Formule 1 | Menace Verstappen, consignes d'équipe : McLaren face à son propre piège
Par Julien Pereira
Mis à jour 24/10/2025 à 19:16 GMT+2
Sur le papier, tout va bien pour McLaren. Dans les faits, l'écurie sent le souffle d'un Max Verstappen toujours plus menaçant. La neutralité absolue souhaitée par l'équipe papaye a indirectement permis au Néerlandais de revenir dans le jeu. À tel point qu'elle n'écarte plus l'idée de favoriser Oscar Piastri ou Lando Norris pour sécuriser le titre. Malgré les conséquences que cela pourrait avoir...
"Le sentiment de favoritisme envers Norris ronge Piastri"
Video credit: Eurosport
Le temps des petits calculs est revenu. À cinq Grands Prix du baisser de rideau sur la saison 2025, on se remet à jauger les écarts, à envisager différents scénarios et même à s'imaginer un final en feu d'artifice. Pour l'heure, le constat est encore assez simple à établir : même en remportant les cinq courses et les deux sprints restants, Max Verstappen n'aurait pas son destin en mains puisqu'en terminant deuxième à chaque fois, Oscar Piastri conserverait sa place sur le trône.
Bien sûr, tout cela est purement mathématique et la réalité des dernières semaines ouvre plutôt la voie à une tout autre intrigue. Impérial à Austin, le quadruple champion du monde fait planer, sur l'Australien comme sur son coéquipier Lando Norris, une menace beaucoup plus lourde que ce que le classement et ses écarts peuvent laisser paraître. Quarante points, puisque c'est ce débours que le pilote Red Bull doit combler, c'est un gouffre sur ces hauteurs. Mais c'est aussi peu de choses quand on sait qu'il en a repris 64 lors des quatre derniers Grands Prix...
Pour McLaren, l'alerte orange n'est donc plus très loin de passer au rouge. Le contexte actuel est aussi l'une des conséquences de toutes les décisions que l'écurie a prises ces derniers mois. D'abord sur un plan technique, aussi sur celui du management. En prônant l'équité absolue entre ses deux pilotes, quitte à réduire l'incertitude - et donc, le sel - inhérents à ce sport, l'équipe britannique a permis qu'un duel devienne un match à trois.
Le spectre de 2007
Tout cela ne veut pas dire que Woking a eu tort : sur le papier, sa situation demeure plutôt envieuse. Et, s'il est vrai que sa philosophie ne fut pas toujours très réjouissante pour les amoureux de ce sport, elle demeure sans doute la moins mauvaise du point de vue de l'entreprise qu'est une écurie de Formule 1. Étiqueter clairement un pilote comme numéro un ne garantit pas toujours de tels succès collectifs - demandez donc à Red Bull - et laisser deux coqs se chamailler sans règles strictes peut engendrer des conséquences catastrophiques - Mercedes s'en souvient encore, neuf ans après.
Bref, il n'existe sans doute pas de solution parfaite. La preuve : McLaren se retrouve aujourd'hui face à un piège qu'elle a elle-même construit et pour lequel les solutions sont difficiles à trouver. Dimanche, après le nouveau succès de Verstappen, Andrea Stella a certifié que les résultats du week-end ne changeraient pas "la compréhension de la situation ni la façon de faire de McLaren". Précisément celle qui a permis de remettre Verstappen dans le jeu.
Bien conscient que la situation pourrait rapidement devenir intenable, en particulier dans une écurie marquée par le scénario de 2007, où ses deux pilotes Lewis Hamilton et Fernando Alonso avaient laissé échapper le titre lors du dernier Grand Prix, pour un point, au profit de Kimi Räikkönen, le patron de l'écurie "papaye" n'a toutefois pas écarté l'idée de s'en remettre aux consignes d'équipe. "Choisir un pilote sera guidé par les mathématiques, a-t-il admis. [...] Nous ne fermerons pas la porte à cette idée, à moins que les mathématiques nous le permettent."
Le choix cornélien
Autrement dit, McLaren pourrait très sérieusement envisager de favoriser l'un ou l'autre de ses pilotes, à moins que Verstappen ne soit arithmétiquement écarté de la course au titre - ce qui, en l'état, paraît improbable à court terme. Reste à savoir qui choisir entre Piastri et Norris. Immense dilemme.
D'un côté, l'Australien demeure le leader du Championnat et donc, le mieux placé comptablement parlant. Mais il est en perte de confiance et le rythme qu'il a affiché ces dernières semaines n'est pas franchement celui d'un champion du monde. De l'autre, Norris a été conforté par les évolutions techniques apportées par McLaren au cœur de l'été et semble être le seul en mesure de rivaliser, à la régulière, avec Verstappen. Sauf que son avance sur le Néerlandais (26 points) ne lui donne que peu de droit à l'erreur.
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Red Bull antisportif avec Norris ? "Ça fait partie de son ADN"
Video credit: Eurosport
Pour McLaren, choisir le Britannique renforcerait définitivement le sentiment de favoritisme - légitime ou non - qui a véritablement affecté Piastri lors des derniers Grands Prix, et aurait sans doute des conséquences beaucoup plus importantes à moyen et long terme. D'autant que son manager, Mark Webber, a déjà laissé filtrer l’hypothèse d'un départ en 2027. Voici donc Zak Brown et ses hommes entourés d'une atmosphère de plus en plus étouffante. Et il n'est vraiment pas certain que l'altitude du Grand Prix du Mexique, où l'oxygène se raréfie, la rende plus respirable.
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