L'UFC 278, la soirée de MMA organisée par la prestigieuse organisation américaine dans la nuit de samedi à dimanche 21 août, a livré quelques images impressionnantes. Voire brutales. Au milieu de la nuit, heure française, Luke Rockhold, frottait son visage dégoulinant de sang et de sueur sur celui de son adversaire du soir, Paulo Costa, pour tenter de le gêner. Quelque minutes plus tard, le champion en titre des poids welter (moins de 77 kilos) Kamaru Usman, considéré comme le meilleur combattant du monde, s'écroulait, les yeux ébahis en direction du ciel, après un coup de pied à la tête distribué par Leon Edwards.

Kamaru Usman tombe K-O lors de son combat contre Leon Edwards.

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Parfois, on ne prend "aucun coup"

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Assia Miri est une combattante professionnelle de MMA au sein de la ligue française ARES. Ce genre d’image ne la choque pas vraiment, elles font partie du jeu. Issue de la boxe thaïlandaise, dans laquelle elle a fait ses classes et même un peu plus - elle a été deux fois championne du monde - l’ancienne boxeuse de 19 ans a vécu tout récemment une transition rapide d’un sport de combat dit de "percussion" à un autre. Et pour elle, déjà consciente à son jeune âge des risques que son sport fait encourir à son corps et son cerveau, la diversité des profils l’a marquée : "En MMA il y a des strikers (combattants issus des sports de percussion comme la boxe, ndlr), mais aussi des lutteurs, des grappleurs (combattants spécialistes dans le combat au sol, ndlr)".
Si l’on caricature un poil les profils, les lutteurs vont vous faire passer un sale quart d’heure en vous plaquant contre la cage jusqu’à trouver l’ouverture pour vous faire chuter ou envoyer quelques frappes. Tandis que les grappleurs vont tenter de vous emmener au sol, voire faire exprès d’y tomber, puis tenter un étranglement, une clé de bras ou autre joyeuseté pour vous soumettre. Autant de phases lors desquelles il est difficile de cogner son adversaire. "Ce n’est pas agréable d’être coincé contre la cage, sourit Assia. Mais ça permet de ne prendre aucun coup".

Nassourdine Imavov lors de son premier combat à l'UFC contre Phil Hawes.

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En parlant de cage justement, si elle revêt un côté sensationnel, elle rassure certains pratiquants. "En boxe tu es sur un ring, décrit l’ancienne boxeuse. J’ai des amis à qui se sont déjà cassé une côte sur des cordes de ring, moi j'ai déjà été projetée au-dessus des cordes. Dans une cage je me sens plus sécurisée" Le MMA a ça de particulier. Les règles qui font de ce sport l’un des plus spectaculaires au monde et l’un des plus violents sur le plan visuel, préservent les combattants dans une certaine mesure.

Non, en MMA tout n’est pas permis

Tout en respectant les différents interdits qui différencient ce sport d’une bagarre de rue (frapper derrière la tête, dans le dos, dans les parties génitales, donner un coup de pied à un adversaire au sol…), mixer les arts martiaux donne une infinité de possibilité pour gagner. Évidemment, un combat professionnel de MMA met l’intégrité physique des participants en jeu. Mais Fernand Lopez, coach de plusieurs des combattants français qui seront présents à l’UFC Paris dont Ciryl Gane, explique : "Pour gagner en MMA, ce n'est pas comme en boxe où la tête est presque la seule cible. Je peux gagner parce que j'ai mis un K-O, une soumission… Je peux frapper dans les jambes, au corps… les coups sont dissipés".

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Et ces impacts seront généralement moins lourds que dans d’autres sports assure Assia Miri : "Sur un enchaînement de plusieurs coups, en boxe on va garder nos appuis sur place pour donner des coups plus forts. En MMA, si tu restes sur place, tu te fais projeter au sol. Du coup tu débites, tu te déplaces, tu débites, tu te déplaces…".
Certains de ces arguments trouvent écho chez Jean-François Chermann. Neurologue de profession, auteur de "K-O, le dossier qui dérange", il s’est spécialisé dans les commotions et traumatismes crâniens dans le milieu du sport. Approché par l'UFC au moment de la légalisation du MMA en France, il fait désormais partie d’un groupe réflexion médicale afin de sécuriser la pratique.
Si l'on autorise la boxe en France, je ne vois pas pourquoi on n'autoriserait pas le MMA
Il a donc découvert ce sport il y a quelques années, et du point de vue santé et sécurité, son avis est tranché : "Si l'on autorise la boxe en France, je ne vois pas pourquoi on n'autoriserait pas le MMA". D’abord parce que pour le neurologue qu’il est, "En MMA, on peut gagner un combat sans taper sur la tête de quelqu’un". Ensuite parce que les règles, quand elles sont bien appliquées, évitent les traumatismes lourds : "J'ai été à Londres voir une soirée UFC et j'ai trouvé les arbitres remarquables, poursuit-il. Dès qu'ils sentent le combattant traumatisé sur le plan du cerveau, ils arrête le combat.. Il n'y a pas vraiment de phase où on voit le combattant prendre une répétition de coups".

Quadnd un combattant n'est plus capable de se défendre correctement, l'arbitre se jette pour intervenir.

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Pour son premier combat à l’UFC en octobre 2021, le Français Benoit Saint-Denis avait subi la foudre d’Elizeu dos Santos pendant plusieurs minutes. Mis presque K-O debout par son adversaire, il a poursuivi le combat jusqu’à son terme. L’arbitre avait été purement et simplement suspendu. Ainsi, le combattant est relativement préservé puisqu’il ne prendra jamais, ou presque, plusieurs K-O consécutifs. "Ce que je reproche à la boxe, c'est que c'est un sport qui autorise les commotions. On peut être compté et se relever trois fois. On permet au boxeur d’encaisser des coups sur un cerveau fragilisé".
Car l’un des dangers d’une commotion, au-delà de qu’elle implique en soi, c’est d’en subir une seconde dans la foulée. "Il faut imaginer que la plupart des gens qui ont des commotions sont des amateurs, souligne Chermann. Or on sait que 50% des sportifs commotionnés restent sur l’aire de jeu. Et les seconds impacts sur un cerveau fragilisé peuvent avoir des conséquences dramatiques, surtout chez les moins de 20 ans ".

En MMA, les mitaines protègent moins des impacts que les gants de boxe classiques.

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Et si les mitaines de MMA, beaucoup plus légères que des gants de boxe, protègent moins bien des frappes adverses, le neurologue rappelle qu’elles permettent d’en prendre beaucoup moins. En effet, ce sont ces mêmes mitaines qui permettent d’avoir les doigts libres, et donc de saisir son adversaire et rentrer dans des phases de lutte ou de combat au sol.

Et comparé aux autres sports ?

"On peut se dire que c’est un sport traumatogène pour le cerveau, concède Jean-François Chermann. Mais si on interdit le MMA pour cette raison, on interdit tous les sports dans lesquels il y a des traumas problématiques. Je pense au hippisme, un des sports avec le plus de traumas crâniens, le football aussi avec les têtes chez les enfants, le rugby….'.
D’autant plus qu’"un combattant de l'UFC va faire trois, quatre combats dans l'année. En rugby c'est 30 à 40 matches dans une année. En MMA après une commotion c'est six semaines d’arrêt. Dans le rugby, dans certains cas les joueurs reprennent au bout d'une semaine."

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Reste que le MMA comporte son lot de risques. « Les blessures récurrentes sont des blessures à la main, rappelle Fernand Lopez. Les mains sont les plus utilisées. Les blessures sur les pieds avec les frappes. Et puis les lacérations sur le visage et les parties molles comme les lèvres, le nez… ».

Différencier le violent du spectaculaire

La particularité du MMA est France est que la construction de son image s’est longtemps basée sur les rares grands combats américains célèbres diffusés à la télé. Puisque la pratique en compétition n’était pas légale, la visibilité était presque nulle, et le nombre de pratiquants faible. Il s’est donc développé « par le haut », avec une poignée de tricolores devenus professionnels en s’exportant à l’étranger. Plutôt que "par le bas", avec une masse d’amateurs entrés dans le sport par la pédagogie et sensibilisés aux risques d’une pratique mal encadrée. Chez les plus jeunes, les coups interdits sont beaucoup plus nombreux et mettre KO son adversaire n’est pas autorisé.
Comme tout le monde, Jean-François Chermann avait quelques a priori. "Mon sentiment c'est que contrairement à l'idée que j'avais avant de m'intéresser au MMA, c'est un sport beaucoup plus réglementé qu'il en a l’air". L’UFC Paris qui aura lieu samedi 3 septembre à Bercy, sous les yeux d’une salle comble dont les billets se sont envolés en dix minutes, pourrait faire le même effet à beaucoup d’autres.
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