Grand Prix des Etats-Unis | Lando Norris, Oscar Piastri et le retour du spectre du favoritisme chez McLaren
Par Julien Pereira
Mis à jour 18/10/2025 à 12:58 GMT+2
Sur le papier, McLaren est dans une situation rêvée. Les deux pilotes de l'écurie de Woking, Oscar Piastri et Lando Norris, sont parfaitement placés dans la quête du titre mondial. Mais la firme "papaye" pourrait-elle favoriser le Britannique ? La théorie a pris de l'épaisseur avec les événements des dernières semaines, et les révélations d'Alex Palou. Mais elle demeure fragile.
Les "règles papaye" expliquées par le boss de McLaren
Video credit: Eurosport
Historiquement, la thèse du favoritisme a toujours accompagné petits et grands duels entre coéquipiers. C'était Alain Prost, qui soupçonnait Honda de favoriser Ayrton Senna. C'était David Coulthard, persuadé que Ron Dennis lui préférait Mika Häkkinen. C'était Fernando Alonso, convaincu que son équipe anglaise voulait faire gagner Lewis Hamilton, anglais lui aussi. Le point commun entre toutes ces accusations qui ont rythmé le championnat du monde de Formule 1 ? McLaren.
L'écurie britannique y regoute, cette saison, alors que ses pilotes Oscar Piastri et Lando Norris sont aussi les deux principaux candidats au titre. Cette fois, les soupçons n'ont pas (encore) été émis par l'un d'entre eux. Ils sont d'abord nés dans la machine à théories fumeuses et opinions douteuses que constituent les réseaux sociaux. Mais ils ont aussi été renforcés, très récemment, par des affirmations bien plus légitimes.
Vainqueur des 500 Miles d'Indianapolis, Alex Palou est en conflit judiciaire avec McLaren. En 2023, le pilote espagnol avait rompu unilatéralement le contrat qui le liait à l'écurie de Woking, après avoir eu la certitude qu'il n'obtiendrait pas de baquet en F1. McLaren a décidé de le poursuivre en justice et l'affaire a été portée devant la Haute Cour britannique.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/10/07/image-1bd27466-07fe-4977-a4a8-b01d2ee174a6-85-2560-1440.jpeg)
Norris manoeuvre musclée mais nécessaire : "On n'est pas là pour cueillir des pâquerettes"
Video credit: Eurosport
McLaren en est aussi responsable
Puisque les origines du désaccord remontent à l'époque où l'équipe "papaye" a chipé Oscar Piastri à Alpine, Palou a dû, pour sa défense, rappeler quelques éléments de contexte. Il a, ainsi, fait des révélations qui ont redonné du grain à moudre aux défenseurs de la thèse du favoritisme. "Zak m'a dit que ce n'était pas lui qui avait pris la décision d'engager Oscar, a-t-il confié au tribunal, dans des propos rapportés par Motor Sport Magazine. Il m'a dit que c'était la décision du directeur de l'équipe [de l'époque, NDLR], Andreas Seidl."
Problème, Seidl n'est aujourd'hui plus dans l'écurie. Et Zak Brown est celui qui cristallise le plus les soupçons selon lesquels McLaren chercherait à favoriser Lando Norris aux dépens d'Oscar Piastri. Ici et là, chacun de ses gestes, la moindre de ses mimiques, la plus insignifiante de ses déclarations sont épiés, interprétés, amplifiés, parfois de façon grossière, pour alimenter le débat.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/10/07/image-dc344a83-5245-42d3-aff8-d1db172e45be-85-2560-1440.jpeg)
Pneus, aéro, direction assistée, freinage : Pagenaud nous explique comment fonctionne un simulateur
Video credit: Eurosport
D'autres interlocuteurs, toujours alléchés par l'odeur de la polémique et parfaitement conscients de leur influence, s'en sont donné à cœur joie. Ce fut le cas de Bernie Ecclestone, ancien grand manitou de la F1, qui s'était empressé de partager, à Blick, son "sentiment que McLaren préférerait un champion du monde nommé Lando Norris". Interrogé sur le sujet jeudi en conférence de presse, Piastri s'est montré serein.
"Nous avons analysé l'incident (à Singapour) et Lando a été jugé responsable. Mais je vous assure qu'il n'y a pas de favoritisme (envers Norris, ndlr). C'est très difficile de décider en direct si lui demander de me laisser repasser était la chose à faire, a expliqué l'Australien jeudi devant une nuée de journalistes. Je ne pense pas qu'il l'ait fait intentionnellement, c'était juste une petite erreur de jugement. Je ne pense donc pas que je doive avoir la priorité. Chaque pilote veut pouvoir lutter pour remporter le championnat de manière équitable. Selon moi, il est juste de nous laisser nous battre librement pour cela."
L'ironie, dans cette histoire, est que la politique de l'écurie de Woking - dont l'obsession est de permettre une (impossible) lutte à armes égales entre ses coéquipiers - est sans doute le principal carburant des complotistes. Sans sa décision de faire payer à Oscar Piastri l'erreur d'un mécanicien, en Italie, sans les avertissements lancés à l'Australien lorsque celui-ci a tenté des manœuvres osées (mais avortées) sur son coéquipier, en Autriche ou en Hongrie, la théorie ne pourrait tenir debout. Du moins, ses appuis seraient sans doute bien moins solides.
La filiation Brown - Norris, le seul élément concret
Car dans la pratique et dans les faits, rien ne permet de la corroborer. Norris a beaucoup plus souvent été pénalisé par des pépins mécaniques ou des arrêts trop longs que son coéquipier. Et la neutralité des dirigeants de McLaren dont il a bénéficié à Singapour était légitime d'un point de vue purement sportif. "Entrer en contact avec mon coéquipier est la dernière chose que je souhaite. Mais en même temps, je veux gagner et je ne veux pas laisser passer des occasions. Un espace s'est ouvert et j'ai essayé d'en profiter. Ce genre de choses peuvent arriver mais l'équipe gère très bien ces situations et cela permet de maintenir une excellente ambiance de travail", a concédé Norris jeudi.
Finalement, seule la relation liant Zak Brown, patron de McLaren Racing, et Lando Norris pourrait constituer un argument valable. Le dirigeant a une attache quasi filiale avec le Britannique qu'il a promu, choyé et conforté à son arrivée en Formule 1. Le lien pourrait rappeler celui qui unissait Ron Dennis à Mika Häkkinen, en particulier après l'accident du Finlandais en 1995. "On a l'impression que vous êtes plus heureux quand Mika gagne", avait dit Coulthard à son patron, à l'époque, comme il l'a rapporté dans le podcast Beyond The Grid.
Est-ce aussi le cas pour Zak Brown vis-à-vis de Lando Norris ? C'est une possibilité qui, si elle existe, mériterait d'être assumée. Sans cela, elle pourrait créer de la rancœur aux conséquences importantes : ces dernières semaines, Mark Webber, le représentant de Piastri, a laissé filtrer qu'un départ en 2027 était envisageable.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité