Jusqu'ici, on posait la question pour la forme mais la réponse était toujours la même. Interrogés sur l'exemple à suivre, le modèle qu'ils rêvaient de calquer, les jeunes pilotes qui débarquaient en championnat du monde de vitesse n'avaient qu'un nom à la bouche : Valentino Rossi. C'était le cas de Marc Marquez. C'était aussi celui de Fabio Quartararo. Les réponses n'étaient donc pas franchement originales mais elles suivaient une forme de logique, tant la période de domination de l'Italien fut longue, marquante, unique.
Mais le temps passe, les générations aussi. Cette année, Lorenzo Fellon disputera sa première saison en championnat du monde de vitesse. S'il est né en 2004, au cœur du règne du Docteur, il est plutôt attiré par la carrière d'un autre géant. Celui d'après. "Marc Marquez a révolutionné le sport moto, nous souffle-t-il. Il a haussé le niveau, sur tous les circuits. Sa manière de rouler est impressionnante, son parcours est incroyable et mentalement, il est très fort. Après sa fracture de l'humérus, il aurait pu se dire : 'Je vais penser à ma vie, à l'avenir.' Le week-end d'après, il était sur la moto. C'est un guerrier, un grand exemple, un grand monsieur."
Il y aurait presque quelque chose d'effrayant à entendre un ado accorder tant d'importance à la notion de sacrifice. Elle a toujours été l'un des pans du succès, en moto ou ailleurs, mais elle touche, aujourd'hui, des pilotes de plus en plus jeunes. Fellon a enfourché son premier deux roues à l'âge de cinq ans.
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Lorenzo Fellon en piste en Aragon dans le cadre de la Red Bull Rookies Cup, le 20 septembre 2019

Crédit: Red Bull Racing

À quinze, il participait simultanément à l'European Talent Cup et à la Red Bull Rookies Cup, une fourmilière de jeunes talents dont le premier vainqueur fut Johann Zarco qui, lui-même, a longtemps suivi les conseils de Laurent Fellon, père de Lorenzo. À un âge où il est encore difficile d'imaginer son avenir, lui s'est fixé des objectifs clairs et précis. Et a déjà une idée de ce qu'il faut pour les atteindre.
J'ai appris la bagarre
"En ce qui concerne ma vie d'ado, c'est un peu plus compliqué mais il faut savoir faire des sacrifices pour y arriver, martèle-t-il. Je dois faire en sorte d'être plus mature que les jeunes de mon âge. Le sport de haut niveau, c'est difficile physiquement mais aussi et surtout mentalement." Jusque-là, sa vie est celle des circuits, des milliers de kilomètres engloutis en camion à travers l'Europe, des cours par correspondance avec le CNED (centre national d'enseignement à distance). Le tout évidemment accompagné de son papa, "dans la moto depuis des années et des années", comme il aime le rappeler. Et protecteur plus qu'incitateur.
"Je ne l'ai pas poussé, nous confie Laurent, qui suit son fils sur chaque épreuve. Il a eu naturellement envie de faire ça. Le rythme ? C'est celui du monde de la moto... Il est important que je sois à ses côtés pour lui apporter ce dont il a besoin." Lorenzo s'entraîne notamment au sein de l'école de son père, mais il est aussi accompagné de David Blanc, préparateur physique et mental. "C'est un peu un mentor", susurre le jeune homme.
Il fallait au moins cela, en plus d'une saison dans l'antichambre du championnat du monde - le CEV - pour préparer une promotion en Moto3. Une catégorie très homogène, de lutte à couteaux tirés, de prodiges aux dents longues, et où les futurs champions du monde MotoGP se révèlent. Joan Mir, sacré en 2020, avait dominé la classe seulement trois ans plus tôt. Fellon, lui, y débarque avec un bagage bien rempli. Et bien utile.

Mir, champion normal au bout d'une saison atypique

"En Red Bull Rookies Cup, j'ai appris la bagarre. Car il n'y a pas de 'triche' : tout le monde a la même moto et seul le pilote fait la différence, analyse-t-il. En CEV, c'est l'apprentissage du professionnalisme : on découvre le travail en équipe, l'analyse de la télémétrie, le retour des données à la descente de la moto... Tous ces petits détails qui font la différence dans les grandes catégories." De quoi arriver confiant. Sans s'emballer non plus. Le jeune pilote a un rêve, le même que tous ceux qui l'accompagneront sur la grille. Mais il refuse d'établir un plan de carrière.

Avec le Team Simoncelli

"Je préfère voir les choses petit à petit et ne pas me prendre la tête, explique-t-il. Le reste viendra automatiquement." "Si j'avais vu qu'il n'en avait pas les capacités, il n'aurait pas fait le grand saut en championnat du monde, renchérit son père, Laurent. Il est dans le bon état d'esprit, appliqué, il s'investit sans jamais rien lâcher. Il connaît sa direction et a envie d'y arriver. Je ne vois pas pourquoi ça n'irait pas."
Il n'empêche, Lorenzo Fellon devra appréhender un nouvel environnement, particulièrement concurrentiel et beaucoup plus exposé. Derrière Johann Zarco et Fabio Quartararo, qui ont probablement encore de belles heures devant eux en MotoGP, il est le seul pilote français engagé dans l'une des deux catégories inférieures. Et en 2021, il défendra les couleurs du Team Simoncelli, structure gérée par Paolo, le père de l'iconique pilote italien Marco Simoncelli, décédé en piste en 2011.
Mais au contraire des dernières années, Fellon aura un peu plus de temps pour faire ses preuves. "Ce contrat de deux ans me permet d'avoir une visibilité à plus long terme, précise-t-il. Franchement, ça me soulage. Changer de catégorie tous les ans, c'est un peu plus difficile parce que tu n'as pas de base sur laquelle te reposer, tu perds tes repères."
"La première année, c'est pour apprendre, ajoute son père. La deuxième, c'est pour faire des résultats." Très rares sont les pilotes capables de performer dès leur première saison en championnat du monde. Très peu sont ceux qui manquent d'ambition. Fellon n'en fait pas partie : "Ce serait bien de faire quelques coups d'éclat, pourquoi pas sur des circuits que je connais et que j'adore comme Spielberg, Misano ou le Mugello..."
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