Pluie et drapeau rouge providentiels, stratégie payante : un podium bleu-blanc-rouge, l'exploit inattendu d'Alpine

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Vingt-sept ans après le dernier podium partagé par deux Français en Formule 1, Alpine a placé ses représentants tricolores Esteban Ocon et Pierre Gasly sur la boîte du Grand Prix de São Paulo, dimanche. Un excellent résultat pour l'écurie franco-britannique, obtenu dans des conditions dantesques, qui, à défaut d'être attendu, va redonner le sourire à toute l'équipe dans une saison laborieuse.

Esteban Ocon et Pierre Gasly (Alpine), extatiques sur le podium du Grand Prix de Sao Paulo.

Crédit: Getty Images

Derniers Français à avoir partagé un podium en Formule 1 lors du Grand Prix d'Espagne 1997, Olivier Panis et Jean Alesi ont désormais des successeurs. Vingt-sept ans après la prouesse bleu-blanc-rouge de leurs aînés à Barcelone, Esteban Ocon et Pierre Gasly sont montés sur la boîte à Interlagos, respectivement deuxième et troisième du Grand Prix de São Paulo, dimanche. Un authentique exploit compte tenu de la saison moribonde traversée par Alpine, avant-dernière du classement Constructeurs à l'aube de la manche brésilienne.
Au micro de Canal+, Gasly ne s'est pas trompé en qualifiant ce résultat "d'historique", celui-ci étant fêté comme un succès dans le garage de l'écurie franco-britannique. "Avec l'année qu'on vit, faire P2 et P3 était inespéré. Je suis vraiment très heureux pour toute l'équipe, pour ceux qui ont travaillé sans relâche. On a bouffé tellement de ...", a poursuivi le Rouennais, qui peinait "à trouver les mots" après une course folle disputée dans des conditions dantesques.

Le courage récompensé

Il faut dire que la performance d'Alpine, abonnée à la seconde partie du classement en 2024, était totalement inattendue alors que le ciel de São Paulo déversait des trombes d'eau durant les plus de 2h27 d'épreuve. Elle est le fruit du calme olympien de l'équipe d'Enstone et Viry-Châtillon alors que les éléments se déchaînaient et que les sorties de piste se multipliaient, et d'un coup stratégique remarquable.
On couvrait le 32e tour lorsque la voiture de sécurité est intervenue après le crash de Franco Colapinto (Williams). A rebours des autres écuries, excepté Red Bull pour Max Verstappen, Alpine avait choisi d'étendre le premier relais de ses pilotes sous le déluge, alors que le pilotage devenait quasiment impossible, et la providence a récompensé sa prise de risque.
Passé premier grâce aux arrêts conjoints des leaders George Russell (Mercedes) et Lando Norris (McLaren), Ocon ainsi que Gasly ont alors bénéficié d'un pit gratuit pendant la neutralisation de la course. Trente minutes durant lesquelles les deux Normands, comme Verstappen, ont eu le loisir de chausser des pneus intermédiaires neufs, le trio de tête prenant un avantage considérable sur le reste de la grille.
Si Ocon a résisté au Batave à la première relance, il n'a cependant rien pu faire au 43e tour, après la nouvelle sortie de la safety car. "J'y ai cru pendant un moment (à la victoire), a avoué au micro de Canal+ le natif d'Evreux, vainqueur du Grand Prix de Hongrie en 2021. J'arrivais à distancer Max, mais il était malheureusement plus rapide que nous sur le dernier stint. Il n'y a pas de regrets à avoir."

Ocon et Gasly, l'histoire "magnifique"

Comment en nourrir ? Rien n'indiquait que l'A524 serait capable de délivrer une telle performance en course malgré la septième place du sprint obtenue par Gasly, puis sa qualification au quatrième rang, dimanche matin. Rapidement largués par Verstappen, les Français se sont accrochés à leur podium pendant 27 boucles, Gasly résistant à la pression de Norris et à la remontée de Charles Leclerc (Ferrari). Deux fusées ! Mais la pluie a cela de bien, qu'elle nivelle les performances des monoplaces.
"On savait qu'il y aurait des opportunités dans ces conditions. Ce matin, j'avais dit à l'équipe que c'était le genre de courses où tout pouvait se passer, révélait Gasly. Il fallait prendre un très bon départ, essayer de rester en piste. On avait une bonne vitesse, on a fait les bons choix en termes de stratégie... Ce double podium est mérité." Il l'est pour Alpine, qui inscrit 33 points à São Paulo - soit plus du double de ce qu'elle avait récolté en 20 courses - et remonte au sixième rang chez les Constructeurs (une position qui rapporte 50 M€ en fin de saison, selon Autosport).
Mais il l'est également pour ses deux pilotes qui ne sont pas les meilleurs amis du monde. Une vieille rancœur héritée de leur époque karting. Gasly : "C'est juste très beau. Avec Esteban, on a nos hauts et nos bas. Notre histoire personnelle ne regarde que nous. Mais c'est unique de voir deux pilotes venant de Normandie, issus de la même génération, sur un même podium en F1." Ocon, qui quittera Alpine dans trois courses pour Haas, lui emboîtait le pas quelques secondes plus tard : "Je suis très heureux de le partager avec Pierre. J'y pensais dans le dernier tour. Se retrouver là, ça rappelle le karting. C'est une image qui restera gravée. On a nos histoires, mais celle-là est magnifique." Tout est bien qui finit bien.
Jéremie Bernigole
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