On a toujours voulu rapprocher Lewis Hamilton d'Ayrton Senna. A vrai dire, on a toujours eu matière à le faire - la passion du Britannique pour son idole aidant, son talent et son palmarès aussi. Certains ont poussé la comparaison un peu plus loin, peut-être trop, par une volonté d'enjoliver la filiation plus que par un manque d'objectivité. C'est ainsi que l'on a souvent souligné le mysticisme de "King Lewis" : comme le légendaire brésilien, le génie anglais s'isole, se singularise. Dans le paddock, il ne se déplace pas comme les autres. Lors des tours d'honneur précédant chaque Grand Prix, il est régulièrement à l'écart, le casque audio sur les oreilles. Face à la presse, il prend ses distances, laisse des silences.

Lewis Hamilton (Mercedes), à Melbourne, le 12 mars 2020

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Hamilton est à part. Mais il faudrait être bien naïf pour croire qu'il a forgé sa personnalité sur cette simple volonté de ressembler à son idole. Avant tout, le pilote aux six couronnes est comme tout le monde. Il est le fruit d'un environnement. L'Anglais est né et a grandi à Stevenage, ville d'après-guerre bâtie pour désengorger Londres, où les disparités sociales étaient profondes - et le sont restées depuis. Son père, Anthony, a cumulé jusqu'à quatre jobs pour permettre à son fils de côtoyer un milieu auquel certaines communautés ethniques n'avaient pas accès. Animé d'une profonde détermination, il avait toujours refusé de s'écraser sous ces inégalités. Lewis a baigné dans cette éducation-là.

Enfant, Hamilton devait déjà faire face

Il a ainsi pu découvrir le karting, un milieu de blancs aisés où, à l'âge de la découverte et du divertissement, lui a été confronté au racisme. En piste, face à lui, les autres jeunes pilotes faisaient fi des règles de sécurité et de fair-play. En dehors, leurs parents s'adressaient directement à Anthony pour le convaincre que son fils n'avait pas sa place ici. "La première fois que c'est arrivé, j'étais vraiment contrarié et j'ai eu envie de me venger, disait très jeune Hamilton, dans un reportage qu'il a récemment rediffusé sur son compte Instagram. Mais ensuite, je les ignorais. Et je retournais en piste." L'insupportable stigmatisation l'avait même poussé, très tôt, à surprendre son père en lui réclamant d'être inscrit au karaté. Pour se défendre.

À l'époque, Hamilton ne voulait pas encore démontrer qu'il était le meilleur. Il souhaitait surtout prouver qu'il avait sa place. Des confrontations auxquelles il faisait face de façon quasi perpétuelle, le prodige a tiré une motivation hors norme, sans se douter qu'elle l'aiderait à atteindre des sommets. Bien avant son adolescence, le Britannique avait la volonté de liquider des week-ends au karting pendant que ses copains les usaient à s'amuser. "Pour un enfant de huit ou dix ans, lutter contre des abus et des discriminations peut laisser des traces à vie, soulignait son directeur d'écurie, Toto Wolff, il y a quelques mois. Ça forge une personnalité plus forte mais ça créé aussi des cicatrices qui ne se refermeront jamais." Hamilton est à part, oui, mais il l'est avant tout parce qu'il a été mis à l'écart.

De 2007 à aujourd'hui, une carrière et des injustices

En 2007, lorsqu'il a débarqué en Formule 1, il était souvent "le premier pilote noir de l'Histoire" avant d'être un surdoué promis à une gigantesque carrière. L'année suivante, il avait été profondément marqué par la présence de supporters espagnols aux visages maquillés de noir et portant des t-shirts sur lesquels était inscrit "la famille d'Hamilton". Bernie Ecclestone, le grand manitou de la F1, s'était rangé derrière un acte isolé. Fernando Alonso, lui, n'y avait vu qu'une conséquence malheureuse de leur rivalité récente.

Au début du mois, quelques jours après la mort de George Floyd, il dénonçait encore l'insupportable silence de son milieu. "Personne ne bouge le petit doigt dans mon sport qui est bien sûr dominé par les blancs", écrivait-il dans un post Instagram, avant d'interpeller les autres pilotes : "Certains d'entre vous figurent parmi les plus grandes stars et pourtant vous restez silencieux face à l'injustice." La plupart d'entre eux avaient réagi, dans la foulée, parfois de manière maladroite ou hypocrite. Plus d'un quart de siècle après avoir entamé son combat à Stevenage, Hamilton est encore seul. Et cela n'a rien à voir avec Ayrton Senna.

Lewis Hamilton (Mercedes) lors des tests de pré-saison, le 28 février 2020, à Barcelone

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