UFC Paris - Benoît Saint-Denis était-il entouré du bon staff pour son combat face à Renato Moicano ?
Par Yohann Le Coz
Mis à jour 03/10/2024 à 12:28 GMT+2
Pour la troisième édition de l’UFC Paris, Benoît Saint-Denis était attendu comme la star de la soirée. Finalement le Français a été très violemment battu par le Brésilien Renato Moicano, un adversaire pourtant à sa portée. Staff remanié, consignes de combat, santé à préserver… cette défaite, la deuxième d’affilée pour "BSD", interroge sur les choix faits ces derniers mois comme dans la cage.
Benoît Saint-Denis lors de l'UFC Paris
Crédit: Getty Images
Samedi soir, aux alentours de minuit, la stupeur s’est emparée de Bercy. Jean-Marc Sène, le médecin français qui officie à l’UFC lorsque l’organisation américaine pose ses valises à Paris, prend la "décision la plus difficile" de sa carrière. Le toubib met fin au combat entre Benoît Saint-Denis et Renato Moicano, entre les rounds deux et trois, le Français étant devenu complètement aveugle de l’œil droit, tuméfié après une pluie de coups du Brésilien.
On dit souvent qu’un combat de MMA est une succession de décisions qui mènent au résultat final. Cette décision médicale est venue mettre un point final à une cascade de mauvais choix de "BSD", qui était attendu comme la star de la soirée. Mais ce sport est ingrat, car aujourd’hui la suite de sa carrière s’écrit désormais sous la forme d’un point d’interrogation. “Il faut dédramatiser, tempère Aldric Cassata, coach de MMA qui était présent dans le coin de Kévin Jousset lors de l’UFC Paris. Mais une défaite doit toujours être suivie d’enseignements. Il va falloir que des choses changent un petit peu”.
Si l’expérimenté entraîneur niçois préfère contourner le flot de critiques qu’il juge bien trop acerbes envers le staff de Benoît Saint-Denis, il soulève tout de même un point. "Le manque d’un head coach MMA peut s’entendre. Benoît est entouré d’experts dans leurs domaines : Christophe Savoca pour le sol, Kamel Jemel pour le Muay Thaï etc… Quelqu’un qui peut encadrer cette équipe et mutualiser les ressources, ça s’entend", soupèse-t-il. Une remarque qui résonne d’autant plus fort que Saint-Denis disputait samedi son premier combat sans son coach historique, Daniel Woirin, qui a chapeauté sa carrière depuis ses premiers pas dans le MMA.
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Benoît Saint-Denis après sa défaite face à Renato Moicano à Paris
Crédit: Getty Images
Un nouveau staff sans tête
Si les conditions de la séparation sont restées floues, et visiblement mal digérées par son désormais ex-coach, toujours est-il qu’il n’a pas été véritablement remplacé. Dans le coin de BSD à Bercy figuraient Giom Peltier, le manageur habitué des grandes échéances du haut niveau, Christophe Savoca, l’expérimenté entraîneur de jiujitsu brésilien et Yoann Jacquemain, coach habitué au MMA, tenancier de la salle Cyfit à Bayonne, mais plutôt spécialisé dans la boxe pied/poing.
Une hérésie aux yeux de Cyrille Diabaté. Ancien combattant à l’UFC, aujourd’hui head coach à la Snake Team à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), il se montre interloqué par les choix de carrière de Saint-Denis : “Les gens ne se rendent pas compte l’importance d’un head coach. C'est le ciment, qui a les mots justes, les détails techniques qui vont bien. Il manquait un Daniel Woirin ou son équivalent.”
Des remarques qui entrent en résonance avec les critiques qui ont fusé à propos des consignes transmises par le coin de “God of War” entre les deux premiers rounds, après que le Français a subi la foudre. Dans la retransmission télévisée, on a pu entendre un de ses coachs ordonner à Benoît de "s’exciter" pour se lâcher dans le deuxième round à venir. Alors même que l’intéressé semblait largement atteint par les dégâts subis.
Manque de professionnalisme
“À très haut niveau, quand le coin manque de professionnalisme, c’est compliqué, condamne Cyrille Diabaté. Ce que j’ai entendu, ce n’était pas à la hauteur de l’évènement. Quand on dit ça alors que le mec s’est fait gonfler pendant 5 minutes… Il faut des conseils techniques déjà.” Un point qui se discute aux yeux d’Aldric Cassata : “C’était évident qu’il allait être arrêté par le médecin. Une blessure dans l’axe de vision, elle ne va pas se résorber. Je lui aurais dit 'Écoute, il te reste un round, il faut tout donner parce qu’on va t’arrêter'. Il n’y avait plus de technico-tactique à faire”. De toute manière, revenir contre un Renato Moicano aussi solide après un tel premier round, “c’était mission impossible”, poursuit-il.
Si le contenu des consignes données peut faire l’objet de débat, le plan de combat et la suite de choix réalisés pendant celui-ci peuvent être pointés du doigt. Sans retirer aucun crédit au Brésilien qui a superbement joué le coup en début de combat. Celui-ci était parfaitement préparé tactiquement. Il a saisi le premier kick de la jambe arrière de Saint-Denis, une de ses armes principales en striking, pour l’emmener parfaitement au sol, où il l’y a maintenu et provoqué d’immenses dégâts.
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Renato Moicano wint in Parijs van Benoît Saint Denis
Crédit: Getty Images
Un grand athlète qui semble manquer de repères
"Ce qui fait sa force (Benoît Saint-Denis) est aussi ce qui le rend vulnérable, a analysé le vainqueur après le combat. Il met tellement de pression, s’il peut vous toucher, il vous brise. Mais s’il ne vous touche pas, il est facile à lire. (...) Il va toujours à 100%, j’ai dit à mes coachs, une fois que je l’aurai mis au sol, il va tout faire pour me retourner et il va être cuit."
Finalement, il s’est passé bien pire. En tentant de sortir à tout prix d’une position défavorable, avec Moicano dans son dos, BSD s’est retrouvé à la mi-round avec le Brésilien en position montée sur lui, les deux jambes enroulées autour du buste, formant ce qu’on appelle un triangle de corps. Il restait alors deux très grosses minutes à subir la foudre.
“Je pense qu’il fallait être un peu plus patient”, résume Aldric Cassata, rappelant qu’il restait quatre rounds pour se rattraper, même si Saint-Denis avait terminé toute la première reprise avec son adversaire dans le dos. “Après, par le passé, il y a eu beaucoup de victoires de Benoît grâce à son agressivité. C’est difficile de changer un combattant”, complète l’entraîneur niçois. Changer un combattant prend du temps, lui donner une consigne claire, précise et adaptée, appliquée dans la seconde par le concerné demande de la confiance.
Quand bien même le Français aurait reçu les consignes adaptées au cœur du premier round, pour qu’elles soient appliquées dans la foulée, il aurait fallu qu’"un rapport de confiance se soit installé, insiste Aldric Cassata. N’importe quel coach avec qui Benoît aurait travaillé pendant quelques mois, ce n’aurait pas été possible d’avoir assez de complicité". C’est justement la problématique de BSD qui a remanié son staff il y a quelques mois.
Devenir champion ou rester "seulement" un excellent combattant
Viennent alors les questions de l’entourage et du mode de vie, cruciales dans le mode de fonctionnement de Benoît Saint-Denis. Partir vivre aux États-Unis pour s’entraîner dans les grandes salles aux allures d’usines à champions n’est pas nécessaire. Le Boxing Squad d’Aldric Cassata à Nice, où évolue Manon Fiorot, en est la preuve. En revanche, maintenant que “God of War” s’est définitivement établi à Bayonne, et a arrêté les aller-retours entre Paris et son sud-ouest, “peut-être qu’il faut prendre plus de sparrings de haut niveau pour la suite, propose Aldric Cassata. Mais son équipe est stable et de qualité. Il faut compléter ce travail et se donner du temps”.
De son côté, Daniel Woirin a observé la défaite de loin, à travers son écran. Dans le podcast La fine équipe, il a fustigé le nouvel entourage son ancien poulain. "Il est très mal entouré, je n’invente rien. La problématique, c’est que l’entourage peut te ramollir, trop d’éloges te fragilisent, beaucoup de coachs sont des fans avant d’être coachs", a-t-il lâché, amer, sans citer de nom. "Je ne sais pas dans quelle mesure il est coachable encore, s’interroge Cyrille Diabaté. Est-ce qu’il est capable d’écouter les conseils des uns et des autres, de se remettre en question et corriger le tir ? Ou est-ce qu’il s’est persuadé que c’était juste un mauvais jour, qu’il a fait une faute technique ?"
Les questions restent en suspens et pèseront lourd sur les prochains mois de la carrière de BSD. Ceux-ci seront avant tout dédiés au repos et aux soins, car après avoir encaissé un K-O dur contre Dustin Poirier à Miami et de tels dégâts lors de l’UFC Paris, couper l’entraînement dans l’immédiat devient un enjeu de santé.
Un temps de réflexion aussi. L’homme doit savoir si, un an et demi après la naissance de sa fille, il vise toujours la ceinture de la catégorie des poids légers de l’UFC ou une belle carrière de combattant, qui subviendra largement aux besoins de sa famille. En revanche, ces deux défaites d’affilée ne doivent pas effacer les grandes performances réalisées dans la cage et ses superbes victoires contre des adversaires coriaces ces dernières années. Le Français est un top combattant, il a ça en lui et n’a que 28 ans. Reste à savoir comment le redevenir pour sa prochaine échéance.
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Benoit Saint Denis of France prepares to face Dustin Poirier in a lightweight fight during the UFC 299 event at Kaseya Center on March 09, 2024 in Miami, Florida.
Crédit: Getty Images
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