"J'ai beaucoup appris"

Deuxième du 50m dos dimanche, Camille Lacourt boucle ses Mondiaux avec deux médailles dont un titre. Pourtant, cette campagne lui laisse un sentiment mitigé. Frustré de ne pas avoir évolué à son meilleur niveau, il promet de changer des choses pour les Jeux. Mais cette expérience le servira.

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Crédit: Eurosport

Parce qu'il a pris de trop bonnes habitudes, Camille Lacourt n'est pas du genre à se contenter de la deuxième place. A l'arrivée de la finale du 50m dos dimanche, sa première réaction fut une réaction de colère: un grand coup de poing dans l'eau, lorsqu'il a découvert que Liam Tancock le privait de la médaille d'or et du double 50-100 pour sept centièmes. "Je suis un compétiteur avant tout, souligne-t-il. Quand je vois que je suis second, je ne suis pas satisfait." Un tempérament d'éternel insatisfait finalement assez révélateur. Seule la victoire peut combler Lacourt.
Ce qui est vrai pour cette course l'est aussi pour l'ensemble de ses Mondiaux. Avec deux médailles dont une en or, le natif de Narbonne a largement rempli son contrat. Il s'est accommodé du statut de favori qui pesait sur lui. A part Laure Manaudou à Melbourne en 2007, jamais un représentant de la natation française n'avait affiché un tel bilan en individuel lors de Championnats du monde. Pourtant, Camille Lacourt choisit un terme plutôt négatif pour résumer sa semaine. "Frustrante", dit-il. Evidemment, il le sait, son bilan est bon. Remarquable, même. "Je suis allé chercher de belles choses au plus profond de moi, admet-il. J'aurais préféré l'or c'est sûr mais je suis content quand même."
"Une expérience de vie assez extraordinaire"
Mais si le nageur du CN Marseille conservera un souvenir mitigé se son séjour chinois, c'est parce qu'il n'a jamais eu le sentiment d'évoluer à son véritable niveau. Et pour un athlète, pour un compétiteur comme lui, il n'y a rien de pire. "Je suis arrivé à ces mondiaux en méforme. En tout cas loin de ma meilleure forme, explique-t-il. C'est quelque chose d'assez désagréable. C'est pour ça que j'éprouve un sentiment de frustration. Pas par rapport à mes résultats, mais par rapport à mes propres performances." Il ne faut jamais l'oublier, un nageur se bat contre lui-même et contre le temps avant de se battre contre les autres. Lacourt a évolué sur de telles hauteurs l'été dernier qu'il supporte mal le fait de ne pouvoir rivaliser avec ses chronos sidérants du Championnat d'Europe 2010. En finale du 50m dos, par exemple, il avait nagé une demi-seconde plus vite à Budapest. S'il avait été lui-même, il n'aurait fait qu'une bouchée de Tancock.
Il connait parfaitement les raisons de ce tassement, d'ailleurs très relatif, dans ses performances. L'Euro 2010 l'a fait passer du statut de quasi anonyme à celui de star médiatique. Lacourt n'est plus seulement un nageur, c'est devenu un people. "Il y a eu toute cette vie un peu folle qui m'est arrivée cette année, confie-t-il. J'en ai bien profité, je ne le regrette pas. Mais, même si j'étais présent aux entraînements, c'était plus difficile de récupérer des sollicitations. Ça reste quand même une expérience de vie assez extraordinaire." Incontestablement, ce changement de vie ne constituait pas le meilleur moyen de préparer sereinement l'échéance mondiale. "J'ai fait quelques erreurs sur la préparation, dit-il encore. Je n'ai pas récupéré comme il fallait. Ce sont plein de petits détails qui ont fait que je n'étais pas à 100%. Clairement je me suis fait peur."
Au terme de ces semaines stressantes et de ces Mondiaux sous tension, il dit avoir grandi. "J'ai beaucoup appris", assure-t-il. Sortir avec un tel bilan en étant si loin de son seuil potentiel de performance lui donne finalement de grands espoirs pour 2012. Promis, on ne l'y prendra plus. "Je vais repartir sur d'autres bases, un peu comme avant les Europe. Il n'est pas question d'arriver aux Jeux en méforme", se promet le Français. "Je sais que l'an prochain c'est l'or olympique qui va primer dans ma vie. Je vais tout faire pour y arriver et arriver vraiment à 100% lors des Jeux." A Londres, il devra se focaliser sur le 100m dos, le 50 ne figurant pas au programme des JO. S'il conquiert l'or olympique après avoir été roi d'Europe et du monde, il prendra encore une autre dimension. Il sera alors difficile de parler de frustration, même pour un tel perfectionniste.
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