Comme d'autres avant lui, Pierre Gasly a eu du mal à réaliser ce qu'il a accompli en gagnant le Grand Prix d'Italie, dimanche, au volant d'une voiture de milieu de tableau. "C'est incroyable, honnêtement je ne sais pas quoi dire, a-t-il confié, au micro de Canal+. Je n'ai aucun mot à part remercier toute l'équipe, tout ceux qui ont travaillé pour rendre ça possible. Dans les dix-huit derniers mois, il m'est arrivé des trucs de fou. Il y a eu des hauts, il y a eu des bas, on s'est toujours battu, on s'est toujours concentré sur nous-mêmes, à essayer de s'améliorer jour après jour. Aujourd'hui, je gagne le Grand Prix de Monza, c'est incroyable."
Ce n'est pas une revanche, Pierre Gasly n'a jamais été dans cet état d'esprit qui ne l'aurait de toute façon pas mené là, sur la plus haute marche du podium d'un Grand Prix de Formule 1. Dimanche à Monza, le jeune Français a définitivement refermé la page douloureuse d'un déclassement qui avait toutes les chances de le perdre.
Grand Prix d'Italie
24 ans après Panis, la Marseillaise a de nouveau retenti en F1 : le podium de Gasly
06/09/2020 À 15:31

Tout a vite mal tourné chez Red Bull

Promu dans la discipline reine des sports mécaniques le 1er octobre 2017 au Grand Prix de Malaisie, dans la foulée d'un titre de champion de GP2 (ex-Formule 2), le Normand de 24 ans avait continué de faire ses gammes l'année suivante chez Toro Rosso, avec une belle quatrième place au Grand Prix de Bahreïn à la clé, avant de passer dans l'équipe mère, Red Bull Racing, en 2019. Sans être vraiment préparé à ce challenge consistant à remplacer Daniel Ricciardo, parti chez Renault, ni au choc de se frotter à un pilote du calibre XXL qu'était Max Verstappen.
Le film de la course
Dans l'équipe de Milton Keynes, tout avait pris une mauvaise tournure, très vite. Lors des premiers essais de la saison, en février, il avait détruit le prototype de la nouvelle Red Bull dans un mur à Montmelo, le circuit du Grand Prix d'Espagne. Le lapidaire Helmut Marko, conseiller sportif de l'écurie rattaché au programme des jeunes pilotes, avait ajouté son commentaire cinglant. A l'heure des erreurs de jeunesse, ce jugement sans appel avait privé l'aspirant d'une grande partie de ses moyens, sur la défensive en piste comme en dehors.
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Sur la sellette du début à la fin

Helmut Marko a l'habitude de mettre sous pression ses recrues pour tester leur résistance aux épreuves de la compétition et l'espoir rouennais n'avait pas échappé à la règle. En déficit de vitesse face à Max Verstappen en qualification, Pierre Gasly avait progressivement sombré, jusqu'à devenir une valeur d'ajustement du Batave. Le coéquipier qui donne les nouvelles pièces installées sur sa voiture pour remplacer celles cassées par son voisin de stand. Celui qui teste des solutions de réglages pour fermer des pistes d'expérimentation. Qui rentre à contre-temps en course pour vérifier qu'un type de pneus n'est effectivement pas bon pour la Red Bull n°33.
Sur la sellette déjà au début de la saison 2019, Pierre Gasly en avait perdu depuis longtemps ses meilleurs atouts d'attaquant. Ceux qui le connaissaient bien dans le paddock savaient que Red Bull était en train de lui demander d'être un autre pilote. Celui qui roule avec les réglages de Max Verstappen, au cas où, miracle !, ça aurait pu marcher.
Helmut Marko a toujours été pressé de tout faire, à l'endroit comme à l'envers, et il avait décrété en avoir assez vu à l'occasion du Grand Prix de Hongrie où, c'est vrai, Pierre Gasly n'avait pas fait preuve de l'agressivité attendue pour résister à Alexander Albon, dans son ancienne voiture.

"Le coup du dragon"

L'échange de baquets avec le Thaïlandais, dès le meeting suivant, avait choqué ses supporters, ceux qui savent qu'il faut donner du temps à un débutant, et envoyé un terrible message au paddock en lui collant l'image d'un pilote démoralisé, sans avenir. A Spa-Francorchamps, il avait retrouvé sa Toro Rosso et un peu le sourire déjà… La machine de Faenza n'avait toujours rien d'une fusée mais il était de retour à la maison, dans cette équipe qui était sa "famille" comme il aime l'appeler. En pleine reprise de confiance, il avait saisi sa chance dans un Grand Prix du Brésil fou, pour rouler jusqu'au bout sous la menace de Lewis Hamilton pour terminer deuxième.
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Ce n'était pas de la chance, juste un acompte pour la suite. Les occasions de faire tomber Mercedes de son piédestal sont rares mais il a saisi la première qui s'est présentée, dimanche au nord de Milan. Qui d'autre aurait pu le faire mieux que lui ? Le méritait plus ?
Dimanche, Pierre Gasly était le meilleur, et AlphaTauri sacrément inspiré. De sa dixième place au départ, il a taillé dans le peloton et son équipe l'a d'un coup placé sur une stratégie gagnante en le faisant rentrer lors de la neutralisation du 24e tour. Juste avant cette interdiction de rentrer qui a causé la perte de Lewis Hamilton. La seconde partie de course a mis plus encore en relief ses qualités de gagneur. Au départ, il a effacé Lance Stroll (Racing Point) qui devant lui aurait constitué un mur et accéléré la dégradation de ses pneus. Il a ensuite résisté au retour de Carlos Sainz (McLaren), en cassant dans les derniers tours l'effet d'aspiration recherché par l'Espagnol avec le "coup du dragon", cette technique de louvoiement adoptée par Simon Pagenaud sur la route de son triomphe aux 500 miles d'Indianapolis en 2017.

"J'aurais aimé voir des milliers de tifosi"

"Ce n'était pas du tout gagné, a expliqué celui qui avait été élu "pilote du jour" à Spa. On arrive à repartir après le drapeau rouge en troisième position. J'arrive à passer deuxième au départ, et après, en tête, sans aspiration, c'est un circuit compliqué. Carlos [Sainz], avec la McLaren, était super rapide. Il ne fallait pas faire d'erreur. Je suis resté concentré jusqu'à la fin. J'ai beaucoup poussé au début du run pour essayer de partir un peu, pas leur donner trop d'aspiration. Du coup, à la fin, c'était un peu compliqué. J'ai donné, c'est passé."
On regrette juste qu'il n'ait pas pu être reçu en héros par l'immense clameur de toute un peuple amoureux de la course, malheureux de la déroute de Ferrari mais heureux de la victoire d'un pilote de l'autre écurie italienne, la petite Scuderia.
"C'est tellement dommage de faire un podium comme ça, a-t-il regretté. J'aurais aimé voir des milliers de tifosi, des milliers de personnes en bas du podium. Je voulais juste profiter de ce moment-là. J'avais beaucoup de personnes auxquelles je pensais. Je voudrais tous les gens pour les messages de soutien depuis que je suis arrivé en F1. Va falloir continuer."
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