La frustration et la gêne prédominaient et la colère grondait même dimanche soir dans le paddock du Grand Prix de Belgique, qui restera comme la manche la plus courte de toute l'histoire de la Formule 1. Otages d'une météo exécrable sur le circuit ardennais de Spa-Francorchamps dimanche, pilotes et équipes ont participé à une épreuve qui n'aura eu de course que le nom, les quatre tours qu'ils auront couverts au total en deux temps, à 15h27 puis à 18h17, l'ayant été derrière une voiture de sécurité, faute de visibilité et d'adhérence.
Dans ce chaos où la limite du ridicule a été largement dépassée, le résultat de la qualification de la veille a donc valu de résultat officiel, à quelques détails près comme l'absence de Sergio Pérez (Red Bull) au rang des pilotes récompensés par la moitié des points, suite à un crash dans son tour de reconnaissance avant le départ prévu à 15h. Une erreur personnelle pardonnable sur une piste inondée annonciatrice d'un fiasco collectif sans précédént.
Grand Prix de Belgique
Quatre tours pour une victoire de Verstappen : la F1 se ridiculise à Spa
29/08/2021 À 16:55
Déclaré vainqueur puisqu'il roulait en tête du peloton neutralisé à 18h28 lorsque la course a été définitivement stoppée, Max Verstappen (Red Bull) a exprimé comme ses collègues son embarras devant tout ce gâchis.
Ce n'est pas comme ça qu'on veut gagner
"Rétrospectivement, il s'avère que c'était important de décrocher cette pole position", a-t-il confié, à chaud à "l'arrivée". "C'est très dommage de ne pas avoir pu faire de vrais tours. Les conditions étaient vraiment trop compliquées. Je l'ai dit à 15h30 : 'Il faudrait y aller'. Les conditions étaient correctes, mais la visibilité était faible. Si on avait débuté à 15h, on aurait eu plus de chances. Mais ensuite, il a continué de pleuvoir et c'est resté très humide."
Engagé dans une lutte sans merci pour le titre, le Néerlandais de l'écurie de Milton Keynes a donc marqué 12,5 points pour son 16e succès en Formule 1, soit cinq de plus que son rival direct Lewis Hamilton (Mercedes), crédité de 7,5 unités pour sa troisième place, derrière George Russell (Williams).
Arrivé sur l'un de ses deux circuits à domicile, le natif de Hasselt, fils d'une ancienne pilote de karting belge, Sophie Kumpen, a ainsi réduit son retard à trois longueurs au championnat sur l'Anglais. Une satisfaction qu'il a tenu à modérer, vu le sale après-midi passé par les spectateurs du "toboggan" des Ardennes."C'est une victoire, mais ce n'est pas comme ça qu'on veut gagner, a insisté le pilote de la RB16B n°33. Les vrais vainqueurs sont les fans qui sont restés sous la pluie."

Deux tours pour le business

Tout à la joie de son premier podium en Formule 1, George Russell a tenu le même discours que Max Verstappen sur l'importance qu'avait eu son samedi dans son exploit. "Nous sommes récompensés pour la qualification, je suis désolé pour les spectateurs qui ont attendu très longtemps ici, a dit l'espoir britannique. C'est dommage de ne pas avoir pu lancer cette course. C'est hier que ça a compté pour nous. Toute l'équipe le mérite vraiment. Elle travaille tellement depuis plusieurs années. C'est toujours difficile de ne pas pouvoir montrer nos efforts." Et d'avouer pour finir : "Nous ne nous attendions pas à ce résultat."
Lewis Hamilton a lui aussi mis de côté sa déception devant ce no-show honteux. "Tout d'abord, je me sens vraiment désolé pour les fans, a dit le septuple champion du monde. Ce n'est la faute de personne cette météo, les conditions étaient très mauvaises. Les fans ils ont été incroyables en restant avec nous pour voir une course hypothétique."
Et de poursuivre sur un ton plus vindicatif sur la façon dont il a dû, avec ses collègues, cautionner cette parodie de sport sur l'autel des impératifs commerciaux. "Ils (les organisateurs) savaient que la piste n'était pas meilleure lorsqu'ils nous ont renvoyés, juste pour repartir derrière la voiture de sécurité pour deux tours, le minimum requis pour officialiser le résultat. J'espère que les fans vont être remboursés."

George Russell, Max Verstappen et Lewis Hamilton sur le podium du Grand Prix de Belgique 2021

Crédit: Getty Images

Des points donnés "gratuitement"

La seconde expérience fut comme la première : dangereuse, déraisonnable. "Avec cinq mètres de visibilité, les voitures disparaissent et c'était difficile de voir dans les lignes droites les feux arrière des voitures, a-t-il relaté, en écho à ce que tous les pilotes avaient déjà dit deux heures plus tôt. On ne peut pas rouler à fond quand on ne sait sur quelle portion de la piste on se trouve."
Mal qualifié et privé de points, Fernando Alonso a finalement été le plus virulent dans ce concret de critiques, en tenant peut-être le discours le plus juste, car cette course n'aurait pas dû avoir lieu. "C'est extrêmement triste qu'il ait attribué des points aujourd'hui parce qu'on a pas été capable de rouler, c'est choquant, a pesté l'Espagnol, premier non récompensé avec sa onzième place. On a juste fait des tours derrière la voiture de sécurité. Toutes ces choses, les points, tout le reste, c'est incroyable. On se bat toujours pour gagner des places, les points sont précieux et ils ont été donnés gratuitement." L'avenir dira à quel point ils compteront à l'heure du bilan.
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