Des pilotes ambianceurs ou en plein sommeil dans leurs stands, des dialogues lunaires entre directeurs sportifs d'équipe et la direction de course à la FIA, un amendement au règlement sorti de nulle part pour tenter de sauver le Grand Prix de Belgique des eaux et surtout du néant financier… Et finalement deux tours de manège de plus sous safety car pour valider un résultat ubuesque.
Dimanche, le petit monde de la Formule 1 a offert un spectacle surréaliste et pour tout dire pitoyable pour les spectateurs du circuit de Spa-Francorchamps, et d'une manière plus générale pour tous les amoureux du sport, persuadés qu'après 71 ans d'histoire, le barnum roulait bien sûr pour l'argent, mais qu'il tournait quand même rond et surtout pas sur la tête.
Grand Prix de Belgique
Quatre tours pour une victoire de Verstappen : la F1 se ridiculise à Spa
29/08/2021 À 16:55
Prévue pour être lancée à 15h dans les Ardennes, la douzième manche du Mondial a, de report en report, sombré progressivement dans l'attentisme, l'incompréhension et finalement un ridicule dont l'image du sport en paiera sans doute longtemps le tribut. Malheureusement, l'entêtement du promoteur du championnat du monde n'avait pas de limite - il aurait fallu avoir le courage de ne pas courir - et l'a conduit à une non-course de deux fois deux tours derrière une voiture de sécurité pour le pire, un classement biaisé qui aura peut-être de lourdes conséquences sur l'issue du duel pour le titre entre Max Verstappen et Lewis Hamilton.

Sieste, ola et jeu de cartes

On aura donc tout vu. Ce que l'on n'avait jamais vu avant, surtout. Le peloton neutralisé dans l'ordre de la séance de qualification, le Néerlandais de Red Bull a été déclaré vainqueur de la douzième manche du Mondial devant George Russell (Williams) et Lewis Hamilton (Mercedes). Un succès surréaliste pour des points bien réels, même selon un barème divisé par deux pour tenir compte du fait que les trois-quarts de la distance normale (44 tours) n'ont pas été couverts.
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Après plusieurs délais imposés par l'orage et les coulées sur le "toboggan des Ardennes", la voiture de sécurité a donc finalement emmené à 15h25 le peloton des 19 voitures encore en lice, après le crash de Sergio Pérez (Red Bull) dans son tour de mise en pré-grille, pour un tour de formation complet. Suivi d'un second qui n'est pas allé à son terme, Michael Masi ayant décidé d'écouter des protagonistes perdus dans un nuage de projection d'eau sur cette piste de 7,004 kilomètres où la vitesse est reine et la punition jamais loin. Une sage décision, enfin, de la part de l'Australien qui n'avait pas voulu entendre samedi l'appel de Sebastian Vettel (Aston Martin) quelques instants avant le crash de Lando Norris (McLaren) dans le raidillon d'Eau rouge.
Restait donc aux pilotes à rentrer dans les garages et espérer une accalmie du ciel dans cet endroit de la Belgique réputé pour ses conditions de course dantesques, en Formule 1 ou en Endurance. C'est à partir de cet instant que l'on a commencé à voir l'envers du décor, les pilotes et les équipes s'occuper comme ils pouvaient, et les directeurs se renseigner tout azimut sur un improbable départ. Pendant que Daniel Ricciardo rythmait une ola pour le public, Carlos Sainz et Lando Norris étaient assoupis sur une chaise chez Ferrari et McLaren, et Antonio Giovinazzi sur un container chez Alfa Romeo. Et chez Alpine, c'était partie de cartes à volonté. Drôle de spectacle en vérité.

Mayländer a fait le spectacle

Au milieu de ces diversions qui n'arrivaient pas à cacher l'inquiétude, les responsables des teams n'ont pas oublié de communiquer au gré de leurs intérêts. Red Bull a ainsi plaidé la cause de Sergio Pérez auprès de Michael Masi, arguant que le Mexicain s'était crashé avant l'heure théorique de départ de la course, et qu'il était par conséquent toujours en course, avec sa Red Bull qu'une dépanneuse venait de ramener dans un piteux état à son stand...
Michael Masi avait d'autres chats à fouetter, sommé de toutes parts de livrer des indices sur un prochain départ. Il était seulement en mesure d'annoncer des reports du point météo, suspendu a l'état de la piste donné par le pilote de la voiture de sécurité, une rutilante Mercedes rouge qui aura fait plus de tours que n'importe quel bolide dimanche, y compris en tête. Et c'est peut-être finalement Bernd Mayländer qui aura offert le plus de spectacle en passant tout près de la correctionnelle dans une glissade contrôlée in extremis…
Mais en homme pragmatique, Michael Masi devait en revenir à la réalité du sport, dont la finance n'est pas le moindre des aspects. Dans un championnat ramené à 22 dates contre 23 samedi, et sérieusement menacé de perdre deux épreuves supplémentaires sur fond de crise sanitaire (au Brésil et au Mexique), l'Australien se devait peut-être de tout faire pour que cette course ait lieu… Afin d'en valider le résultat, le montage financier, la redistribution des revenus, participants inclus…
"J'essaie de trouver une fenêtre dans cette météo"
On a compris ce qui se tramait peu après 17h, lorsque le patron de la salle de commandement a suspendu de façon unilatérale le chrono déclenché à 15h01 pour trois heures au maximum, le délai réglementaire entre le début et la fin obligatoire d'une épreuve de Formule 1. Deux heures venaient de s'écouler, et la FIA se réservait le droit, au titre du "cas de force majeure", la possibilité de faire repartir les bolides en dehors de tout cadre juridique...
A voir l'orage s'abattre sans faiblesse sur le circuit, il était clair que courir n'était pas raisonnable. Et en particulier chez Mercedes. "Tu en penses quoi ?", demanda Ron Meadows, le directeur sportif des champions du monde, à Michael Masi. "J'essaie de trouver une fenêtre dans cette météo", lui répondit le patron fédéral. "Puis-je dire aux gars sur le muret qu'ils peuvent aller faire un tour pendant 10 minutes ?", enchaîna Meadows. "Absolument, tu peux aller faire un tour pendant 10 minutes. Je te suggérerais de revenir à 17h30", lui répondit Masi. 17h30 est précisément l'heure à laquelle la FIA a benoîtement envoyé son message : "Le compte à rebours a été arrêté pour essayer d'avoir une heure de course aujourd'hui."
Masi est l'homme qui a cherché fiévreusement une "fenêtre" sur les radars pendant toute l'après-midi. Il n'y a avait pas, il en a trouvé une… Au grand dam de Sebastian Vettel, qui ne l'avait pas ménagé la veille.

Michael Masi (FIA) au Grand Prix d'ESpagne 2021

Crédit: Getty Images

"Je suppose que l'argent de la télévision est la différence"

Averti que la course allait reprendre, ou plutôt que les bolides allaient être renvoyés en piste, l'Allemand a senti son sang ne faire qu'un tour. "Quelle est la différence par rapport à maintenant ? Rien ! Je suppose que l'argent de la télévision est la différence", s'est insurgé le quadruple champion du monde. "Le directeur de course sera ravi d'entendre tes commentaires", lui répliqua son collègue à la radio. "Eh bien, je ne peux pas lui payer le même montant que les gars de la télé", conclut le pilote Aston Martin.
Ce que confirmeront les deux autres multiples champions du monde du plateau après "l'arrivée" de la "course". "Ils savaient que la piste n'était pas meilleure lorsqu'ils nous ont renvoyés, juste pour repartir derrière la voiture de sécurité pour deux tours, le minimum requis pour officialiser le résultat", a dénoncé Lewis Hamilton. Toutefois moins énervé que Fernando Alonso. "Ce n'était pas un Grand Prix, a pesté l'Espagnol. Toutes ces choses, les points, tout le reste, c'est incroyable. On se bat pour gagner des places, les points sont précieux et ils ont été donnés gratuitement."
Même si la moitié des 101 points habituels a effectivement été distribuée dimanche, tout ceux qui ont vécu ou suivi ce Grand Prix de Belgique 2021 dans sa longueur ont eu le sentiment que l'arbitraire avait pris le pas sur le sport dimanche.
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