Il était là, seul, assis sur l'un des podiums les plus prestigieux du sport automobile, l'esprit un peu trop encombré pour envisager, si tôt, entamer les festivités. On l'a vu sourire, se tenir la tête, se parler à lui-même, en imaginant très bien que tout cela n'était qu'une suite logique de ce que venait de réaliser Pierre Gasly au Grand Prix d'Italie.
On ne savoure pas une première victoire en Formule 1 de manière banale. Encore moins lorsqu'elle est aussi inattendue. Surtout pas lorsqu'elle représente bien plus qu'une forme de consécration que tous les jeunes pilotes rêvent de vivre, un jour, dans leur carrière.
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06/09/2020 À 22:28
Basculons volontiers dans le chauvinisme pour admettre que ce succès nous a fait du bien, balayant un bourdon qui avait eu le temps de prendre ses aises en près d'un quart de siècle. Admettons, aussi, que la victoire du Français a fait souffler un vent agréable au-delà de nos frontières ; chasser la routine, même provisoirement, a quelque chose d'exaltant.

Gasly, garant du spectacle

Depuis le début de l'ère hybride, en 2014, nous avons vu des Mercedes gagner - souvent - et des Ferrari et des Red Bull le faire le reste du temps. Oui, Gasly a réjoui et rafraîchi le plus grand nombre. Mais au fond, aucune des raisons que nous venons d'énumérer n'en est la cause.

Pierre Gasly (AlphaTauri) vainqueur à Monza

Crédit: Getty Images

L'exploit du Rouennais nous renvoie surtout à deux notions auxquelles nous accordons tous de l'importance, même à des degrés différents. Sa victoire est d'abord une juste récompense et sa résonance est particulière : à l'ère du tout marketing, des pilotes payants et des tentatives (vaines) d'enrayer la domination d'un champion (Hamilton) et d'une championne (l'écurie Mercedes) comptant parmi les plus légitimes de l'histoire, la méritocratie n'avait jamais eu aussi peu de place dans ce sport.
Bien sûr, le succès de Gasly est aussi circonstanciel mais ce n'est peut-être pas un hasard s'il est revenu à l'un des - rares - garants du spectacle saisonnier. On avait vibré au moment où le pilote tricolore se payait le quadruple champion du monde Sebastian Vettel, à Stowe. On avait halluciné quand il enfonçait la pédale, serré contre le rail à 300km/h par Sergio Pérez, qu'il débordait juste après à Eau Rouge.
Silverstone, Spa-Francorchamps, Monza : d'une manière ou d'une autre, le Français a brillé dans trois des cinq temples de la F1. Dommage que les Grands Prix de Monaco et du Japon aient été annulés...

Et maintenant ?

De Grosjean à Hamilton en passant par Leclerc, tous les confrères du protégé d'AlphaTauri ont évoqué ce "mérite" en saluant sa performance. Certains d'entre eux y ont aussi vu une percée de la justice. Cette notion-là est à la mode, bien au-delà de la F1, on peut s'en réjouir.
Il y a un an, Red Bull l'avait quelque peu abîmée. Non pas en rétrogradant Gasly quelques mois après l'avoir promu, mais bien en actant ce déclassement en faisant fi de toutes les circonstances atténuantes. Et pire encore : publiquement Helmut Marko, conseiller de Red Bull, avait estimé que le Rouennais "n'aimait pas dépasser". Comme si un entraîneur de football disait à son attaquant qu'il n'appréciait pas les buts.

Pierre Gasly (AlphaTauri) félicité par Charles Leclerc (Ferrari) après sa victoire à Monza

Crédit: Getty Images

Nous voici maintenant entre la petite et la grande histoire. Quelle doit être la suite de cette épopée ? Jusqu'ici, Red Bull a toujours réfuté l'idée d'une nouvelle promotion. On peut douter que le succès du Français y change quelque chose et il est encore difficile d'imaginer d'autres scénarii. Car le mérite et la justice ne prévalent pas toujours. Mais heureusement, ils se permettent parfois de remettre de l'ordre.
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