À l'époque, il roulait sur le Motorland comme la Grande Armée marcha sur Austerlitz. Pour l'empereur Marc Marquez, la terre d'Aragon était un fief où il étalait presque toujours sa domination et accélérait les conquêtes de chacune de ses nouvelles couronnes mondiales. Mais le monde a changé et le souverain espagnol, déchu, est de retour sur l'un de ses tracés fétiches pour tenter de renouer avec son passé.
Il y a peu d'endroits au monde où Marquez a plus souvent brillé qu'à Alcañiz. Le sextuple champion du monde y a décroché six succès sur huit possibles, puisqu'il n'a pu défendre sa propriété la saison dernière, lorsque deux manches y avaient été disputées. Il faut donc remonter à 2014 et 2015 pour retrouver la trace d'un autre vainqueur que lui, en l'occurrence Jorge Lorenzo.
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Parce qu'il est antihoraire, comme le Sachsenring ou le circuit d'Austin, l'Espagnol y a presque toujours excellé, sans que les performances de ses rivaux, ou même celles de sa machine, puissent y changer quelque chose. Lorsque les virages à gauche sont majoritaires - il y en a dix au Motorland, dont un qui porte son nom - Marquez et les autres ne sont pas tout à fait sur un même pied d'égalité. C'est sa force. C'est ainsi.

Une victoire au Sachsenring et depuis, beaucoup de chutes...

C'est la raison pour laquelle le champion de Cervera a dû patienter jusqu'au Grand Prix d'Allemagne, en juin dernier, pour regoûter aux joies de la victoire et du podium après sa triple opération de l'humérus. Depuis, il n'y a plus eu droit. Au début de l'été, pourtant, cette performance semblait récompenser une montée en puissance de l'Espagnol, tant sur le plan physique que technique.

Marc Marquez (Honda) au Red Bull Ring, le 6 août 2021

Crédit: Imago

On savait qu'il n'était pas débarrassé de toutes ses douleurs, qu'il n'avait pas retrouvé toute son agilité, que sa machine n'était pas subitement devenue moins perfectible. Mais on imaginait alors que les certitudes qu'il avait retrouvées là-bas, couplées à un talent qu'il n'a probablement pas perdu sur son lit d'hôpital, suffirait à le rapprocher de son sommet. Ce ne fut pas le cas.
Depuis ce succès qui l'avait ému aux larmes, l'Espagnol a cumulé les chutes, parfois très lourdes. C'était aux essais aux Pays-Bas, en qualification lors du Grand Prix de Styrie, et même en course lors des deux manches suivantes, à Spielberg et Silverstone. Cette saison, "La Fourmi" n'a bouclé que six des dix épreuves auxquelles il a participé. Aucune dans le Top 5, à l'exception donc de son succès allemand.
Dès lors, y a-t-il une conclusion à tirer de ce constat ? Et si oui, laquelle ? N'est-ce qu'une question de temps ? Ou bien celui que Cal Crutchlow surnommait "Houdini" a-t-il simplement perdu sa magie ? Peut-être un peu des deux.
Il est clair que je ne pilote plus comme avant
S'il a d'ores et déjà retrouvé une bonne partie de son volume musculaire, Marquez n'a pas encore totalement rangé sa triple opération derrière lui. Avant le précédent Grand Prix, le Catalan avait révélé au Guardian ne pas prendre beaucoup de plaisir sur sa moto : "Je ne m'amuse pas, je souffre". Au mois d'août, il avait admis avoir roulé sous infiltration en Autriche. Il avait aussi testé le nouveau réservoir de sa machine, redessiné afin de lui permettre d'exercer plus de force avec ses cuisses et moins avec son bras droit.
Moins à l'aise donc moins dominant, Marquez traverse une période de doutes au moins aussi profonde que celle qui avait suivi sa convalescence. "Il est clair que je ne pilote plus comme avant, confiait-il à DAZN. Cette année, plus rien ne passe. Même les choses qui passaient les yeux fermés avant. Je dois travailler. Le plus simple serait de jeter l'éponge et de ne pas voir la réalité en face mais je refuse de faire ça."
La dernière fois qu'il a roulé en Aragon, Marc Marquez décrochait sa dernière victoire avant celle qui allait lui offrir son dernier titre, en Thaïlande, en 2019. Ce week-end, il va très probablement y faire une croix mathématique sur la couronne mondiale. Mais l'important est ailleurs : se rassurer. Deux années d'écart, deux enjeux complètement opposés.
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