Avec un contrat d'une seule saison en poche, voilà Lewis Hamilton au même niveau que Sergio Pérez. Bien sûr, on force le trait : le Britannique a retardé l'issue des négociations avec Mercedes à force d'exigences - qu'il n'a donc pas entièrement obtenues - alors que le Mexicain a pris ce que Red Bull voulait bien lui proposer.
L'histoire retiendra donc le 8 février comme date de la fin d'un insupportable suspense. Après avoir repoussé pendant des mois le début de leurs discussions, le septuple champion du monde et l'écurie allemande sont parvenu à un accord a minima, un plus petit dénominateur commun permettant de continuer ensemble, mais qui remet déjà sur la table la question de l'avenir. A un mois et 20 jours du lancement de la saison, le 28 mars à Bahreïn, il fallait arrêter ce cirque. Le PDG de la maison mère Daimler, Ola Källenius, commençait d'ailleurs de s'en agacer. Ces atermoiements devenaient déplacés dans un monde en souffrance, où l'enjeu sanitaire est une cause collective, impérieuse, supérieure, qui dépasse la façon dont un sportif si emblématique soit-il peut être traité.

Lewis Hamilton et Toto Wolff

Crédit: Getty Images

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21/10/2021 À 20:12
Mais il ne faut pas s'y tromper : ce contrat représente un précédent en Formule 1, et même dans le sport en général. Il engage le pilote et la marque dans la cause sociétale défendue en 2020 sur les grilles de départ, les podiums, dans les médias, à travers le mouvement "Black Lives Matter". Lewis Hamilton et Mercedes vont créer ensemble une "fondation dédiée à la diversité et à l'inclusion dans le sport", s'est félicité le pilote de la Flèche d'argent devenue noire en 2020, et qui va le rester.
En juillet dernier, Lewis Hamilton avait obtenu du promoteur du Championnat du monde de mettre un genou à terre ou au choix de poser debout pour ses collègues avant le départ, pour éveiller les consciences sur les questions du respect des personnes, de la justice, de l'égalité des chances. Il y avait beaucoup à faire et Lewis Hamilton représentait lui-même un employé imparfait dans ce domaine, car son patron, Toto Wolff, n'avait pas tardé à avouer un manque terrible de pluralité dans les rangs de son écurie de Formule 1. En décembre dernier, la formation allemande avait annoncé le lancement d'un programme prévoyant "qu'initialement au moins 25% de tous les recrutements proviennent de groupes sous-représentés jusqu'à fin 2025."

L'option 2022 a disparu

Devenue une icône de Mercedes, image du sportif moderne en phase avec les défis de son temps, Lewis Hamilton avait aussi accepté l'idée de devenir à l'heure de sa retraite un ambassadeur de la marque. Mais pas seulement pour se promener dans le paddock comme d'autres font, délivrer un message lisse, corporate. Avec cette fondation, il pourra donner à ses propos, prises de position, un écho particulier, autres que ceux d'un rentier de la gloire.
Pour le reste, Lewis Hamilton s'est donc entendu avec l'écurie pour une saison supplémentaire, qui sera donc sa neuvième depuis son arrivé à Brackley, en 2013. Loin des trois années sur lesquelles les deux parties étaient prétendues sûres de conclure selon les propos termes de Toto Wolff, en fin de saison dernière. Loin aussi du contrat d'un an avec l'année 2022 en option, comme le voulait la rumeur ces derniers jours.
Le manager autrichien assurait que seuls "quelques détails" manquaient pour apposer deux signatures sur un contrat. Il n'y avait pas d'intermédiaire entre lui et le Britannique, seul pilote de Formule 1 avec Sebastian Vettel à être son propre agent ; histoire de ne pas laisser 20% de ses émoluments dans des commissions. Ce devait être effectif avant la fin de la saison mais le natif de Stevenage s'est fait rattraper par le Covid-19. "Nous voulions discuter du contrat entre les deux courses de Bahreïn (29 novembre et 6 décembre), mais finalement Lewis ne se sentait pas bien", a précisé Toto Wolff, lundi. A l'entendre, le temps pressait et un contrat d'un an était la seule solution pour gérer l'urgence.

Lewis Hamilton (Mercedes) au Grand Prix de Bahreïn 2020

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Des "détails" qui n'en étaient pas

Non, un an n'est pas ce qui était prévu à la base, et la prolongation de trois ans de Toto Wolff, qui voulait pourtant lâcher la barre, au poste de directeur d'équipe témoigne d'un décalage avec son pilote fétiche. Et s'il a été rarement pris en flagrant délit de maniement de la langue de bois, Toto Wolff a du mal à convaincre lorsqu'il qualifie de "sans fondement" les demandes de clauses spéciales que la rumeur prêtait avec insistance à "King Lewis". A savoir un salaire supérieur aux 40 millions d'euros de son précédent contrat, 10% du prize money de l'écurie (une prime qui représenterait 14,5 millions en 2020) et un exemplaire de l'AMG Projet One d'un coût de 2,3 millions d'euros.
Dans l'entourage de l'écurie, on assurait jusqu'à ces derniers temps que l'argent n'était pas le point d'achoppement. Les "détails" évoqués par Toto Wolff sont quand même restés des blocages, qu'il compte régler. "Nous avons commencé la négociation juste avant Noël, il était important de le faire le plus tôt possible et, à cet égard, nous pensions que la discussion sur 2022 devait être reportée à un stade ultérieur en 2021", a expliqué Toto Wolff.
Outre les questions financières, Lewis Hamilton aurait réclamé et obtenu un droit de veto sur l'identité de son futur coéquipier, le contrat de Valtteri Bottas arrivant à échéance fin 2021. En clair, de pouvoir bloquer l'arrivée de Max Verstappen (Red Bull), que Toto Wolff cherche à engager depuis 2015. Ce sera peut-être dans le prochain bail.

Eviter d'être le premier touché par le salary cap

L'Autrichien a évoqué lundi un "changement substantiel de la réglementation à venir en 2022" pour expliquer la nécessité de mettre l'année prochaine et les suivantes à part. Certes, la saison prochaine verra le retour des monoplaces à effet de sol, pour augmenter les possibilités de dépassements, ce qui plait à Hamilton, mais l'enjeu se situe sans doute principalement ailleurs car le pouvoir sportif pousse pour mettre en place un salary cap de 30 millions d'euros pour l'ensemble des deux pilotes d'une équipe, à partir de 2023.
En tant que pilote le plus bankable, l'Anglais s'est senti directement visé et a vivement réagi en prévenant qu'il ne se soumettrait pas à ce régime. Ni lui ni ses confrères, estimant cette baisse de revenus insupportable. C'est en fait là que réside le point de discussion entre lui et Mercedes pour l'avenir. Et un point de pression sur le pouvoir sportif, forcément sensible à sa situation, qui changerait radicalement. "Le budget capé a joué un grand rôle. C'est la raison pour laquelle nous attendons de négocier des saisons supplémentaires en 2022 et 2023", a confirmé Wolff à Motorsport-magazin.com.
Lewis Hamilton a ouvert une base de discussion en constatant que les pilotes de Formule 1 étaient les seuls sportifs à ne pas détenir leurs droits d'image, et qu'il fallait que ça change. Cela lui permettrait effectivement de contourner le salary cap. Il aurait d'ailleurs obtenu gain de cause avec la possibilité d'apposer deux autocollants de sponsors personnels sur son casque dès cette année. Réponse lors de la présentation de la W12, le 2 mars.
La dernière option que dessine ce contrat court est évidemment une retraite pure et simple, à l'issue de cette saison. Peut-être Lewis Hamilton se donne-t-il sa possibilité de se retirer une fois ses trois grandes marques de parcours atteintes, qui le placeraient hors de portée pour de nombreuses années dans le livre des records : un huitième titre mondial, plus de cent victoires (il en a 95) et cent pole positions (il en 98). Ce n'est pas à exclure mais que ferait-il alors, privé d'engagement dans d'autres séries, à part quitter le giron Mercedes, en contradiction avec ses convictions actuelles ? Il n'est ouvertement pas intéressé par les 24 Heures du Mans et pas le bienvenu de l'autre côté de l'Atlantique après ses commentaires sur le niveau de l'Indycar, qui lui ont attiré les foudres des pilotes. Difficile d'imaginer qu'il puisse en rester là à 37 ans, mais ce n'est pas impossible.
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