Une réponse cinglante, humiliante. Confondante. Mercedes a infligé un camouflet monumental à la concurrence qui se réjouissait de l'interdiction de son "mode fête" des Flèches noires en qualification à partir de ce week-end au Grand Prix d'Italie ; satisfaite, toute honte bue, de ce changement inéquitable de milieu de saison. A cet affront fait à l'équité selon Mercedes, à ce mépris pour la méritocratie que doit être la Formule 1 selon son patron de la compétition, Toto Wolff, Lewis Hamilton et Valtteri Bottas ont ravalé leur amertume devant les medias, en attendant l'heure de la riposte.
Au bout de deux jours de domination qui ne laissent pas de doute sur la tournure des événements lors des 53 tours de course dimanche et bien peu sur la suite de la saison, l'Anglais et le Finlandais ont tenu à montrer de quoi leurs W11 restaient capables sans un extra boost de circonstances, et sans far non plus. Dans le "Temple de la vitesse", rouler en paquet pour profiter de l'aspiration d'une autre voiture est monnaie courante, indispensable pour défendre correctement ses chances. Ça peut rapporter jusqu'à 0"6 par tour, mais les as de Brackley se sont gardés d'y avoir recours ; question d'orgueil mais pas seulement. Avec l'avance technique dont ils disposent, Hamilton et Bottas n'avaient pas besoin d'entrer dans ce jeu de dupes, d'un bien prêté pour un mal rendu qui ne pouvait que créer des tensions en interne comme l'avait montré Ferrari avec Charles Leclerc et Sebastian Vettel l'an dernier au même endroit.
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"Notre avance est restée la même ou s'est même accrue"

Sans aide ni artifice, Hamilton et Bottas se sont donc lancés dans cette entreprise avec l'idée de mettre un coup au moral de leurs rivaux. La sanction est arrivée dès la Q2, avec un nouveau record de Monza, signé par Lewis Hamilton en 1'19"092 puis Bottas en 1'18"952. Deux chronos qui venaient d'effacer la pole position de Kimi Räikkönen de 2018, en 1'19'119. On s'est alors demandé si, sans "party mode", la démonstration de puissance allait se poursuivre en Q3. En 1'18"887, l'Anglais a levé cette interrogation un peu naïve pour inscrire sa 94e pole position à son palmarès. Mais plus que le chrono, ce qui restera est la moyenne à laquelle il a bouclé les 5,793 km de l'autodrome italien. Et ce vertige à 264,362 km/h, contre 263,587 km/h pour Räikkönen, est d'autant plus remarquable que les "pneus", ordinairement plus gros facteur de progrès d'une année sur l'autre, n'a joué aucun rôle dans l'histoire, puisque les Pirelli sont les mêmes qu'en 2019.
Toto Wollf, qui n'a pas apprécié la constitution d'un front anti-Mercedes ces dernières semaines, a promis que ce n'était qu'un début. "Nous verrons la satisfaction (adverse) lors des prochaines courses, a lancé le manager autrichien au micro d'ORF. C'est la première course post-party mode et notre avance est restée la même ou s'est même accrue sur nos concurrents, qui ont poussé pour en arriver-là." A savoir, sans les nommer, Red Bull et Ferrari. "Voyons ce qui en ressortira dimanche. Nous devrions en fait être encore plus rapides sur la distance d'une course", a-t-il ajouté. Les chevaux supplémentaires qui exceptionnellement disponibles sur deux tours chronos en Q3 seront effectivement utilisables en course.

"J'étais un peu nerveux"

"Ce n'est pas facile car c'était serré dans le peloton, ça exigeait donc de faire un tour clair et je l'ai eu lors de mes deux tentatives en Q3, a commenté Lewis Hamilton. Je suis très content de ces tours et Valtteri était très, très près et il me poussait fort, a ajouté l'Anglais, qui a eu le dernier mot pour 0"069. "J'ai fait de gros changement avant la qualification, j'étais donc un peu nerveux, mais tout a bien fonctionné", a-t-il avoué.
"C'est décevant de rater la pole position par une si petite marge, a réagi Valtteri Bottas. C'était compliqué avec l'aspi, et j'ai choisi de rouler en premier (devant Lewis Hamilton) ce week-end, et je n'en ai pas eue à part lors de mon tour le plus rapide en Q2. J'étais en solitaire en Q3, ce qui n'était pas mal car j'avais un air propre, mais évidemment je ne bénéficiais pas de la traction dans les lignes droites. C'était un compromis difficile à trouver."
"Nous avons fait des analyses vendredi sur les effets de l'aspiration. Il en est ressorti pour nous que nous perdons autant dans les virages que nous gagnions dans les lignes droites. Sur cette base, nous avons décidé d'essayer de rouler dans de l'air propre, ce qui a eu pour bénéfice de de simplifier notre session", a expliqué Andrew Shovlin, l'ingénieur en chef.
Mais pour Valtteri Bottas, la bataille n'est pas perdue, en dépit des faibles possibilités de dépassements en course. "Mon rythme était le même que celui de Lewis vendredi et cette piste offre toujours des opportunités. Ça ne dépend que de moi de les saisir", a-t-il prévenu.
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