Retraite de Jon Jones – Docteur 'Bones' et Mister Jon, les deux faces d'une légende

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Jon Jones a été le plus grand combattant de l'histoire de l'UFC, et même du MMA dans sa totalité. Le plus jeune champion, négociateur hors-pair et génie du marketing personnel. Il est aussi un homme accusé de violences conjugales, multi-condamné pour des délits au volant et suspendu deux fois pour dopage. Les démons ont bien trop souvent pris le dessus, et c'est sûrement ce qu'on retiendra.

Jon Jones of the United States of America reacts after his TKO victory against Stipe Miocic of the United States of America in the UFC heavyweight championship fight during the UFC 309 event at Madison Square Garden on November 16, 2024 in New York Cit

Crédit: Getty Images

Ce dimanche, la dépêche de l'Albuquerque Journal est passée bien plus inaperçue que prévu. "Le Journal a appris qu'une assignation criminelle accuse Jon Jones, 37 ans, d'un délit de fuite sur les lieux d'un accident en février dernier", a écrit le quotidien local. Ce même article titre pourtant sur la retraite, annoncée quelques heures plus tard, de celui qui était le champion des poids lourds de l'UFC. Si on était mauvaise langue, on écrirait que le contre-feu a été parfaitement déclenché. Sans aller jusque-là, la dernière journée de Jon Jones en tant que combattant professionnel a donc été à l'image des milliers qui l'ont précédées, lui qui avait combattu pour la première fois en 2008.
Ses scandales – la principale témoin de l'accident a affirmé de Jones était "fortement alcoolisé" au volant – ont encore une fois été éclipsés par le retentissement de sa carrière sportive. Définitivement, il y a eu 'Bones' le plus grand combattant de l'histoire et la légende absolue de l'UFC, et Jon le délinquant multi-condamné, accusé de violences conjugales et de menaces de mort. "Il a beaucoup de démons, beaucoup de démons" disait à son sujet Dana White, le patron de l'UFC, en 2021 dans ce qui sonne quasiment comme un euphémisme. À l'époque, son champion, son chouchou même lui qui n'a jamais vraiment caché son faible pour ce combattant qu'il a couvé, venait d'être arrêté après une cérémonie du Hall of Fame de l'UFC. "C'est difficile d'amener ce mec à Vegas, ajoutait-il le même jour, aussi paternaliste que conscient des travers de Jon Jones. Cette ville n'est pas bonne pour lui."
C'était parfois à se demander ce qui est réellement bon pour lui, hormis la cage. Dedans, 'Bones' a été la plus grande menace de son époque. Un vrai problème pour sa catégorie, celle des mi-lourds pendant la majeure partie de sa carrière. Son ascension, son premier titre de champion à 23 ans – une précocité record – ses rivalités avec Cormier et Gustafsson ont été racontées mille fois. Dans une organisation privée qui se sert autant du storytelling pour se vendre elle, ses combattants, et les tickets pour ses événements, sa bestialité dans la cage et ses frasques en dehors ont forcément fait de lui la tête d'affiche de l'organisation. 'Bones' le savait et en a joué, beaucoup, sur la seconde partie de sa carrière.

Pas sa première retraite

Il a demandé des millions à Dana White pour revenir en 2023 et tenter de conquérir le titre des poids lourds. Lors de son combat pour la ceinture face à Cyril Gane, il aurait gagné près de cinq fois plus que le Français qui défendait pourtant la ceinture par intérim. Ce soir-là, il est aussi l'un des rares combattants à avoir conquis deux catégories de poids différentes à l'UFC en soumettant le Français d'une guillotine dans le premier round. Et un mois plus tard, une membre d'une agence anti-dopage venue le tester l'accusait de l'avoir agressé et menacé de mort à son domicile. Grandeur et décadence, la vraie. Comme souvent dans sa carrière. Comme si un boulet fixé à sa cheville de Jon rappelait toujours 'Bones' dans les bas-fonds. Après son premier titre en 2011, il a envoyé sa Bentley Continental dans un poteau et blessé ses deux passagers. Trois jours après avoir battu Daniel Cormier en 2015, et avoir été nommé dans les 30-Under-30 de Forbes, il est testé positif à la cocaïne.
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Jon Jones après sa victoire contre Cyril Gane à l'UFC 285, le 4 mars 2023

Crédit: Getty Images

La suite avait pris de telles proportions qu'il avait été brièvement retiré du roster de combattant de l'UFC. La première retraite, forcée, d'une longue série. Dont Dana White l'avait sorti au bout d'un mois en le réintégrant. Le premier passe-droit d'une longue série, aussi. La relation entre les deux hommes, tumultueuse, quasi-passionnelle, mériterait de s'y attarder plus longuement. En décembre dernier, White l'avait désigné comme le meilleur combattant de l'histoire de son organisation alors qu'il essayait de le faire sortir d'une énième retraite. "Je t’ai terni ? T’as fait un bon boulot pour ternir toi-même ton image", lui avait-il lancé quatre ans plus tôt, alors que Jones négociait déjà un énorme contrat pour sortir de sa retraite. Cette fois, c'est pour annoncer sa retraite à priori définitive que le patron de l'UFC a prononcé le nom de son favori. "Jon Jones nous a appelé cette nuit pour nous annoncer sa retraite. Il est officiellement à la retraite." Quelque part, sûrement espère-t-il que ce n'est pas la dernière fois qu'il prononce cette phrase.
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