu'à ce fameux dépassement du 54e tour opéré hors-piste par son rival, à Sakhir cette saison. Dont le Britannique n'avait eu à se plaindre puisque la FIA s'était occupé du cas du Néerlandais sur le champ.
Tous ces événements ont fait mûrir Max Verstappen, qui a plus que jamais envie d'y mettre les formes pour battre Lewis Hamilton. En avril dernier, il était même revenu sur son jugement de la saison passée, lorsqu'il avait estimé que tous les pilotes du plateau étaient capables de gagner au volant de la Mercedes. "Il y a d'autres personnes très, très bonnes en F1 qui auraient eu de très bons résultats dans la même voiture, mais vu la façon dont Lewis a gagné parfois des courses très piégeuses, comme en Turquie l'an dernier, (...) il est définitivement l'un des meilleurs de l'histoire", avait concédé.
Tout ça reste quand même fragile, il faut en être conscient. "Ils n'ont pas encore franchi la ligne rouge car le risque de perdre des points est trop grand", avait fait remarquer le directeur d'équipe de Mercedes, Toto Wolff, au Portugal. Mais jusqu'à quand ?
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