Sur le papier, il est une anomalie de plus dans une saison qui n'en manque pas. En réalité, Joan Mir est là où il mérite d'être. Là, aussi, où beaucoup l'avaient imaginé avant même que la pandémie ne change la face du monde - celle du MotoGP avec. L'Espagnol est encore ce que l'on peut appeler un prodige, si l'on considère que les pilotes de cette catégorie peuvent appartenir à une génération calée entre celles de Marc Marquez et de Fabio Quartararo.

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Âgé de 23 ans, celui qui devance désormais le jeune Français en tête du championnat du monde n'a plus vraiment cette certification. Il est lui aussi issu du cru espagnol, où l'on produit des futurs champions en grappes ; à force, les critères sont devenus plus stricts, l'exigence s'est élevée. Mir est plutôt de ces petits génies de la poignée de gaz formatés pour gagner dès leurs premiers tours de roues.

Quartararo - Mir : du talent mais deux chemins différents

Au moment de l'engager chez Suzuki, il y a deux ans, son patron Davide Brivio disait avoir senti que le jeune homme avait "quelque chose de spécial". On pouvait faire confiance à l'un des hommes qui furent à l'origine de l'hégémonie de Valentino Rossi. Il fallait aussi tendre l'oreille pour entendre Chicho Lorenzo affirmer qu'il s'agissait de "l'un des pilotes les plus talentueux" qu'il n'ait jamais vus. Lui a observé Mir grandir dans son école de pilotage. Il est surtout le papa de Jorge Lorenzo, triple champion du monde MotoGP... Comme Brivio, il ne s'était pas trompé.

Mir a débarqué en championnat du monde de vitesse en 2015, année où Fabio Quartararo établissait de nouveaux records de précocité en enfourchant sa machine de Moto3 avant même de fêter ses 16 ans. Dès 2016, les deux pilotes s'étaient d'ailleurs retrouvés au sein de la structure Leopard, rarement maladroite au moment de choisir ses titulaires. Cette année-là, il n'y avait pas eu photo : Mir enclenchait une trajectoire rectiligne, qui allait le mener à un titre de champion l'année suivante et à la catégorie reine deux ans plus tard, alors que le Français devait passer par de profonds moments de doutes.

Le Majorquin et le Niçois ont emprunté des chemins bien différents mais aujourd'hui, ils incarnent mieux que personne la prise de pouvoir de la jeunesse en MotoGP. Pour combien de temps ? Difficile d'y répondre, puisqu'il y a fort à parier que Marc Marquez se mêlera encore à la lutte à son retour. Il n'y aurait de toute façon rien de surprenant à les voir nouer une rivalité durable, de celles qui animent le Continental Circus depuis des lustres. Ils ont déjà commencé le travail.

Mir a du caractère

Il y a deux semaines, au Grand Prix de France, Mir et Quartararo se sont battus comme des chiffonniers pour une modeste place de 9e, "comme pour la victoire", avait admis "El Diablo". Le mois dernier, ils s'étaient un peu cherchés (et trouvés) en conférence de presse. Au Français, qui venait d'assurer que la Suzuki de l'Espagnol était "la moto parfaite", son rival rétorquait avec beaucoup d'ironie : "Je ne savais pas que Fabio avait essayé ma moto. Il a dû faire ça hier ou ce matin et je ne l'ai pas relevé. Mais c'est bien de constater que certains connaissent mieux ma machine que moi-même."

Joan Mir (Suzuki) sur le podium du Grand Prix d'Aragon 2020

Crédit: Getty Images

C'est aussi ce qui caractérise le natif de Palma, sûr de lui et capable de tenir tête à ceux qui viennent le chatouiller. Le légendaire Casey Stoner ne dira pas le contraire. Comme d'autres, le retraité australien avait estimé que le titre décerné en 2020 n'aurait pas la même valeur, en l'absence de Marquez. "Ce que je ne comprends pas, c'est qu'en théorie, Casey a disparu d'ici, n'est-ce pas ?, répondait-il dans une interview à Marca. Laissez-le parler de ce qu'il veut, donner son avis. À la maison, sur le canapé, c'est très confortable." Et toc.

En tête du Mondial pour la première fois, Mir sait pertinemment qu'il est exposé à ce type de commentaire, puisqu'il n'a toujours pas décroché le moindre succès en catégorie reine. Il pourra de toute façon rappeler qu'il aurait dû s'imposer en Styrie, où il menait avant que les cartes ne soient rebattues par un drapeau rouge qui a interrompu la course. Surtout, il applique mieux que quiconque la recette de la régularité que tout le monde jugeait idéale après le retrait de Marquez. Depuis la 4e manche de la saison, l'Espagnol a toujours figuré dans le Top 5 si l'on excepte le Grand Prix de France. Et alors que son coéquipier Alex Rins est devenu le 8e vainqueur saisonnier dimanche dernier - fait rarissime - quelque chose nous dit que son tour viendra.

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