Claude Michy annonce un retour aux belles affluences du passé. Le promoteur du Grand Prix de France prévoit plus de 100.000 spectateurs ce week-end sur le circuit Bugatti. Considérant que le championnat du monde de vitesse a tourné la page des années Valentino Rossi, la tête d'affiche sur laquelle tout organisateur comptait pour remplir ses tribunes.
Cette régénération était difficilement imaginable il y a encore un an, mais avec l'avènement de Fabio Quartararo et les bons résultats de Johann Zarco au plus haut niveau ont facilité la tâche de Claude Michy. Qui l'explique ainsi dans les colonnes de Moto Journal : "Depuis quelques années, il y a eu un effet de ciseaux. On a d'abord eu l'arrivée de Marc Marquez, puis la révélation des Français au plus haut niveau (…) avec un championnat très disputé et haletant. Tout cela a contribué à diminuer petit à petit le poids médiatique de Valentino Rossi sur la discipline."
Le patron de l'épreuve ajoute que l'élection du pilote Yamaha comme athlète de l'année par plusieurs médias français n'a fait que renforcer la popularité du champion du monde dans l'Hexagone. Celui-ci est d'ailleurs devenu spécialement visible dans la rue en février dernier, sur des affiches publicitaires en noir et blanc faisant de "El Diablo" la nouvelle égérie d'IKKS, une marque de vêtements prisée chez les jeunes. C'est un fait, le Niçois a commencé à dépasser le cadre de son sport et il faut y voir une reconnaissance supplémentaire, qui lui donne une dimension nouvelle, au-delà de son sport-carcan.
Grand Prix de France
Quartararo : "Il nous manque toujours la même chose, je ne peux pas dépasser"
15/05/2022 À 16:26

Vers un Grand Prix historique

Ce week-end, Fabio Quartararo revient au Bugatti, où tout ou presque tournera autour de lui, sans faire injure aux autres pilotes ou équipes français engagées dans les différentes catégories. Le Niçois doit encore écrire le plus beau chapitre de son histoire. "Je suis positif à propos de ce week-end, mais on verra, confie le pilote qui reste sur une deuxième place à Jerez de la Frontera. La saison est imprévisible. Mais c'est quand même mon Grand Prix à la maison, et je vais sans conteste attaquer à la limite et tout donner." Ce que le directeur d'équipe de Yamaha Factory, Massimo Meregalli, confirme en déclarant : "Il va utiliser sa position de leader au championnat pour enfoncer le clou." Et de qualifier la manche mancelle de "bonne opportunité" pour Yamaha. Les carences de la M1 en matière de puissance devrait effectivement être moins flagrantes sur ce circuit dépourvu de longue ligne droite.
Si l'objectif de Fabio Quartararo est naturellement de s'imposer enfin devant son public, il espère d'abord repartir de la Sarthe toujours en leader du championnat du monde. Dans une saison MotoGP très ouverte, ultra concurrentielle, l'objectif est d'accumuler les bons résultats pour remporter cette épreuve d'usure que sera la course au titre. L'an dernier, il avait d'ailleurs pris le pouvoir après le Grand Prix de France pour ne plus jamais le lâcher, en signant une troisième place quasi inespérée pour ce pilote ouvertement pas très à l'aise sur le mouillé.
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Le successeur de Monneret ?

Mais depuis, il a pris de l'assurance par conditions difficiles - sa deuxième place en Indonésie en a apporté la preuve - et il est prêt à aller chercher cette victoire, aidé par ce grand soleil qui devrait illuminer le circuit du Mans. Pour un week-end inoubliable ? C'est ce que pense de toute façon Christophe Guyot, un proche de Claude Michy.
"Il n'y avait pas de public et 2020 et c'était réduit à peau de Chagrin en 2021, rappelle le directeur du Yamaha GMT94 en Supersport et consultant Moto pour Eurosport. Là, on est peut-être - je pense - sur le plus grand Grand Prix de France de l'histoire. Le monde attendu est extrêmement important, avec beaucoup d'enthousiasme, et il fera beau ! Il y a une attente d'un public sans précédent. Il y a eu la pole position de Johann Zarco en 2017, mais en terme d'engouement, on n'a jamais vu ça."
Claude Michy l'a dit, la MotoGP s'est réinventée grâce à une nouvelle génération de pilotes, et au-delà de sa stature à l'international, Fabio Quartararo est là ce week-end pour faire vibrer la foule tricolore, qui a seulement vu l'un des siens triompher sur ses terres, mais c'était il y a bien longtemps, en la personne de Pierre Monneret, à Reims en 1954.
"Je m'en rends compte en tant qu'écurie : si on n'a pas de pilote français, on n'existe pas !, admet Christophe Guyot. La question de ces courses, c'est 'Qu'est-ce que va faire le Français engagé ?' Et là, on a le champion du monde en titre et leader du championnat du monde. Bref, on a le beurre, l'argent du beurre, et la crémière. Tout quoi !"
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Le rôle éducatif de la piste

Quand on se souvient de la clameur qui avait salué la victoire de Louis Rossi en Moto3 en 2012, on imagine l'ovation qui serait réservée à Fabio Quartararo. Et pas seulement pour sa victoire mais tout ce qu'il fait depuis déjà des mois pour booster la moto tricolore, y compris de façon plus confidentielle. Car bien avant les victoires, le pilote de la M1 n°20 a donné son temps dans les écoles de pilotage pour conseiller ses espoirs, trouver ses talents de demain. Et porter son sport plus haut dans l'Hexagone. Faire tomber quelques barrières aussi.
"L'intérêt pour moto n'est plus autour d'un sport qui peut susciter des craintes comme ce fut longtemps le cas, mais qui apparaît comme une vraie discipline sportive, note Christophe Guyot. C'est là que Fabio a apporté quelque chose de très important qui aidera les jeunes, les parents. Je milite depuis le début pour expliquer que le circuit est ce qui aide les jeunes à se protéger, que bien sûr les courses moto restent dangereuses, mais infiniment moins qu'aller vite sur la route ; que c'est un exutoire, un élément important à prendre en considération pour les jeunes. Je suis confronté depuis des années, dans les lycées, les collèges, auprès des parents, auprès des institutions, à cette crainte de la moto qui fait peur. Là, la moto a pris la dimension du sport de haut niveau qu'elle avait du mal à avoir en France."
"A ce niveau-là, Fabio a un apport réel, poursuit le patron de l'emblématique GMT94. Je m'en rends compte avec les gens que je côtoie, à la marie d'Ivry, au Conseil général du Val de Marne. J'entends des "Ah Fabio…" admiratifs et plus des 'il est fou', 'il a toujours le coude par terre', 'il est malade'. Il apparaît comme un sportif de haut niveau qui apporte une transformation de l'image de la moto dans le public français. Et ça ne peut qu'aider les jeunes dans l'expansion de notre sport. Et il est aussi une solution d'aider les jeunes de 14 à 18 ans à assouvir leur passion, leur besoin de vitesse, que seul le circuit peut faire."
"On a passé du temps ensemble dans les virages, en juillet dernier à Clastres, au Blu Cru Camp Yamaha, pour observer, conseiller, les jeunes. Fabio s'est impliqué, c'était très intéressant. Je peux le dire : il le fait par plaisir", ajoute Christophe Guyot.Fabio Quartararo a déjà fait beaucoup pour la moto française et ce n'est que le début. Et sa victoire dimanche pourrait aller bien au-delà de ce qu'il peut imaginer.
Grand Prix de France
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