La saison 2021 les a consacrés comme les nouvelles stars d'une MotoGP Rossi-dépendante pendant plus de deux décennies, et provisoirement affranchie de la domination d'un Marc Marquez en proie à d'interminables pépins. Fabio Quartararo lancé pour de bon vers sa première étoile, Francesco Bagnaia a esquissé en seconde partie de campagne le duel que d'aucuns aimeraient voir agiter l'élite de la vitesse dans les années à venir. Pour célébrer la nouvelle génération, la Dorna, promoteur du Championnat du monde, a eu la bonne idée de convier Amazon Prime Video à les pister sans relâche, des circuits jusqu'à leurs domiciles, afin d'immortaliser leurs destins, tout comme ceux de leurs confrères.
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Déclinée en huit épisodes de 50 minutes, la première série du genre deux-roues s'intitule "MotoGP Unlimited" et l'heure est à sa promotion en ce 17 février, un mois à peine avant sa diffusion, le 14 mars. Pas n'importe où puisque Le Bristol, palace parisien de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, est l'écrin classieux où le Français de Yamaha et l'Italien de Ducati vont avoir plaisir à parler de ce projet ambitieux, en compagnie de l'Espagnol de Suzuki, Alex Rins, juste avant de s'envoler pour le Qatar, théâtre de la première manche du Mondial 2022. Ils en sont bien conscients : "MotoGP Unlimited" doit faire entrer leur sport dans une nouvelle dimension médiatique, donner à regarder le monde des Grands Prix d'une autre façon, faire réaliser à quel point ils sont investis dans leur métier-passion.
Grand Prix du Qatar
Quartararo au sommet de la frustration : "J'ai envie de tout casser"
06/03/2022 À 18:18
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"Ils pensent que ça se résume à mettre la poignée de gaz à fond"

Pour cela, ils y ont apporté leur contribution pendant toute une année et pas seulement 18 week-ends de Grands Prix, donné de leur personne en acceptant de repousser les limites de leur périmètre habituel que l'on croyait confiné à leurs garages. Réunis autour d'une table dans un salon à l'ambiance feutrée, ils sont invités pour la première fois à partager leurs expériences avec quelques privilégiés, dont nous sommes, sur ce que fut le tournage de plusieurs dizaines voire centaines d'heures pour aboutir à un condensé d'actions et d'émotions.
Cette révolution va leur apporter une nouvelle reconnaissance mais ils l'ont d'abord vécue comme une intrusion dans leur vie professionnelle comme privée, et c'est de cela dont ils ont besoin de parler en premier. "C'est sympa que les gens voient ce que l'on fait, notre travail, car dans l'ensemble ils ne connaissent pas beaucoup le sport moto, résume Alex Rins, vainqueur de trois Grands Prix en classe premium. Ils pensent que ça se résume à mettre la poignée de gaz à fond. Mais il y a beaucoup de travail derrière ça." Ce que s'empresse de confirmer Fabio Quartararo en précisant : "On a beaucoup de choses à penser, à préparer avant de monter sur la moto, et c'est important que les nouveaux fans voient qu'on travaille dur. Nous ne sommes pas des personnes qui restent juste à la maison en attendant la prochaine course."
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"Au bout du compte, c'est devenu naturel et j'ai oublié la caméra"

Chacun était prêt à lever un coin du voile mais pas au saut du lit ou tard le soir et ils se sont aperçus que ça faisait aussi partie du deal. "Le plus étrange a été le matin, raconte FQ20. Je me réveille habituellement très tôt, et je me suis retrouvé plusieurs fois tout seul au petit déjeuner avec la caméra tout près. Pareil au dîner, alors qu'on a parfois besoin de se relaxer. On finit par s'habituer à tout. Au début, ce n'était quand même pas évident d'avoir tout le temps une caméra derrière soi, et on ne veut pas non plus être rude avec la personne qui la tient. On doit être agréable avec cette personne."
Pecco Bagnaia, son rival malheureux dans la course au titre 2021, connaît aussi ce sentiment. "Après une journée de travail, je peux être en colère et être suivi en permanence par une caméra n'est pas facile, avoue le Turinois. Normalement, quand on a fini de bosser on va dîner et c'est un moment en dehors du travail, qui nous fait penser à autre chose. A la maison, on parle avec sa copine, d'autres sujets. On est normalement plus relax mais il y a cette caméra derrière soi ! J'ai commencé en n'étant pas très à l'aise avec ça, mais après deux ou trois courses ça a fini par être quelque chose de normal."
"On s'y habitue, c'est sûr, acquiesce Alex Rins, assis à côté de lui. Les premiers jours, la caméra était là et je me demandais ce que je pouvais dire, ou pas. Au bout du compte, c'est devenu naturel et j'ai oublié la caméra."
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La limite : préserver le secret des datas

Ils ont chacun surmonté cette insertion dans leur intimité. "Le projet était celui de la MotoGP et on n'a pas eu le choix", relate "El Diablo", qui a refusé que ses parents et son frère fassent partie du projet. "Je ne voulais pas qu'ils parlent parce que je sais qu'ils n'aiment pas ça, même si ça s'est bien passé pour mes amis", ajoute-t-il.
Mais les difficultés se sont parfois nichées là où ils ne les attendaient pas. "J'étais dans le box et je détaillais mes sensations sur la moto, et c'était un peu secret…, rapporte Pecco Bagnaia. Et quand j'ai vu que quelqu'un m'enregistrait, je n'étais pas très content… Et mon chef d'équipe non plus." C'est bien ce que l'arrivée des équipes d'Amazon Prime Video a changé : cette prise de son partout, ce à quoi la Dorna se refusait jusque-là pour des questions de confidentialité. "Au début, je n'arrêtais pas de dire : 'Stoppez l'enregistrement !' Puis j'ai compris que je pouvais demander de ne pas garder un passage sensible", complète le Turinois.
Mais nul n'était tenu de se plier à tout. "Quand la Dorna m'a mis la caméra sur le coude à Portimao, Suzuki a refusé, se souvient Rins. Les autres équipes pouvaient voir les datas sur le tableau de bord : régime moteur, rapport, numéro de cartographie moteur..."
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"Je ne sais pas si dans la série de la F1 tout est véritable"

C'est acté, "MotoGP Unlimited" a aboli la frontière entre le personnel et le professionnel et plus rien ne sera jamais comme avant. Sans que les pilotes n'en attendent quelque chose de spécial en termes d'image. "Tout ce que je fais, je le fais parce que c'est naturel, souffle le Niçois, à qui on a demandé "plein de trucs" qui ne lui ressemblaient pas. "Certains continueront de ne pas m'aimer car cette série ne changera pas mon image", assène-t-il. Parce que chacun a voulu s'y retrouver tel qu'il est, sans faux-semblant. "J'étais moi-même", se plaît lui aussi à dire le vice-champion du monde transalpin. Il n'a pas non plus voulu surjouer façon "Drive To Survive", le docu F1 trop scénarisé de Netflix. "Je ne sais pas si dans la série de la F1 tout est véritable mais j'ai eu le sentiment, après avoir vu les épisodes 1 et 6, que la nôtre est plus authentique. Et d'ajouter, dans un éclat de rire partagé : C'est bien, tout le monde sait qui est Günther Steiner !"
Alors non, pas de frustration ni de jalousie. Les stars de la MotoGP sont assurément sous-estimées, moins célèbres, mais ça n'a pas d'importance. "Je m'en fiche, tranche Pecco. Pour beaucoup de raisons, la F1 a plus de visibilité car les voitures et les marques sont plus grosses que celles en moto. Les sponsors aussi. Je ne sais pas si cette série va nous rendre plus célèbres, et finalement ça ne m'importe pas, mais je suis content que les gens voient l'envers du décor de la MotoGP."
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Misano, "la meilleure image de notre bataille"

Fabio Quartararo partage aussi cette opinion quand il précise que "la F1 a plus de retentissement parce qu'il y a plus d'argent, de luxe". "Mais quand on parle avec les pilotes de F1, ils disent qu'on est fous car ils savent que les risques qu'on prend sont très élevés. D'ailleurs, les public de la moto et de la F1 sont à présent vraiment similaires en France. Mais évidemment, la F1 est connue depuis plus longtemps."
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Dans cette désormais inévitable comparaison avec "Drive To Survive", "MotoGP Unlimited" va facilement trouver sa place, d'autant que la série a tenu à montrer cet incroyable respect qui lie les protagonistes entre eux, malgré quelques escarmouches. Loin du sulfureux duel sur quatre roues entre Max Verstappen et Lewis Hamilton achevé sous fond de polémique à Abou Dhabi, Fabio Quartararo et Francesco Bagnaia ont détonné jusqu'au bout dans leur mano a mano empreint d'une estime réciproque. A Misano, Pecco a été le premier à saluer le nouveau roi de la catégorie, le cuir encore marqué par son combat de trop. "C'était selon moi la meilleure image de notre bataille. Il a fait preuve d'une pure élégance dans ce geste, apprécie encore le Méridional. J'ai du mal à imaginer la sensation que ça doit être de tout perdre d'une seconde à l'autre, et d'aller féliciter quelqu'un, quatre tours plus tard. Si cela avait été l'inverse, cela aurait été éprouvant. C'était une pure élégance de sa part."
"C'était normal, Fabio s'était battu avec moi pour le titre, modère Pecco. Je suis tombé et je l'ai attendu à la fin de la course pour lui dire qu'il avait fait un super boulot. C'est l'ADN de notre sport." Ils ne sont pas les seuls à l'incarner et ils sont prêts à recommencer.
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