Le temps fut long ces derniers mois, prenons donc la liberté de l'accélérer : projetons-nous au 22 novembre prochain, au soir du baisser de rideau de la saison 2020. Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) est champion du monde. Le Français a assumé le statut de favori qui était le sien après ses deux succès inauguraux. Ce n'était pas nous qui le disions mais les statistiques, les bookmakers et, même, ses adversaires.

80% de chances d'être sacré : Quartararo est sur la voie royale

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Marquez a rechuté après avoir ouvert... une fenêtre
06/08/2020 À 19:28

Si vous ne parvenez pas à imaginer ce scénario pour des raisons plus ou moins rationnelles, pas de panique : choisissez n'importe quel autre pilote qui ne soit pas Marc Marquez. Le cador espagnol, opéré une seconde fois en début de semaine et probablement forfait pour les trois prochaines manches, part désormais de trop loin pour se succéder à lui-même. Vous avez maintenant tous les éléments et le décor en tête. Interrogez-vous alors : le champion 2020 sera-t-il légitime ?

La question avait été soulevée par Alberto Puig après le Grand Prix d'Espagne durant lequel son pilote fétiche s'était brisé l'humérus. Le patron de l'écurie la plus puissante du plateau y avait même apporté sa réponse : "Je ne pense pas que les gars qui sont devant pourraient être fiers ou satisfaits de remporter un titre si le meilleur pilote du monde n'y prend pas part, avait-il expliqué à DAZN. Ce ne sera pas la même chose si Marc ne joue pas le titre et je pense que tout le monde le sait."

Face à la polémique qu'il avait lui-même suscitée, le dirigeant espagnol avait précisé le fond de sa pensée, assurant auprès de DAZN que ses mots avaient été repris "hors contexte", et qu'il avait simplement tenté d'imaginer "ce que penseraient les autres pilotes" le cas échéant. L'annonce surprise du retour de Marquez dès la deuxième manche avait fini par étouffer le débat.

Heureusement, le champion du monde n'est pas toujours le meilleur pilote du monde

Il est aujourd'hui plus que jamais d'actualité, plusieurs sources estimant que le sextuple champion du monde n'envisage pas un retour à la compétition avant le Grand Prix de Saint-Marin, le 13 septembre prochain. Le Catalan pourrait donc manquer quatre courses (Andalousie, à laquelle il a finalement renoncé, République tchèque, Autriche et Styrie) sur un total de quatorze envisagées. Soit un peu moins d'un tiers du championnat.

D'ici-là, rien ne changera : Marquez sera toujours le meilleur pilote du monde. Et le restera tant qu'aucun autre n'aura accompli les mêmes performances et exploits que lui, avec la régularité qui était la sienne avant le crash de Jérez. À cela, ajoutons tout de même que le "champion du monde" ne doit pas nécessairement être le "meilleur pilote du monde" ; sans cette nuance, nous pourrions remettre en cause l'intérêt de disputer un championnat.

Mais soyez-en sûrs : celui qui coiffera la couronne le 22 novembre prochain (ou plus tôt) aura été le plus fort. En piste. Dans la tête. Tout au long d'une course. Et durant l'intégralité de la saison. À ce petit jeu, Marquez a perdu une bataille en n'étant pas "le plus fort" au moment de commettre l'erreur qu'il l'a éloigné de la piste de Jérez une première fois. Et donc poussé à attaquer sans retenue ensuite.

Puisque Honda n'a décelé ou annoncé aucune avarie technique pouvant justifier sa chute, il faut en conclure qu'il n'a pas été "le plus fort" pour contrôler toutes ses émotions lors de sa fantastique remontée du peloton - entreprise qui lui a justement permis de démontrer qu'il était encore et toujours le meilleur. Vous suivez ?

Ne pas commettre d'erreur était un enjeu de la saison

En novembre dernier, à Sepang, chacun avait pu constater le poids du mind-game dans un exemple concret. En qualification, Marquez rusait pour battre Quartararo, manifestement plus rapide que lui sur le tracé malaisien. L'Espagnol prenait alors sa roue, à la fois pour tester ses limites mentales mais aussi pour profiter de ses trajectoires et de son aspiration. Il avait finalement perdu et chuté. Il s'agissait là d'une première inversion du rapport de force que le multiple champion du monde avait installé en privant le Niçois de son premier succès dans le dernier tour d'un Grand Prix, à plusieurs reprises.

La chute de Marquez à Jérez a donc peut-être été la conséquence d'un accès de confiance, lui-même consécutif au numéro de funambule qu'il venait d'accomplir. Mais on peut aussi chercher une cause plus lointaine, à savoir le rythme imposé par Quartararo, qui a indirectement contraint son rival à délester son pilotage du moindre calcul. Donc à en augmenter la part de risque. Une sorte de mind-game, évidemment beaucoup moins organisé qu'il ne l'avait été en Malaisie.

Au fond, qu'importe : le génial pilote de Cervera a été poussé d'une manière ou d'une autre à commettre cette infime écart aux conséquences désastreuses. En juin dernier, quelques semaines avant cette course, il avait pourtant livré une analyse très juste après avoir été interrogé sur les enjeux de la saison : "On ne pourra pas faire d’erreur, il faudra faire attention avec les blessures, avait-il confié en marge d'un événement organisé par LaLiga. Ce sera intense, court. Ce sera dur physiquement comme mentalement."

En novembre prochain, celui qui coiffera la couronne pourra, dans son bilan, vanter le fait qu'il aura évité tous ces écueils, en tout cas plus que les autres. Il aura été "le plus fort". Donc le champion. Qu'il s'agisse de Quartararo ou d'un autre. Qu'importe. Sa légitimité ne sera certainement pas remise en cause.

Marc Marquez

Crédit: Eurosport

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