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Lewis Hamilton, l'autre champion 5 étoiles de Mercedes

Hamilton, l'autre champion 5 étoiles de Mercedes

Le 29/10/2018 à 02:48Mis à jour Le 29/10/2018 à 14:43

GRAND PRIX DU MEXIQUE - Le rayonnement de Lewis Hamilton en Formule 1 est aujourd'hui associé à Juan Manuel Fangio à travers un palmarès à cinq titres et une appartenance à l'histoire de Mercedes. Mais s'il est loin du pionnier argentin, le Britannique a défini de nouveaux codes grâce au traitement que lui réserve son équipe.

A l'heure du bilan, les chiffres reviennent immanquablement. Ils sont une base de comparaison forcément réductrice, un raccourci facile pour fixer des repères dans une échelle de valeurs. Pour au final imprimer la mémoire collective. Que reste-t-il d'un champion comme Juan Manuel Fangio ? Un nombre de titres, une expression sans doute désuète. Cinq couronnes, et "Tu te prends pour Fangio !".

L'Argentin roulait avec l'esprit inconscient des pionniers. Mais pas insouciant devant les ravages imposés à la profession. Il a commencé la Formule 1 à 39 ans, un âge où Lewis Hamilton l'aura probablement arrêtée, traversé les années 50 en polo et sans arceau, guidé par sa bonne étoile. Sans permis de conduire non plus. Au gré des engagements des constructeurs, des retraits forcés comme celui de Mercedes après le drame des 24 Heures du Mans en 1955. Après deux titres qui en appelaient d'autres.

L'as de Balcarce jongla avec les volants chez Alfa Romeo, Maserati et Mercedes donc, assuré d'être la clé de voûte d'un système. Sa vie fut un roman. Il a même raté une course à la Havane, enlevé par des Castristes en mal de publicité. Rien à voir encore une fois avec le moderne Lewis Hamilton, affublé à son corps défendant d'un halo bien laid mais qui, c'est heureux, a annihilé le péril ultime. Il est même revenu sur sa promesse de ne pas courir avec.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix du Mexique 2018

"Au-delà de mes plus beaux rêves"

Fangio, c'était un autre style, ignorant du "bling bling" et encore plus des réseaux sociaux. Fangio était "El Maestro". Niki Lauda fut "l'Ordinateur", Alain Prost "le Professeur", Ayrton Senna "Magic", Michael Schumacher "le Baron rouge". Tout ça avait de la gueule. Mais curieusement, le Britannique n'a pas reçu de surnom digne de son rang. #LH44 s'est quand même approprié un numéro de course probablement aussi populaire que le 46 de Valentino Rossi. Ah si, Lewis Hamilton, c'est un cri de ralliement dans les tribunes en pleine effervescence qualificative. Un "Hammer time" qui a même "radio-contaminé" son ingénieur "Bono". Un folklore qu'on aime bien.

"Fangio, c'est comme un parrain, il restera le plus grand à ce niveau-là, a répété l'Anglais, dimanche. Avoir réalisé ce qu'il a réalisé à une époque où la F1 était tellement dangereuse, je respecte cela immensément. C'est étrange de se retrouver à son niveau. Avoir un premier titre, c'était déjà extraordinaire. En avoir trois comme Senna, c'était incroyable. Et là, cinq, c'est au-delà de mes plus beaux rêves." Lewis Hamilton a une qualité : il n'est pas ingrat devant l'Histoire. Il est au milieu de ces champions, avec un respect infini pour chaque destin. Il ne faisait pas une fixette sur les cinq couronnes du Sud-Américain. Pas plus qu'un Alain Prost pourvu d'un contrat 1994 et de la voiture qui allait avec pour rejoindre le plus grand, par le seul prisme des chiffres.

Mais Fangio et Hamilton seront reconnus pour toujours comme les icones définitives de la firme à l'Etoile. Fangio a été champion une fois avec Alfa Romeo, deux fois avec Maserati, l'histoire a pourtant imprimé l'image du héros à la Flèche d'argent. Peut-être parce qu'il fut ensuite l'ambassadeur à vie de la marque avec qui il a soigneusement entretenu la relation.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix du Mexique 2018

Une relation unique avec son équipe

Pour Hamilton, c'est plus évident. Ses jeunes années couvées par Ron Dennis, son premier titre avec McLaren ont été supplantés par six saisons idylliques chez les Gris. A un niveau insoupçonné qui l'associe aujourd'hui à Toto Wolff comme un Jim Clark pouvait l'être autrefois à Colin Chapman, un Alain Prost ou un Ayrton Senna à Ron Dennis, un Michael Schumacher à Jean Todt.

A chaque époque son marqueur. Et c'est la force du manager autrichien d'avoir inventé une nouvelle forme de relation avec son pilote. En comprenant qu'il ne pouvait pas être performant dans sa voiture s'il ne se sentait pas libre de puiser de l'énergie dans ses multiples activités extra-sportives. "Les équipes ont tendance à mettre les pilotes dans des cases et leur dire qu'ils doivent se comporter d'une certaine manière", exposait Toto Wolff, dans un entretien à l'AFP à Austin. "Ce que nous avons essayé de savoir est ce qui est le mieux pour la performance d'un pilote en particulier. Lewis, par le passé, a été très limité dans ce qu'il pouvait faire. Nous avons fait l'inverse. Quand il voyage pour présenter sa collection de vêtements ou travaille sur sa musique, je sais que c'est pour le bien de l'équipe. C'est ce qui lui permet d'être performant. Certains font de la méditation, lui suit ses passions. (...) J'ai abordé ça avec curiosité au début car c'était la première fois que je travaillais avec quelqu'un comme lui, un sportif tellement performant. La première année, j'ai observé, puis j'ai décidé de lui laisser faire des choses. Certains de mes collègues du marketing ne comprenaient pas qu'il soit pris en photo avec une Ferrari à Los Angeles ou des vêtements d'une marque différente de notre sponsor. Mais pour moi, tant que la performance en piste est là, il peut vivre la vie qu'il veut. (...) Il en est très reconnaissant. Je reçois des messages de remerciement après ses défilés de mode."

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