UFC - Les combattants de MMA connaissent-ils la peur dans la cage ?

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UFC 273 - Ce samedi, l'UFC pose ses valises à Jacksonville pour un évènement à la densité rarement vue. Sterling, Yan, Volkanovski, Chimaev… autant de combattants qui pourraient être à eux seuls l'affiche de la soirée. Une nuit de gala avec des athlètes hors du commun, pour qui se battre semble inné. L'occasion de se poser une question, qui fâche : ont-ils peur avant d'entrer dans la cage ?

Gaethje

Crédit: Getty Images

"Je peux comprendre la peur. Certains se mettent une pression inutile. Moi je n'ai pas peur. Je considère que je peux mettre un KO à tout le monde. Je vais dans la cage pour faire la guerre". Benoît Saint-Denis, 26 ans, (8 victoires - 1 défaite) est un combattant professionnel. Il a récemment signé à l'Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus grosse organisation mondiale de MMA. Autrement dit, il combat pour vivre. Et vit aussi pour combattre. Quand il entre dans l'octogone, entouré de grillages, parfaitement au courant qu'il s'apprête à affronter un adversaire venu pour lui faire mal, il le fait sans appréhension, ou presque.
"C'est normal qu'on puisse trouver ça fou. Nous on est dans notre délire on trouve ça normal, alors que c'est particulier de prendre des coups, commente Daniel Woirin, son coach. Je comprends que les personnes extérieures à notre sport ne comprennent pas". Reste que tous les combattants au monde ne sont pas aussi sereins que Saint-Denis. Certains sont stressés, d'autres (trop) motivés et quelques-uns ont même peur. Des états émotionnels, il y en a presque autant qu'il y a de combattants. Le tout, c'est d'atteindre la sérénité et la stabilité le jour J, à l'heure H.

Un long processus

"L'émotion, c'est ce qui va te permettre d'aborder le combat bien ou mal, analyse Daniel Woirin. Tout se passe avant le combat, c'est un conditionnement". Pour lui qui a travaillé au Brésil et aux Etats-Unis, "où la dimension mentale est moins taboue dans le sport de haut niveau", être bien dans sa tête est un des piliers de la performance. C'est pourquoi il fait désormais appel à un préparateur mental pour mettre ses combattants dans les meilleures conditions.
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Benoît Saint-Denis

Crédit: Getty Images

Maxime Petit, diplômé de psychologie, suit des athlètes dans diverses disciplines et s'est spécialisé dans les sports de combats depuis trois ans. Tout particulièrement dans le MMA. Et s'il y a quelque chose que son expérience lui a appris, c'est qu'avant d'enfiler leur short et les mitaines rembourrées qui leur servent de gants, les combattants sont "tous stressés". "Un combattant n'est pas différent d'un autre sportif, avance-t-il. C'est un être humain qui a des émotions. Moi je leur apprends à les utiliser pour s'activer".
Aujourd'hui, il accompagne notamment Benoît Saint-Denis. Avec succès, puisque "maintenant, j'aime le contact, savoure fièrement le combattant français. Mais j'ai mis du temps. Il y en a qui sont très bons à l'entraînement mais ils n'arrivent pas à apprécier une compétition avec le stress. Ils sont incapables de performer." Même si son passé dans les forces spéciales et ses missions au Mali lors desquelles il a vu la mort de près l'aident à relativiser les dangers de la cage, Saint-Denis est un humain comme un autre. La maîtrise du stress se travaille.
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Benoit Saint-Denis vs Dos Santos

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Un processus qui porte ses fruits, puisqu'il considère désormais son mental comme une de ses principales forces. "Ça m'est déjà arrivé d'affronter des mecs qui stressent, se remémore l'ex-militaire. Les coups leur font perdre leur moyens. Contre Mario Saeed (son 3e combat au BRAVE, une ligue de MMA au Moyen-Orient, ndlr), le premier coup net que je mets, j'ai vu son visage changer. Et 1"30 après c'était fini".

La peur et la pression, des données à prendre en compte

Chez les combattants en manque d'expérience et de repères dans la cage, la rengaine de la pression presque incapacitante revient souvent. "Mes trois premiers combats pros, j'étais mangé par le stress, se souvient Saint-Denis. Tu ne sais pas encore comment tu vas réagir aux gros coups".
Après une dizaine de minutes de discussion, l'ancien des forces spéciales finit tout de même par admettre que "tout le monde l'a un peu, le stress des coups, l'appréhension du KO". Difficile de faire autrement dans une discipline où le but de l'adversaire est d'atteindre votre intégrité physique, et où les arcades grandes ouvertes ne sont pas rares. "C'est quand même un sport assez dur, la personne en face veut t'arracher la tête, il y a des graves blessures, résume Daniel Woirin. Tout le monde a peur, ce n'est pas un match de foot."
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Anderson Silva avant son combat contre Israel Adesanya

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La pression de l'enjeu peut aussi tétaniser, même les plus grands. Peu de privilégiés peuvent se vanter de gagner confortablement leur vie grâce au MMA. Quand c'est le cas, au moment d'entrer dans la cage au cœur de la MGM Arena de Las Vegas ou des plus grands stades, la pression autour de la performance est immense.
Daniel Woirin a fait un temps partie de la team d'Anderson Silva, le champion du monde des poids moyens de l'UFC, qui a régné sur sa catégorie pendant onze ans et considéré comme l'un des plus grands combattants de MMA de tous les temps. Et même "The Spider", qui a mis KO tant de ses adversaires, n'était pas plus fort que la pression.
"Plus tu as de combats, mieux tu gères l'émotion, explique Woirin. Mais avec les victoires viennent l'enjeu. Quand j'étais avec Anderson, c'était une superstar. Mais quand il allait au combat, il avait une pression de malade". Même un garçon comme Donald Cerrone, le poids welter aux 54 combats de MMA et 24 de kickboxing, ressent toujours cette pointe avant le moment fatidique.
"Chaque fois, j’ai juste peur et je suis tout aussi nerveux, relate Cerrone. Mes jambes sont lourdes. Mes bras sont lourds. Vous êtes assis là dans les coulisses et vous regardez l’horloge parce que vous devez vérifier combien de combats il reste. […] Pour une raison quelconque, c’est la pire soirée de votre vie. Je vomis à chaque fois."
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Donald Cerrone

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Entre les enjeux sportifs et les millions de dollars sur la table, les émotions sont forcément exacerbées. Et quand toutes les formes de stress se mélangent, le cocktail peut parfois être explosif. Maxime Petit a déjà vu des combattants dont il s'occupe perdre pied avant leur entrée en piste. "Quand tu vas dans une cage devant des milliers de personnes, parfois tu as des manifestations émotionnelles ultraviolentes, explique le préparateur mental. Des palpitations, des sueurs, l'envie de partir même pour certains", souffle-t-il.
Alors qu'il a pris en charge différents athlètes durant sa carrière, il a observé chez les combattants MMA une question récurrente quand la pression se fait trop forte. "'Qu'est-ce que je fais là ?', c'est quelque chose que j'entends beaucoup. C'est là que j'entre en scène", relate Maxime Petit. Chez certains, recevoir des coups, en donner et voir son short éclaboussé de sang perd son sens au moment décisif. Pourtant, ces moments de doute ne sont que très peu abordés dans ce sport.

La peur, ce tabou

"Même Mike Tyson avoue qu'il était mort de peur avant d'entrer sur le ring", raconte, passionné, Daniel Woirin. Alors pourquoi dans le storytelling entourant les combats, jamais la peur, la pression ou autre ressenti du même acabit, ne sont mentionnés ? L'entraîneur de Benoît Saint-Denis pense avoir la réponse : "Les combattants c'est un peu une image de guerrier, l'image du macho qui va avec son épée pour se battre. S'il arrive et qu'il a peur c'est délicat…"
En réalité, si le sujet est déjà tabou dans le sport de haut niveau en général, il l'est encore plus dans un sport tel que le MMA. Même si de grands champions comme Teddy Riner ouvrent doucement la voie en montrant à l'écran qu'ils sont suivis par des préparateurs mentaux, les réactions sont parfois épidermiques quand un suivi psychologique est proposé aux combattants.
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Mc Gregor et Nate Diaz

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"Dans la culture du combat, on ne peut pas avoir de faiblesse, c'est propre au MMA, analyse Maxime Petit. Faire de la prépa mentale, c'est comme admettre avoir des problèmes psychologiques". Et même une fois les fighters convaincus de se livrer aux oreilles attentives de Maxime, le tabou a du mal à se lever. "Ce que je te dis là, tu ne le répètes pas à mon entraîneur, je vais passer pour un faible" : voilà le genre de phrase qu'il entend beaucoup quand ses séances touchent à leur fin.

Ne pas se laisser submerger

Se débarrasser de la moindre peur semble l'objectif ultime, même inconscient, à atteindre chez les combattants. "Mais c'est bien d'avoir un peu de peur, objecte Daniel Woirin, du haut de sa longue expérience. La peur te permet de faire attention, cette petite boule au ventre qui va te faire monter ta garde".
Dans le cas de l'UFC, les combattants débarquent sur les lieux du combat une semaine à l'avance. Photos, interviews, derniers entraînements… la "fight week" est bien chargée mais porte mal son nom. Car le but, selon Woirin, c'est de dédramatiser. "On essaye vraiment de rentrer dans le fight le plus tard possible. Si tu commences à gérer tes émotions une semaine avant le combat, tu arrives épuisé." Et ce, que ce soit d'excitation, de surmotivation ou de stress.
"J'ai déjà vu des jeunes survoltés toute la semaine du combat, arrivés dans la cage ils n'avaient plus de jus, conte le coach, qui évite de donner des noms. Un show comme l'UFC, tu arrives sur le bord de la cage tu vois Will Smith, il faut rester calme". Les trois rounds de cinq minutes, pieds nus dans la cage, où des traces de sang témoignent des combats précédents, seront bien assez longs pour ressentir les émotions à pleine puissance.
Presque toutes les émotions sont bonnes à prendre. Seulement, comme toutes les choses de la vie, en trop grande quantité, elles deviennent mauvaises. Le secret est de les manier avec précaution et parcimonie. Ou alors de passer par l'armée comme Benoît Saint-Denis : "Je me suis déjà fait tirer dessus, alors me battre c'est moins extrême". Au choix.
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