Lewis Hamilton a mis en avant le mental, le refus de baisser les bras, pour expliquer son incroyable week-end dernier à Sao Paulo. Comment se matérialise-t-il à vos yeux ?
Christophe Lollier : Il est capable de garder son sang-froid dans des situations très complexes. Je me souviens aussi d'une vidéo embarquée où on le voyait échanger avec son équipe pendant un tour chrono et toucher différents boutons sur le volant. Il peut gérer plusieurs tâches en même temps sous fortes contraintes. Ce sont des qualités fondamentales.
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C'est précisément ce que vous travaillez à la FFSA Academy.
C.L. : Oui. On essaie de tendre vers ça avec nos jeunes pilotes. C'est en tant que Fédération française du sport automobile et centre national que l'on intervient, que l'on construit la base avec eux. Une fois qu'ils sont sortis du centre, les teams assurent leur préparation. On arrive à en garder quelques-uns lorsqu'ils sont sur un cycle scolaire long ; cinq ans par exemple pour Pierre Gasly.
Avec quelles méthodes, quels moyens travaillez-vous ?
C.L. : On intervient très tôt sur la préparation mentale. La première chose sur laquelle on travaille est la stratégie d'objectif, pour que le pilote ne se mette pas trop de stress afin de se fixer des objectifs cohérents et atteignables. S'ils sont trop élevés, ça va générer du stress et il ne va pas faire face mentalement. Des spécialistes interviennent ensuite sur les bases de l'imagerie mentale, qui permet de se préparer avant une compétition, de revenir sur des situations de course pour débriefer avec leur ingénieurs ou les revivre soi-même en visionnant des vidéos pour les corriger. Quand il est autonome sur cette partie de l'imagerie mentale, il peut aborder d'autres techniques comme la sophrologie. Mais là, il arrive à un âge et un niveau, la F3 FIA, où les teams de course prennent le relais.
Hamilton a bien parfaitement géré tous ces problèmes à Sao Paulo : pénalité moteur vendredi, disqualification samedi et défense contestable de Verstappen dimanche. Ça vous a surpris ?
C.L. : Il a maintenant beaucoup d'expérience. Sans doute que lors de ses années de Formule 3, ou même sa première saison de Formule 1, il n'aurait pas été capable de le gérer aussi bien. Son expérience le conduit à ne pas s'énerver, ne pas agir à chaud. Il sait à l'avance qu'il va droit vers une connerie. Il a une telle maturité sportive qu'il sait que l'action est passée, que ça ne sert à rien de la ressasser pendant les 15 ou 20 tours restants. Il sait qu'il faut switcher sur la performance sans avoir ce grain de sable perturbateur. C'est là où un champion fait la différence. Mais c'est un entraînement quotidien. Les teams comme Mercedes, Red Bull, ont plein d'outils pour travailler sur la surcharge attentionnelle, on apprend au pilote à refocaliser l'attention, à passer de l'attention diffuse à la concentration. A force de s'entraîner, seuls les champions sont capables de reproduire ça en compétition, pas tous les pilotes. Lewis Hamilton sait faire la différence là-dessus. Il est très fort.
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On sait a priori dès le karting si un pilote à un mental de champion.
C.L. : Chez les très bons, on voit deux qualités mentales qui sortent du lot : la capacité à se remettre en question et ne jamais douter. Pour Pierre Gasly, par exemple, on s'est parfois posé la question de la suite à donner à sa carrière en raison de budget à trouver, de l'incertitude quant au soutien de Red Bull, etc… On se demandait si on n'allait pas regarder vers l'Endurance. Lui ne doutait jamais. Il nous disait : "Je veux faire de la Formule 1, point !" Tout est organisé dans le cerveau du pilote, qui peut s'astreindre à une rigueur pour atteindre son but. La détermination hors normes ressort chez ces pilotes quand d'autres se perdent à cause de contre-performances.
Justement, Gasly a réussi à rebondir après sa rétrogradation de Red Bull à Toro Rosso en pleine saison 2019.
C. L. : C'est dans les moments les plus difficiles qu'il est le meilleur. Là où d'autres se mettraient du stress, il parvient à le transformer en énergie positive. Il a toujours été comme ça. En Formule Renault, il est champion d'Europe dans le dernier tour de la dernière course. Peu sont capables de ça.
Hamilton et Verstappen se sentaient chacun dans leur bon droit, dimanche, lors de leur passe d'arme. Ce ne doit pas être facile d'amener les jeunes pilotes à être objectif, reconnaître une erreur…
C. L. : Notre championnat de F4 est tel que nous pouvons revoir les revoir au centre après les meetings. On peut les reprendre individuellement, revoir les vidéos, les acquisitions de données. A un moment, on leur fait comprendre qu'ils sont en tort et on leur explique pourquoi. Et que les règles vont rester les mêmes, et que s'ils ne les respectent pas ça leur nuira systématiquement. En revanche, après le championnat de F4 les teams les prennent en charge et ça devient compliqué, et en Formule 1 c'est impossible : on ne réunit pas Max Verstappen et Lewis Hamilton pour leur montrer une vidéo. C'est pour ça qu'il faut le faire quand ils ont 14-15 ans pour les inciter à avoir un regard objectif.
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