Grand Prix du Canada 2026 | Kimi Antonelli (Mercedes) a-t-il le mental de champion ? "Il va aussi devoir se transformer"
Par Julien Pereira
Mis à jour 21/05/2026 à 22:48 GMT+2
Il a fait le trou. Avant le Grand Prix du Canada, Kimi Antonelli a porté à 20 son nombre de points d'avance en tête du Championnat. L'Italien s'affirme comme un sérieux candidat à la couronne malgré son jeune âge. Mais a-t-il toutes les armes pour y parvenir ? Nous avons tenté d'en savoir plus avec Anthony Mette, spécialiste en préparation mentale et auteur de "La psychologie des champions".
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Anthony Mette, Kimi Antonelli est leader du Championnat du monde de Formule 1 alors qu'il n'a que 19 ans. Beaucoup estiment qu'il est né pour être champion du monde. Dans votre livre, "La psychologie des champions", vous expliquez justement que certains champions le deviennent, et que d'autres le sont de manière innée.
Anthony Mette : Je suis effectivement assez radical sur le fait qu'il faut des bases innées, ce qui n'est pas très politiquement correct. Mais cela ne veut pas dire que ces bases sont suffisantes. Il faut aussi développer certaines compétences, qualités, voire même traits de personnalité pour arriver à atteindre le sommet de la pyramide. C'est un jeu constant entre l'inné et l'acquis. Sur le plan physique, tout le monde est assez d'accord avec ça. Victor Wembanyama fait 2,24m. S'il faisait 1,80m, il ne serait pas à ce niveau-là. Génétiquement, il avait donc des caractéristiques physiques qui lui ont permis d'atteindre ce niveau. Sur le plan mental, c'est exactement la même chose : il faut des qualités intellectuelles, cognitives, de mémorisation, d'observation, de concentration, de gestion des émotions qui sont aussi au-dessus de la moyenne.
En F1, on a tendance à considérer qu'un pilote doit être froid et stoïque pour prétendre au titre de champion du monde. C'est là l'héritage d'une discipline qui fut longtemps machiste, ou celui de l'ère Michael Schumacher. C'est redevenu un sujet d'actualité puisque Kimi Antonelli est assez émotif. Mais y a-t-il un vrai lien entre le caractère et ce que l'on appelle "le mental de champion" ?
A. M. : Absolument. Dans le livre, j'écris qu'il y a deux profils de champion : les profils chauds et les profils froids. Les profils froids, ce sont ceux qui n'ont pas beaucoup d'émotions et qui, généralement n'ont pas beaucoup d'empathie. Ils gèrent ainsi très bien le stress. C'est leur énorme avantage par rapport aux autres parce qu'ils n'ont pas peur de grand-chose. Et ils se moquent bien de ce qu'on pense d'eux et de ce que le public, les supporters et les médias racontent sur eux.
Cela nous fait effectivement penser à un grand champion…
A. M. : Effectivement, c'est tout à fait le profil de Max Verstappen (et de son père). Mais il y a aussi les profils chauds qui, eux, sont beaucoup plus artistiques, plus sensibles, émotifs. Généralement, ceux-là doivent faire un travail durant à peu près toute leur carrière pour, justement, apprendre à gérer ces émotions-là et à les transformer en avantages.
Les profils chauds ont donc plus de difficultés ou, du moins, plus de travail à faire sur eux-mêmes ?
A. M. : Exactement. C'est à la fois cruel et intéressant, car le résultat est souvent plus "beau". Ces profils paraissent plus humains parce qu'ils ont une forme de sensibilité et d'attention aux autres qui fait que ce ne sont pas que des sportifs. Ce sont aussi souvent des symboles de société, des militants, des mecs qui défendent des causes. Ce sont des personnalités avec un rôle presque militant, politique, social et qui ont aussi une fibre artistique. C'est totalement le cas d'un Lewis Hamilton ou d'un Ayrton Senna, pour prendre une référence un peu plus ancienne.
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Kimi Antonelli a un autre talent, assez méconnu et unique parmi les 22 pilotes de la grille : il est capable de retenir ses chronos avec une précision bluffante. Et pour vous, cela peut aussi être un marqueur pour déceler un potentiel futur champion ?
A. M. : Tout à fait. Dès l'âge de 12 ou 13 ans, on peut tester les enfants sur leur capacité de mémorisation des chiffres, des chronos, des pistes, leurs connaissances des trajectoires, des virages, des degrés. Ce sont des éléments de neuroatypie qui sont intéressants. Ça montre soit un profil de haut potentiel intellectuel, soit dans des cas encore plus poussés, un profil autistique Asperger, avec notamment des capacités de mémorisation extraordinaires.
Dans le cas d'Antonelli, la question d'une intensification de son duel avec George Russell va rapidement se poser. Mais un champion a-t-il réellement besoin de se nourrir d'une rivalité ? Ou peut-il simplement se construire autour de ses propres performances ?
A. M. : Il faut une rivalité. Les champions ont besoin de travailler leur dualité, leur rapport au bien et au mal, à la confrontation et à la compétition en général. Un champion ne doit pas simplement se développer ou grandir, il doit se transformer.
Ce qui veut dire ?
A. M. : Ce qui veut dire qu'il ne doit pas seulement optimiser ses capacités. Il doit aussi, parfois, aller contre-nature. Par exemple, si c'est quelqu'un de très empathique, il va devoir apprendre à l'être beaucoup moins. S'il est naturellement très ouvert aux autres et ouvert au partage, il va devoir apprendre à être beaucoup plus égoïste et centré sur lui. Le haut niveau force cela. Devenir champion, c'est accepter de travailler une part de soi vers laquelle on n'est pas forcément amené à aller naturellement. Ce qui fait la différence entre les très bons et les champions, c'est que les très bons veulent rester comme ils sont, alors qu'un champion est prêt à tout, même à perdre une part de son naturel pour devenir champion. Et encore une fois, on pense à Max Verstappen, qui est un personnage bien plus complexe qu'il en a l'air.
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