Romain Grosjean (Lotus), bilan 2012 : vitesse et précipitation

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Romain Grosjean (Lotus) a produit des performances de tout premier ordre cette saison mais a provoqué une série d’incidents ou d’accidents qui a véritablement entravé sa progression. Bilan.

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Une rapidité de mise en action
Romain Grosjean a montré une pointe de vitesse naturelle et une rare capacité à claquer un temps au premier tour lancé du week-end. Ça s’est spécialement vu dans l’environnement punitif monégasque. Son mérite est d’autant plus grand qu’il a eu à apprendre les trois-quarts des circuits du calendrier sans simulateur. L’outil est devenu opérationnel à Enstone en toute fin de saison et Austin est la première piste sur laquelle il a "tourné".
A l’aise dans le "money time"
Il répète apprécier les temps forts de la qualification. Il l’a montré en Q2, une partie de l’exercice spécialement dure puisque le pilote découvre son seul set de pneu "tendre" pour passer le cut. En Q3, le pilote a le loisir d’assurer un run avant de rentrer corriger un réglage puis repartir pour une ultime tentative. Grosjean a bien géré les instants décisifs. Montréal et Hockenheim en ont été les parfaits exemples. Il a commis une seule bêtise, en s’ensablant à Silverstone alors qu’il avait sa place assurée en Q3. Il s’est fait recaler deux fois en Q2 : en Allemagne (15e) où il n’a jamais trouvé les bons réglages, et en Inde (11e).
Qualification : de la régularité
Le pilote d’Enstone a été le quatrième plus fiable en qualification en essuyant seulement deux échecs en Q2 et un en Q1, à cause d’un accrochage avec de la Rosa (HRT) au Brésil (18e). Seuls donc Hamilton (20 fois en Q3), Vettel et Alonso, éliminés chacun deux fois en Q2, ont fait mieux. Il est parti de la première ligne en Hongrie et aurait pu y parvenir plus tôt, à Valence, sans une petite erreur. Il est parti quatre fois de la deuxième ligne.
Un duel gagné face à Kimi Räikkönen
Personne ne l’aurait pensé plus souvent performant que le champion du monde 2007 en qualification. En dix-neuf confrontations, il a battu dix fois son prestigieux coéquipier.
Une approche technique
Le champion GP2 2011 est revenu cette année avec un très bon bagage technique. Son assiduité en Q3 a montré qu’il savait trouver le compromis de performance entre le tour unique et relais de course. Du vendredi au samedi, ce ne fut parfois pas facile en raison des conditions météo changeantes.
Le Canada a été le meilleur exemple de cette maîtrise : il avait pris le parti de configurer sa Lotus pour un arrêt, et avait donc sacrifié sa place de grille (7e). Le dimanche, il a remonté jusqu’à la deuxième place grâce à une machine "très bien réglée", et seul Pérez (Sauber) est parvenu à relever le même pari (3e). A l’inverse, il n’a séché réellement qu’à Hockenheim (15e).
La gestion des pneus
C’était un point critique pour un débutant, et ce fut véritablement son point fort. Le soin particulier qu’il apporta à ses gommes au Canada l’a illustré : il n’a eu besoin que d’un nouveau set en cours d’épreuve pour mener son affaire patiemment (49 tours en "tendre" !) afin d’accélérer ensuite jusqu’à la deuxième place, à 2"5 du vainqueur Hamilton (McLaren), sur deux arrêts. Ce jour-là, il s’est particulièrement discipliné (il aurait pu faire dix tours de plus) alors que des tauliers comme Alonso (Ferrari) ou Vettel (Red Bull) ont vu le piège se refermer.
De la discipline d’équipe
Il était deuxième à Bahreïn mais s’est rangé sans rechigner lorsque l’équipe lui a indiqué que Räikkönen devait le passer pour espérer attaquer le leader, Vettel (Red Bull). Réglo aussi roue contre roue avec Iceman qui sortait des stands en Hongrie, où il a encore fini troisième derrière son collègue.
Une équipe technique attentive
En Allemagne, Romain Grosjean avait complètement raté son week-end. Il a rebondi au meeting suivant en Hongrie, grâce à une équipe attentive. "Il a fait du très bon travail après un week-end difficile à Hockenheim", a déclaré Eric Boullier à ce sujet. "Ils (les ingénieurs) ont un peu remis en cause la façon dont ils travaillaient, réglaient la voiture ; certaines voie de travail s'éloignaient de plus en plus de son style de pilotage naturel."
Une difficulté à gérer l’imprévu
Au départ à Monaco, il a mal décollé en raison d’un problème d'embrayage puis il a expliqué avoir été perturbé par le mauvais départ d'Hamilton et le passage en force d’Alonso devant lui. Il a improvisé, en oubliant d’évaluer les espaces sur les côtés. Il n’a pas vu Schumacher qui se faufilait et a plié sa suspension sur la Mercedes. "A quatre de front, ça ne passait pas", a-t-il conclu. A Spa, le départ volé de Maldonado a été un facteur de perturbation mais il a trop brutalement braqué à droite, en pensant que ça passait. A Suzuka, il a confié avoir eu du mal à appréhender les différences de vitesse en direction du troisième virage. C’est la difficulté des départs : rien ne se passe jamais comme prévu.
Des accidents à répétition et une mauvaise réputation
C’est le point noir : Romain Grosjean a souvent défrayé la chronique accidentelle par ses manœuvres précipitées ou maladroites. Il a expédié Schumacher en tête-à-queue (Malaisie) puis l’a heurté (Monaco), il a bousculé Webber (Japon), heurté Pérez (Espagne), causé les abandons de Hamilton, Alonso et Pérez (Belgique), et touché enfin De la Rosa (Brésil) avec fracas. Les torts ont été partagés avec Senna (Allemagne), il n’y était pour rien dans l’abandon de Webber à Abou Dabi et pas pour grand-chose dans celui de Kobayashi à Monaco. Il a subi la loi de Maldonado (Australie) et s’est fait heurter par Di Resta (Grande Bretagne). Bref, presque tout le peloton y est passé. Les autres pilotes lui ont beaucoup reproché de ne pas accepter toute sa part de responsabilité. Mais Suzuka a été un détonateur.
Un entourage renouvelé sans effet
Après le psychodrame de Spa, Lotus a recomposé son entourage à partir de Singapour : Jean-Pierre Frizon a été écarté, Benoît Campargue, coach de Teddy Riner aux J.O., a été investi de la préparation mentale sur les circuits, et David Thompson de la préparation physique. Suzuka a démontré que le changement n’avait rien apporté, et que la réponse n’appartenait qu’au pilote.
Un rôle de numéro 2
Après la rechute de Suzuka, Eric Boullier n’a pris aucun risque et a installé Romain Grosjean dans un rôle de lieutenant de Kimi Räikkönen pour aider le Finlandais à garder sa place de numéro trois mondial. Bien vu. Le Français a rempli sa mission en Corée et en Inde et a eu carte blanche pour attaquer à l’occasion des deux derniers gp.
Trop d’abandons
Les dommages sont importants : il a concédé six retraits sur des fautes évitables et a seulement abandonné sur une cause mécanique (Valence). Voilà pourquoi il a inscrit moins de la moitié des points de Räikkönen (96 contre 207), qui a couvert tous les tours au programme de l’année.
2013
Une probable reconduction de contrat, sous conditions. Gérard Lopez, le propriétaire de l’équipe a résumé la problématique : "Il fait partie des pilotes les plus rapides en F1. Il comprend bien la voiture, il sait en tirer le maximum, mais il n'a pas fait tout ce qu'on lui avait demandé, surtout en termes de constance. Ça n'empêche pas que des pilotes de la vitesse de Romain, ça ne court pas les rues. La raison pour laquelle il n'est pas encore confirmé pour 2013, c'est qu'on n'a pas encore eu le temps de s'asseoir pour en discuter ensemble, avec les ingénieurs, et après on verra. Mon envie, c'est de voir Romain dans la voiture, mais ça dépend plus de lui que de moi."
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