Ne lui dites surtout pas que cette fin de saison en eau de boudin lui permettra, au moins, de se débarrasser des mauvaises langues. Après avoir fait une croix sur le titre de champion du monde MotoGP, Fabio Quartararo n'aura pas à faire taire les rabat-joies qui lui auraient reproché de s'être couronné en l'absence du roi. Il n'empêche, le forfait longue durée de Marc Marquez avait ouvert le champ des possibles et répandu l'idée que la première tête qui dépasserait hériterait des lauriers.

Depuis son arrivée en catégorie reine, où il était devenu une espèce d'OVNI capable de challenger comme personne le meilleur pilote du monde avec une équipe débutante, jusqu'à ses deux succès inauguraux à Jérez, Quartararo était devenu ce prétendant.

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Malheureusement pour lui, les dernières semaines ont rappelé que le cours de l'histoire n'empruntait pas toujours le chemin le plus évident. La suite nous dira si, après une saison exceptionnelle au sens premier du terme, le championnat redeviendra celui qu'il était avant.

Tout tend à nous le faire croire : cette semaine, Marquez a officiellement mis un terme définitif à sa saison. Au même moment, les organisateurs dévoilaient un calendrier semblable en tout point à celui qu'ils auraient dessiné dans un monde sans pandémie. Faut-il donc, déjà, imaginer le sextuple champion du monde espagnol rétablir une domination au fil d'un exercice trop long pour que Quartararo puisse la renverser ?

Tout ne dépend pas de lui

Ce serait aller un peu vite en besogne et négliger certains faits bien plus importants qu'ils n'en ont l'air. À l'avenir, Quartararo demeurera un candidat au titre parce que son talent le réclame... même si le talent n'a jamais fait un champion.

"El Diablo" est encore un pilote perfectible, dans le casque comme à la poignée de gaz, mais son avenir ne dépend pas que de lui. Ces derniers jours, le pilote de 21 ans n'a cessé de rappeler qu'il n'était plus capable de faire corps avec sa moto. C'est un problème majeur et profond.

Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) lors de la qualification du Grand Prix d'Europe, le 7 novembre 2020

Crédit: Getty Images

La M1 souffre d'une multitude de faiblesses, à commencer par un moteur déficient en termes de performances et de fiabilité. Le problème ne date pas d'hier et il ne sera pas résolu demain : la plupart des développements ont été gelés pour la saison 2021, afin de limiter les coûts et leur impact sur des budgets minés par un exercice désastreux sur le plan économique.

Autrement dit, dans un avenir proche, Quartararo sera condamné à faire des miracles toutes les semaines, comme il a été capable d'en faire par intermittence cette année. Il en a conscience, puisqu'il a d'ores et déjà émis l'idée d'utiliser un prototype de la saison 2019... pour 2021.

Le gros nuage Suzuki

Mais pendant ce temps-là, le fossé séparant Yamaha des autres se creuse. Après avoir mené le combat trois saisons durant, le futur coéquipier de Quartararo, Maverick Viñales, a fini par admettre que la firme aux diapasons n'avait tout simplement plus "les armes" pour lutter contre ses rivales, Suzuki en tête.

L'écurie voisine a progressé à une vitesse folle, au point d'engloutir les ambitions du Français en quelques semaines. À deux Grands Prix du baisser de rideau, elle a placé un pilote loin devant lui et un autre à sa hauteur.

La structure menée par Davide Brivio semble entamer un nouveau cycle, de ceux qui ont presque toujours rythmé le palmarès. Et alors que de sérieux doutes entourent le retour de Marc Marquez, Suzuki est devenue l'épouvantail. L'équipe qui a fini par rendre le défi de Quartararo particulièrement difficile cette année pourrait lui en imposer d'autres encore plus relevés à court-terme.

Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) juste avant le départ du Grand Prix d'Europe, le 8 novembre 2020

Crédit: Getty Images

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