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Grand Prix de Russie

Le cheval cabré, nouvelle valeur étalon de la Formule 1

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Sebastian Vettel devant Charles Leclerc (Ferrari), lors du Grand Prix de Singapour - 22/09/2019

Crédits Getty Images

ParStéphane Vrignaud
26/09/2019 à 11:12 | Mis à jour 27/09/2019 à 08:30
@ThePiranhaClub

GRAND PRIX DE RUSSIE - Si la Scuderia était à Spa-Francorchamps et à Monza en territoire conquis pour sa SF90, elle a montré à Singapour des progrès techniques sensibles et une capacité organisationnelle d'une efficacité qu'on ne lui connaissait plus.

La scène témoigne d'une urgence que Mercedes n'avait plus connue depuis longtemps. A l'arrivée du Grand Prix de Singapour, Lewis Hamilton arrive dans le garage gris et, sans s'arrêter, fait un signe impatient à Toto Wolff. Face à la caméra de Canal+, le directeur d'équipe des Gris a juste eu le temps de dresser un tableau agacé de la troisième défaite consécutive des Flèches d'argent : "On s'est complètement planté du début à la fin". Le patron autrichien avoue avoir du mal à "rester calme"... Et d'interrompre l'interview sur le champ pour filer vers la réunion de crise que vient de convoquer le pilote britannique.

Le paddock de la Formule 1 ne perd jamais une minute pour déménager mais là, le temps presse d'autant que le Grand Prix de Russie est à l'agenda du week-end suivant. Mercedes n'est pas en mode "panique" mais au moins en mode "alerte". La réaction du numéro 1 mondial n'a rien d'inhabituelle. Elle est même ordinaire pour tout pilote qui connaît son poids dans une équipe. Et pas besoin de perdre pour ça. En son temps, Ayrton Senna ne se gênait pas pour casser l'ambiance d'une victoire en dressant une liste de griefs techniques.

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Sauf qu'en l'occurrence, le diagnostic ne s'arrête pas à la technique chez Mercedes. Il concerne aussi l'exploitation du matériel, les opérations en piste. Andrew Shovlin, l'ingénieur en chef, l'avoue d'ailleurs sans détour : "Ça nous paraît une éternité depuis notre dernière victoire mais il n'y a pas une raison unique à ça. Nous avons beaucoup de domaines à travailler pour progresser".

"Vous ne réalisez pas à quel point nous bossons, à chaque course. Même les victoires que nous avons obtenues ne sont pas venues facilement, contrairement à ce que vous pouvez penser", lâchera Lewis Hamilton, plus tard. "Évidemment, la hiérarchie se resserre au fil de la saison et ça nous convient. Nous devons faire un meilleur boulot. Nous avons fait un si bon job en début d'année…" Si Mercedes n'a pas perdu son mojo, c'est tout comme...

Avec la qualification confirmée des Alfa Romeo en Allemagne mardi, le Britannique possède bien 65 points d'avance en tête du championnat du monde sur son coéquipier Valtteri Bottas, et 96 sur Charles Leclerc (Ferrari). Ce n'est pas assez, et il le clame : "Je ne me fais aucune illusion sur le fait que l'écart peut disparaître. Ce n'est pas gagné. Nous devons nous retrousser les manches (…), nous pourrons extraire plus de la voiture et, individuellement, faire mieux."

La supériorité du moteur "exagérée"...

Il vise tout le monde, et peut-être en premier lieu son coéquipier Valtteri Bottas, qui n'a plus son impact de début de saison, lorsque le natif de Stevenage soulignait son rôle émulateur. C'est une réalité, le Finlandais est en perte de vitesse depuis le Grand Prix d'Allemagne, soit cinq courses. Et en face, le duo Charles Leclerc - Sebastian Vettel est devenu le plus efficace.

Mercedes doit donc rester calme, ne pas perdre le fil des choses. La W10 devait briller à Singapour et, c'est certain, elle a subi une défaite qui n'était pas provisionnée, contrairement à celles de Spa-Francorchamps et Monza. La n°44 de Lewis Hamilton a perdu la pole position pour moins de 0"2 sur ce tour du circuit relativement long à Singapour, et il s'en est fallu d'un passage au stand au 19e tour pour piéger Charles Leclerc et Sebastian Vettel à l'undercut.

Finalement, l'équilibre s'est peut-être établi depuis trois meetings par la combinaison de quelques faiblesses (relatives) chez Mercedes et un travail de correction chez Ferrari. L'équipe de Brackley savait qu'elle subirait la puissance rouge en Belgique et en Italie mais elle a péché dans l'exploitation de sa W10 et manqué d'agressivité stratégique à Singapour. C'était pourtant jusque-là ses points forts reconnus.

A l'opposé donc, la Scuderia a fait parler l'aéro et le V6 de sa rossa dans les Ardennes et en Lombardie. Mais à Singapour, l'effet moteur n'a pas été, de par la nature du circuit, aussi flagrant. Celui de l'aéro non plus. A charge aéro égale avec la Mercedes, la Ferrari SF90 oppose moins de traînée (ou résistance à l'air), mais cet avantage n'était pas aussi manifeste le week-end dernier. "Singapour a montré que la supériorité de notre moteur avait été exagérée, a juré Mattia Binotto, à l'agence de presse GMM. Notre avantage en trainée est plus faible sur les circuits à plus forts appuis", a ajouté l'Italo-suisse , qui est à la fois directeur d'équipe et directeur technique.

Alors, qu'est-ce qui a fait la différence ? L'aileron avant introduit à Singapour, selon les pilotes. Il a permis de progresser au niveau du grip à l'avant et de la stabilité à l'arrière, des insuffisances qui avaient gâché le GP de Hongrie rouge. "Nous comprenons mieux la voiture qu'en Hongrie. Nous savons mieux l'équilibrer pour tirer un meilleur parti des pneus", a résumé Charles Leclerc. "Les nouvelles pièces marchent bien ce week-end, nous ne perdons pas autant de temps en sortie de virages qu'en Hongrie, une piste assez similaire à celle-ci", avait pointé l'Allemand, dès samedi. "L'avant et l'arrière fonctionnent bien mieux ensemble", a confirmé le quadruple champion du monde après sa victoire. Et tout ce qu'il y a entre les deux, fond plat et carrosserie.

Une gifle à Mercedes

En Asie, Ferrari a aussi brillé en stratégie et retrouvé l'efficacité opérationnelle qui lui manquait depuis des mois. L'an dernier, elle avait multiplié les faux pas, les errements au stand. Cette année encore, elle a connu quelques couacs retentissants : pit stop trop tardif de Leclerc en Chine, panne radio et pneus pas prêts pour Vettel en Autriche, délai interminable pour serrer la roue avant droite de la n°5 en Hongrie...

Aux yeux de ses supporters, elle était devenue désespérante. Mais depuis la fin de la pause, les raisons d'y croire sont là. Elle a réussi un sans-faute. A Singapour, elle l'a même été la reine du timing, car il ne fallait pas alerter Mercedes sur la rentrée de Vettel. L'Allemand a expliqué avoir reçu un appel "très tardif" dans le tour.

Franchement, ça faisait longtemps que la Scuderia n'avait pas donné une telle leçon. Cette année, une victoire s'était jouée au stand, à Silverstone. Et encore, sur un coup de dé : le leader Bottas avait été lesé par une voiture de sécurité offrant un arrêt gratuit à Hamilton. Il faut insister là-dessus : Ferrari a réussi le coup de l'année en matière stratégique et Mercedes l'a pris comme une gifle.

Moins évident, plus subtile, Alberto Antonini a aussi apporté son éclairage sur ce qui est arrivé à Singapour. L'attaché de presse des Rouges du temps de l'ex-directeur d'équipe, Maurizio Arrivabene, raconte que, en interne, Ferrari est persuadé que Mercedes n'a pas assez pris en compte que le pneu "tendre" de Singapour 2019 (le C5) générait beaucoup moins de grip que son équivalent de 2018 ("hyper tendre"). Cela était apparu nettement en qualification lorsque Hamilton avait plafonné à pratiquement 0"4 du temps de sa pole position de 2018. Logiquement, l'écart de performance avec le "dur" utilisé dans le second relais de course promettait d'être plus important. Ce qui expliquerait que le Britannique a poussé trop loin sa tentative d'overcut.

Enfin, la concurrence y est aussi allée de ses supputations. Et pour Red Bull, la récupération d'énergie et sa restitution fait toujours la différence. "Il faut penser que ça vient de la puissance électrique, de la combustion interne, et je pense qu'ils ont un carburant qui fonctionne bien également. C'est probablement une combinaison des deux", a estimé Christian Horner, à Channel 4.

Dans tout ça, Lewis Hamilton a formulé une conclusion sans appel : "Pour moi c'est clair, Ferrari a la voiture la plus rapide sur chaque circuit." A vérifier ce week-end en Russie.

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