"Je trouve inadmissible que Lewis Hamilton gagne plus de 35 millions d'euros par an, et d'autres pilotes 150 000 euros, pour faire le même travail". En tant que président de l'association des pilotes de Grand Prix de Formule 1 (GPDA), Romain Grosjean est monté au créneau ce week-end pour pointer du doigt les disparités colossales qui existent dans le monde de la Formule 1. Avec 40 millions de dollars par an (soit plus de 35 millions d'euros), Hamilton est en effet de loin le pilote le mieux payé des paddocks. Pendant ce temps-là, George Russell (Williams) ne gagne "que" 200 000 euros. Et Romain Grosjean est lui à 1.5 million chez Haas.

Une telle différence peut surprendre. Cependant si on se base sur un plan purement économique, ce n'est pas si choquant, loin de là. Car Lewis Hamilton n'est pas un pilote comme les autres. "Il y a des 'super-exposants', des supers boosters d'images et puis des sportifs professionnels, qui sont respectables et exercent le même métier", nous explique Vincent Chaudel, fondateur de l’observatoire du sport business. "Dans tous les secteurs d'activité, il y a un mécanisme de polarisation, où il y a une concentration de moyens sur très peu d'acteurs. L'essentiel de l'économie se concentre sur une élite, une catégorie qui déforme l'analyse que l'on peut faire d'un marché".

Grand Prix d'Autriche
Grosjean : "Je trouve inadmissible qu'Hamilton gagne plus de 35 millions par an"
05/07/2020 À 08:34

Lewis Hamilton (Mercedes) juste après la qualification du Grand Prix d'Autriche, le 4 juillet 2020

Crédit: Getty Images

Hamilton, c'est un peu le Tiger Woods de la Formule 1

Dans le paddock, Lewis Hamilton sort clairement du lot. Pour son talent déjà évidemment. C'est un virtuose des circuits. On parle quand même d'un sextuple champion du monde qui dispose cette année d'une première occasion d'égaler le record de sept couronnes mondiales de Michael Schumacher. Mais si son style ou ses prises de position font de temps en temps polémique, il dépasse surtout le cadre de son sport pour de multiples autres raisons. "Hamilton, c'est un peu le Tiger Woods de la Formule 1. Il a été champion très jeune et comme Tiger Woods, il incarne à son corps défendant le côté noir dans un univers très blanc", constate Vincent Chaudel.

Ces dernières semaines ont d'ailleurs parfaitement illustré son impact. Très impliqué dans le mouvement Black Lives Matter, Hamilton, premier pilote noir de l'histoire de la catégorie-reine du sport automobile, a régulièrement pris la parole pour s'exprimer sur les discriminations subies et le manque de diversité de la F1. Avec un certain écho. Mais, ce n'est qu'un exemple de son aura indéniable. "Sa capacité à véhiculer des marques et à faire bouger des lignes au-delà même de son sport n'est en rien comparable avec ce qu'un Romain Grosjean peut faire par exemple", abonde Vincent Chaudel. "En caricaturant, c'est comme si vous compariez un basketteur de l’équipe de France dans les années 90 à Michael Jordan".

Lewis Hamilton

Crédit: Getty Images

Le reflet de la puissance marketing de Lewis Hamilton contre un pilote lambda

Un témoin de cette force de communication d'une autre dimension ? Les réseaux sociaux. En cumulant Instagram, Twitter et Facebook, Lewis Hamilton dispose de plus de 27 millions de followers. Or si on additionne les comptes de Daniel Ricciardo (6 millions), Max Verstappen (5), Charles Leclerc (4), Valtteri Bottas (2.1), Romain Grosjean (2) et Sebastien Vettel (1.2), on atteint tout juste la barre des 20 millions... Forcément, cela se paye. "Si Hamilton gagne 35 millions, ce n'est pas pour rien. Un post d'Hamilton, sur les réseaux sociaux pour faire la promotion d'un produit ou d'une marque, c'est un équivalent d'achat-espace d'un million d'euros. Il est donc logique qu'il ait une part de rémunération dessus. C'est certes injuste mais ce n'est que le reflet de la puissance marketing de Lewis Hamilton contre un pilote lambda".

Lewis Hamilton ne récupère finalement que des dividendes de l'économie qu'il génère par son image et sa personnalité. Mais ce débat pose surtout la question des salaires en F1 : alors que les budgets des écuries ont été limités en raison de la crise économique consécutive à la pandémie de Covid-19, faut-il imposer un plafond salarial aux pilotes ? "Si on impose un salary cap pour les pilotes, on risque de casser la filière du sport automobile, a répondu Romain Grosjean. Car quel manager ou constructeur va investir dans un jeune pilote, financer le début de sa carrière, si plus tard il ne peut pas récupérer de l'argent en touchant un pourcentage des salaires élevés en F1 ?". "Le vrai sujet pour la Formule 1 n'est pas le salary cap. C'est peut-être d'avoir moins d'écart entre les voitures pour qu'il y ait un intérêt plus grand avec une plus grande incertitude. Comme ça, une écurie comme Haas serait alors plus visible afin d'amener ses partenaires à mettre plus d'argent", complète Vincent Chaudel. Car le nerf de la guerre est bien là.

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