GP de Sao Paulo - Premier succès de George Russell (Mercedes) : à Interlagos, l'avènement d'un prodige

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GRAND PRIX DE SAO PAULO - Il la tient enfin ! En s'imposant à Interlagos, George Russell (Mercedes) est devenu le 113e vainqueur d'un Grand Prix de Formule 1. Ce succès vient récompenser le jeune Britannique qui a su tirer le potentiel de sa W13 au cours d'un premier exercice très compliqué avec l'écurie à l'étoile. Lewis Hamilton (Mercedes), son dauphin au Brésil, l'a chaudement félicité.

George Russell (Mercedes)

Crédit: Getty Images

S'il n'a pas fredonné "God Save The King" et ses paroles actualisées après la disparition de la Reine Elizabeth II, George Russell (Mercedes), perché sur la plus haute marche du podium, avait les yeux embués. Des larmes ont même dévalé ses joues durant les célébrations. Dimanche, sur le mythique circuit d'Interlagos, il a décroché, à 24 ans, son premier succès en F1, devenant le 113e vainqueur d'un Grand Prix.
La symbolique était double puisque GR63, en s'imposant au Brésil lors de l'avant-dernière épreuve de la saison, a offert à l'écurie à l'étoile son premier succès en 2022. Une victoire autoritaire, décrochée d'une main de maître : poleman, Russell a parfaitement relancé la course après les deux sorties de la voiture de sécurité, a optimisé ses deux arrêts au stand après un départ en soft, et a résisté à la pression exercée par son coéquipier Lewis Hamilton dans les dernières boucles. Mercedes avait donné la permission à ses pilotes de se battre "respectueusement". Une marque de confiance pour une récompense au drapeau à damier : les Flèches d'argent ont célébré leur premier doublé depuis le Grand Prix d'Emilie-Romagne à Imola en 2020.

L'importance de Gwen Lagrue

"C'est un sentiment incroyable, a avoué le bizut à Felipe Massa en interview post-course. Je reste sans voix. Dans le tour de décélération, plusieurs souvenirs me sont revenus à l'esprit : mes parents m'accompagnant dans les courses de karting, mon manager, ma petite-amie, ma famille..."
Et puis Russell a cité Gwen Lagrue, responsable du programme des jeunes pilotes chez Mercedes. Le Français est un personnage-clé dans la construction du prodige. En 2014, le natif de King's Lynn avait décliné une première approche de Toto Wolff, le patron de l'équipe de Brackley, au profit de Carlin et Volkswagen.
En 2017, année de son titre en GP3 Series avec ART Grand Prix, le prodige britannique a été convaincu par Gwen Lagrue de s'engager avec l'écurie allemande alors que BMW lui faisait la cour. Essais privés la même année au volant de la W08 en Hongrie, premier week-end en F1 au Brésil et à Abu Dhabi avec Force India, titre en F2 dès sa première saison dans la catégorie... Le jeune Britannique, très pressé, a pu gravir les échelons en douceur grâce au savoir-faire de Mercedes.
Vient alors l'heure du passage dans la catégorie reine du sport automobile. Là encore, les Flèches d'argent ne précipitent rien. Ce sera Williams, équipe-partenaire, pendant trois années d'apprentissage. Russell y fait ses gammes, réalise quelques prouesses avec une monoplace peu compétitive, moquée comme la plus mauvaise du plateau.

L'accession chez Mercedes, un cadeau d'abord empoissonné

Il ronge son frein, sans mot dire. Quand Hamilton attrape le Covid à Sakhir en 2020, c'est à lui que Mercedes fait appel. Ce fameux baquet, cette combinaison noire... GR63 en rêve depuis si longtemps. Et il ne laisse pas passer l'occasion. Il humilie Valtteri Bottas (Mercedes), fidèle lieutenant du septuple champion du monde, dans une sublime manoeuvre, et inscrit ses trois premiers points. Le compteur est débloqué.
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N°1-bis plus que n°2 : Comment Russell a pris le pouvoir chez Mercedes

Video credit: Eurosport

Retour chez Williams pour une ultime saison durant laquelle il marquera 16 points. Un exploit que ne manquera pas de souligner Wolff. Sentant son poulain prêt pour le grand saut, le patron autrichien le promeut à compter de la saison 2022 dans une équipe sacrée huit fois consécutivement chez les Constructeurs : "Grâce à un travail acharné, il a, à juste titre, mérité sa place dans l'équipe. Il aura l'opportunité de franchir une nouvelle étape dans sa carrière et de continuer à apprendre aux côtés de Lewis, le plus grand pilote de F1 de tous les temps. Je suis sûr qu'ils formeront une équipe solide au fur et à mesure que leur relation se développera."
Les mots de Wolff se révèleront prophétiques. Pour Russell, le rêve se matérialise. Mais sa promotion n'est pas franchement un cadeau. La W13 est sujette au marsouinage et à une traînée extrême qui relègue Mercedes au rang de troisième force du plateau. Chez les Allemands, personne ne se dédouane : l'écurie a raté la transition règlementaire et la voiture est mal-née. C'est tout, mais c'est beaucoup à la fois. Il faudra baisser la tête, redoubler d'efforts et probablement tirer un trait sur la saison 2022. Pour la première fois en dix ans, l'écurie à l'étoile ne vise pas la victoire. "Nous sommes loin derrière Ferrari et Red Bull", souffle Russell après le Grand Prix d'Arabie Saoudite, en avril.

Mercedes a "deux pilotes alpha"

Hamilton transforme sa monoplace en laboratoire et expérimente de nouveaux éléments, met au point des réglages différents. Russell, lui, enquille les courses, imperturbable. Habitué aux voitures lentes, il extrait le moindre potentiel de la W13 et fait montre d'une régularité hors du commun. Hormis un abandon à Silverstone et une 14e place à Singapour, il termine toujours dans les points et 18 fois dans le Top 5 en 21 courses. Dont cette première victoire en F1, que l'on sentait poindre depuis le Grand Prix des Etats-Unis, et qui a été applaudie par le maître de l'exercice. "Je veux saluer George qui a réalisé un énorme pilotage. Il mérite tellement", a déclaré Hamilton, 103 succès au compteur.
Wolff, qui n'était pas présent à Sao Paulo, voit dans la victoire de son poulain un casse-tête potentiel : "Il avait le rythme et il a résisté à la fin. Hamilton a poussé fort derrière lui. Ce sont des pilotes alpha. C'est une bonne chose car nous ne voulons pas de chiot dans la voiture, mais nous allons devoir gérer cela du mieux que nous pouvons. Hamilton et Russell ont un niveau similaire."
Pour Mercedes, la période de vaches maigres a pris fin à Interlagos. L'avenir est radieux, d'autant que Russell a les dents longues. "Ce n'est que le début", a-t-il promis à la radio.
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