Le paradoxe Bernard

Et si c'était l'année de toutes les surprises pour Alain Bernard? Bonnes ou mauvaises. Privé de 100m aux Mondiaux de Shanghai, l'Antibois a reporté ses ambitions sur le 50. Une distance où il manque de confiance. Pourtant, le voilà en finale. Et selon Denis Auguin, tout peut s'y produire samedi.

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L'équipe de France attendait Frédérick Bousquet. Elle compte désormais sur Alain Bernard. Eliminé dès les séries sur ce qui reste pourtant sa discipline fétiche, Bousquet a laissé Bernard orphelin en demi-finales du 50m nage libre. L'Antibois, à l'inverse de son compère, n'est pas un véritable spécialiste de la longueur de bassin. Il n'a jamais eu le 50 dans le sang. Mais après avoir signé le 10e temps du premier tour, il a haussé son niveau vendredi soir à Shanghai, pour nager en 22.07. Cela lui a valu le huitième temps des demi-finales. C'est passé ric-rac, mais Bernard est en finale.
Il fera un drôle de bizut. Lui, le champion olympique du 100m, n'avait encore jamais évolué à ce niveau sur 50m. "Aussi paradoxal que cela puisse paraître, souligne son entraîneur Denis Auguin, c'est effectivement sa première finale aux Championnats du monde sur 50m. C’est à la fois un soulagement et une satisfaction." Bernard a un souci pour briller sur cette distance: son départ n'est pas suffisamment performant. Sur 100m, ce n'est pas rédhibitoire. Sur 50, ça l'est souvent. Lors de sa demi-finale, il est ressorti de l'eau en dernière position. Derrière, personne n'est plus rapide que lui. "Si on regarde les analyses de courses, reprend Auguin, c’est Alain qui est le plus rapide dans la partie de nage pure. Son point faible c’est la foulée dans les 10 premiers mètres où on observe un déficit de vitesse. Il accumule un retard de l’ordre de 20 à 30 centièmes aux 15 premiers mètres."
La ligne d'eau 8? Pas un désavantage
Toutefois, Bernard avait pris un meilleur départ le matin lors des séries. S'il veut avoir une chance d'accrocher une médaille samedi, il devra sortir la course parfaite. "Pour être dans le coup, il faudra qu’il additionne le premier 25 mètres des séries et le deuxième 25 mètres de ce soir (vendredi soir). Il faudra qu’il réalise les premiers 15 mètres qu’il n’a jamais faits." estime son entraîneur. Dans ce sprint à l'état pur, tout se passe aussi beaucoup dans la tête. Surtout à ce niveau. Or Alain Bernard n'a jamais possédé la même confiance que sur la distance supérieure. Un élément clé. Une fois franchie cette barrière psychologique, il n'y a aucune raison pour qu'il ne brille pas. Denis Auguin, encore: "C’est vrai qu’Alain a un peu moins d’engouement pour le 50 que pour le 100. Il faut qu’il prenne confiance dans sa nage. S’il y parvient, il peut accomplir de très belles choses. En demi-finales, il me semble qu’on a franchi un palier dans la confiance."
L'objectif, c'est donc de se libérer complètement en finale. Le podium est à ce prix. Intrinsèquement, Alain Bernard a les moyens de décrocher une médaille. "Il y en a peut-être un ou deux qui sont devant mais derrière, ça reste ouvert", juge l'intéressé. Il pense sûrement aux Brésiliens Bruno Fratus et Cesar Cielo, qui ont nagé en 21.76 et 21.79. Derrière, les cinq autres qualifiés se tiennent en 13 centièmes, de Nathan Adrian (21.94) à Bernard (22.07). "Et personne ne s'est caché", assure le Français. Sur 50, ce n'est de toute façon pas possible à ce niveau. Puis il y a eu des surprises. Le jeu s'est ouvert. Les deux premiers du Championnat d'Europe 2010, Bousquet et Nystrand, ont disparu. "Une finale, c'est une finale, tout peut arriver", se persuade-t-il.
Contrairement aux précédentes grandes finales qu'il a disputées sur 100m, où il comptait parmi les grands favoris, Bernard sera relativement tranquille. Un atout, selon Denis Auguin: "La pression ne sera pas sur lui. Ce sont les autres qui vont se la partager." Même son couloir 8 ne sera pas forcément handicapant d'après son entraîneur. "Ce n’est pas plus mal d’être en aveugle. Comme il respire du côté droit, il ne va pas du tout voir ce qui se passe dans la course même si en nageant il voit un peu ce qui se passe sur les côtés. En tous cas je ne pense pas que cela soit un désavantage." Bernard médaillé d'un 50m dont Bousquet n'aurait pas passé les séries, personne n'aurait misé un yuan dessus. Nous ne sommes plus qu'à un peu moins de 22 secondes de ce drôle de scenario.
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