GP du Canada - "On dirait que les dieux ne veulent pas que je me batte pour le Mondial" : entre rage et désespoir, George Russell a perdu gros
Mis à jour 25/05/2026 à 15:49 GMT+2
Alors qu'il était en tête du Grand Prix du Canada devant Kimi Antonelli, George Russell a été trahi par sa mécanique au 30e des 68 tours, laissant l'Italien profiter de ses déboires pour signer sa quatrième victoire de rang. Relégué à 43 points de la tête du Championnat, le Britannique voit sa position de plus en plus menacée chez Mercedes par son jeune coéquipier à l'insolente réussite.
Russell : "J'ai l'impression que quelqu'un ne veut pas que je me batte pour le titre"
Video credit: Eurosport
"Je n'ai pas de mots. Pas de mots." Devant les caméras de Canal+, le regard dans le vide, George Russell a répété ces quelques syllabes comme pour mieux mesurer l'étendue du désastre qui venait de s'abattre sur lui. Alors en tête du Grand Prix du Canada ce dimanche, le pilote Mercedes a été victime d'une défaillance mécanique sur sa W17, le contraignant à jeter l'éponge et à regarder son coéquipier et rival pour le titre, Kimi Antonelli, décrocher une quatrième victoire consécutive.
Le Britannique était sur le point de conclure le 30e des 68 tours en première position lorsqu'il a vu tout s'éteindre d'un coup. "Je suis arrivé dans le virage, le moteur s'est arrêté. Plus d'électronique, pas de freinage normal", a-t-il raconté à Sky Sports, encore sous le choc. "Un problème de batterie", a précisé Toto Wolff à nos confrères de la chaîne cryptée, le patron de Mercedes allant s'excuser personnellement auprès de son pilote dans le parc fermé.
Près de deux ans sans abandon
La frustration de Russell était telle qu'il en a jeté, de rage, son appuie-tête hors de la voiture. Un geste qui lui valut une convocation chez les commissaires après la course, restés finalement cléments (amende avec sursis). Pas besoin d'ajouter de malheur au malheur. Dans la zone mixte, le Britannique a tenté de garder la tête haute - "Je suis fier de mon week-end (...), je repars satisfait" -, laissant toutefois transparaître sa lassitude. Alors qu'il venait de reprendre deux points à Antonelli en remportant la course sprint du samedi, il en concédait 25 d'un coup sans que sa responsabilité soit engagée. Après seulement cinq meetings, il pointe déjà à 43 longueurs de l'Italien au Championnat. Presque deux victoires d'écart, donc. "La pression est retombée. Je vais aller de l'avant, profiter de chaque course, essayer de gagner chacune d'entre elles. Je n'ai plus rien à perdre", a-t-il glissé.
Philosophe en apparence, Russell ôta le masque en évoquant la succession de coups du sort ayant jalonné son début de saison. Il rappela la voiture de sécurité "mal timée" au Japon, les problèmes ayant miné sa séance de qualifications en Chine alors qu'il se battait pour la pole, et désormais cet abandon au Canada alors qu'il menait : "Le titre ? C'est à Kimi de le perdre, maintenant. Il a tellement de points d'avance... On dirait que les dieux ne veulent pas que je me batte pour le Mondial."
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Kimi Antonelli et George Russell (Mercedes).
Crédit: Getty Images
La résignation pointe derrière la frustration du natif de King's Lynn. D'autant que l'évènement malheureux était suffisamment rare pour être souligné : Russell n'avait plus abandonné depuis le Grand Prix de Belgique en juillet 2024. Près de deux ans de fiabilité balayés en quelques secondes sur le circuit Gilles-Villeneuve. Un tracé avec lequel il entretenait pourtant une relation particulière, lui qui y a décroché trois poles consécutives dont celle de cette année, et une victoire (2025).
La tension monte avec Antonelli
Jusqu'à ce cruel coup du sort, Russell avait construit un week-end solide. Il avait dominé les qualifications sprint le vendredi, puis fait le doublé le lendemain, arrachant la pole alors que la séance semblait mal engagée. Huitième en Q1 puis cinquième en Q2, il avait avorté sa première tentative dans le dernier segment avant de sortir le grand jeu sur son ultime tour, battant Antonelli de 0,068 seconde. L'Italien semblait disposer d'une voiture plus équilibrée sur la durée, mais il n'avait su assembler toutes les pièces du puzzle au bon moment dans l'exercice du contre-la-montre.
Complices dans ce début de saison parfait traversé par les Flèches d'argent, les deux pilotes ont commencé à montrer des signes de tension à Montréal. Elle a atteint un premier sommet lors du sprint, où ils se sont retrouvés roue dans roue, poussant Antonelli à exprimer sa frustration à la radio. Le scénario s'est répété le lendemain. Évoluant en permanence à moins d'une seconde l'une de l'autre, les deux Mercedes se sont chicanées à plusieurs reprises, notamment lors du 25e tour, quand l'Italien a dû rendre les commandes à Russell après l'avoir doublé en coupant la chicane.
"C'était génial. J'ai adoré, vraiment. J'avais l'impression de revenir à l'époque du karting. Nous ne nous sommes pas touchés, c'était serré, mais c'est ça la course automobile. J'aurais aimé que ça continue encore 30 tours", s'est réjoui Russell. Et ce dernier de citer, innocemment ou non, les guerres fratricides que se sont livrés Lewis Hamilton et Nico Rosberg une décennie plus tôt. Un parallèle qui, s'il rappelle une glorieuse période de Mercedes, n'a rien de rassurant pour quiconque espère une cohabitation apaisée au sein du garage allemand.
Abattement ou jeu psychologique ?
Reste que le bilan comptable est sans appel. Depuis leurs débuts ensemble chez les Flèches d'argent en 2025, Antonelli mène désormais quatre victoires à trois face au Britannique, et il n'a même pas encore 20 ans. "Depuis 2013, on a toujours cette situation où une partie du garage est heureuse, et l'autre est en dépression. C'est toujours difficile d'avoir une bonne balance. Kimi mérite aujourd'hui, il était très fort tout le week-end. La course qu'ils ont faite tous les deux, c'était spectaculaire", a insisté Wolff, en bon pacificateur.
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"Doublée par McLaren, Ferrari est devenue la 3e force du plateau"
Video credit: Eurosport
Jusqu'ici, le patron de la firme à l'étoile a toujours laissé ses pilotes se battre sans intervenir, même s'il a confié avoir "failli appeler à la radio à deux reprises" pour calmer les ardeurs à Montréal, avant de se raviser. Pour combien de temps ? Devra-t-il, à un moment ou à un autre, désigner, implicitement ou non, son leader pour le Championnat ? Si Antonelli continue d'enchaîner les succès, même brouillons comme ce week-end (tentative de dépassement désespérée en sprint, départ raté, radio abusive...), la réponse pourrait survenir plus tôt que prévu. Et elle ne devrait pas plaire à Russell, quand bien même ce dernier n'est pas responsable de sa malchance.
En zone mixte, le Britannique semblait abattu avant de regagner Monaco, où aura lieu la prochaine manche dans deux semaines. L'est-il réellement ou abat-il la carte de la guerre psychologique face à un pilote rapide mais inexpérimenté, afin de le pousser à la faute ? Les prochaines semaines nous le diront. En attendant, la saison n'a pas encore atteint son tiers, mais Russell voit peut-être déjà ses rêves de titre prendre la forme d'un panache de fumée au bord du Saint-Laurent.
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