Les plus grands champions ont les plus grandes défaillances, c'est bien connu. Mais si la première fois l'étonnement joue, une autre forme de stupéfaction est de mise lors de la suivante. Cette saison encore, Mercedes et Lewis Hamilton passaient pour des machines à gagner, capables d'exploiter sans faille un formidable matériel. Ça fait quand même deux fois en trois courses que l'équipe allemande et son champion chutent sur une simple question de procédure règlementaire.

Grand Prix de Russie
Boulette russe pour Hamilton, caviar pour Bottas
27/09/2020 À 12:48

A l'orée d'une nouvelle saison, staff et pilotes nous expliquent qu'ils ont passé leur hiver, parmi tant d'autres choses, à potasser le code sportif pour en déceler tout le potentiel opérationnel pendant les week-ends de Grands Prix. Encore faut-il ne pas passer à côté de choses rôdées, en place depuis des années...

A Monza, l'équipe sextuple championne du monde avait réalisé trop tard qu'elle ne pouvait faire rentrer Lewis Hamilton au stand pendant une neutralisation, pour une question de sécurité. A l'origine de ce fail improbable, un ordre de la direction de course passé entre les mailles de son filet.

Un endroit réservé pour ça

Sur le muret, l'équipe de décideurs a autre chose à faire qu'avoir les yeux rivés sur l'écran de la FIA donnant en temps réel l'état de la piste, les incidents qui y surviennent ; et les précautions, décisions qui en découlent. Chaque équipe utilise donc un réseau propre de diffusion des informations officielles dans les casques, par la voix d'un automate qui traduit instantanément les écrits de la FIA.

Au Grand Prix d'Italie, "Pitlane fermée" ne figurait pas dans les messages pré-enregistrés par Mercedes. Quand un membre de l'écurie a vu l'interdiction, dans l'ops rooms de Brackley, en Angleterre, il a prévenu le top management sur place. Mais à cet instant, Lewis Hamilton avait déjà pris la direction de la pit lane. Aucun feu rouge n'y figurait à l'entrée - quand bien même il l'aurait vu il aurait été trop tard - et, le regard tourné vers l'intérieur de la parabolique, il n'avait pas vu les croix rouges à l'extérieur signalant l'interdiction de pénétrer dans la voie des stands...

Le "stop and go" qui l'avait puni avait pu être jugé excessif, interprété comme une façon plutôt pratique de le faire perdre... Néanmoins, l'objet du délit était la sécurité, mère de toutes les préoccupations à la FIA.

Dimanche à Sotchi, Lewis Hamilton a oublié qu'on ne fait pas des tests de départ n'importe où, qu'un endroit est réservé pour ça pendant un week-end de Grand Prix. Qu'un emplacement à droite, au bout de la pitlane, est prévu à cet effet ; sans risquer de gêner les voitures sortant de la voie des stands.

"C'est ridicule, où est-ce écrit ?"

Gêné par la quantité de gomme sur le sol au fond de la pitlane, il a demandé l'autorisation de tester plus loin. Et il a reçu un "Affirmatif" en retour. "Au bout du mur des stands ?", a-t-il interrogé. "Oui, bien reçu. Laisse assez de places pour que les voitures passent", l'a-t-on assuré. A 12h33, il est donc sorti de l'allée des garages et a dépassé la zone de test de 300 mètres. En mettant sa W11 en travers tout au bout de la voie d'accélération, à quelques mètres de la piste où les bolides passent à fond.

En l'occurrence, il ne risquait de percuter qu'une voiture sortant de la pitlane, lancée dans son tour de mise en pré-grille. Néanmoins, la faute était caractérisée, grave même puisqu'elle tenait encore une fois à la sécurité. Les commissaires du Grand Prix de Russie l'ont ainsi sanctionnée deux fois, considérant que le non-respect de l'endroit préconisé était doublé d'un danger réel.

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Lewis Hamilton savait qu'une enquête était ouverte lorsqu'il s'est lancé dans la course. Il a mal réagi lorsqu'on l'a informé, au 7e des 53 tours de course, qu'il avait reçu deux pénalités de cinq secondes, à purger en même temps que son unique pitstop.

"C'est ridicule. Où est-ce écrit ?", a-t-il protesté. Vexé, agacé, il a commencé à contredire son équipe, contester ses décisions. Déstabilisé, il a refusé de rentrer quand elle lui a demandé. Il s'est finalement exécuté au 17e passage, un tour avant son coéquipier, Valtteri Bottas, puis il est revenu à la charge sept boucles plus tard.

"De la place pour l'interprétation"

"Vous m'avez stoppé tellement tôt que je dois maintenant gérer mes pneus ! Je vais avoir du mal à aller au bout", a-t-il pesté. Son équipe lui a alors prestement demandé de se concentrer sur sa course. Chaussé en pneus "dur" sur une piste peu abrasive, il n'a finalement pas eu de difficultés à tenir sa troisième place au goût amer.

Maussade à l'arrivée, il s'est insurgé devant cette sanction contestable selon lui, sur la forme plus que sur le fond. "Il faut que je consulte la règle, que je vois ce que j'ai fait de mal, a-t-il dit à Sky Sports. Je suis à peu près sûr que personne n'a reçu deux pénalités de cinq secondes auparavant pour une chose aussi ridicule. Je n'ai mis personne en danger, j'ai fait ça sur un million de pistes sans soulever la moindre des questions. Mais c'est comme ça. Bien sûr, c'est… ils (la FIA) essaient de m'arrêter. Il faut que je garde mon calme et que je comprenne."

"Il y a de la place pour l'interprétation, a tempéré Toto Wolff, le directeur d'équipe de Mercedes, au micro de la chaîne anglaise. Nous devons analyser pourquoi nous avons commis cette erreur ensemble. Lewis a fait face à beaucoup d'adversité dans sa vie et nous trouvons tous la punition trop sévère."

"Ils disent que ce n'est normalement pas là où on fait des essais de démarrage et je suis d'accord avec ça, a poursuivi l'Autrichien. Mais dans les notes du directeur (de course), il est dit qu'on peut faire un essai de départ après les lignes, côté droit. C'est ce que nous avons fait."

Devant les commissaires, Mercedes a insisté sur sa seule responsabilité dans cette erreur, et obtenu l'annulation du retrait de deux points sur la licence du Britannique. Ce qui aurait pu le mettre en position délicate avant la fin de la saison. Une perte de ses deux nouveaux points se serait traduite par une suspension d'une course. En compensation, la FIA a infligé une amende de 25.000 euros d'amende.

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