6 Nations I Angleterre - France I Betsen : "Les Anglais refuseront de voir Twickenham encore assiégé par les Français"

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Ancien flanker illustre de l’équipe de France, Serge Betsen (63 sélections) vit à cheval entre l’Angleterre et l’Hexagone où il gère une entreprise éco-responsable de recyclage de ballons de rugby. Pour l’ex-Biarrot, le traumatisme vécu par les Anglais en 2023 lors de la dernière visite du XV de France à Twickenham (10-53) peut les amener à se transcender samedi contre les Bleus.

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Propos recueillis par Anthony Tallieu
Comment expliquez-vous que le XV de la Rose en soit venu au fil des dernières années à être outsider à domicile face à la France ?
Serge Betsen : Il faut rappeler que récemment, trois clubs de la première division anglaise ont déposé le bilan. On a aussi vu des joueurs anglais confirmés débarquer en Top 14 ou en Pro D2. L’avenir du rugby en Angleterre est une vraie question. La taille de son réservoir aussi mais il y a toujours, je pense, une volonté d’exister dans le Tournoi des 6 Nations. Il y a aussi une très jeune génération anglaise de qualité qui a remporté la dernière Coupe du monde U20 en battant les Bleuets en finale. L’idée pour la fédération anglaise est d’amener cette génération à maturité pour qu’elle puisse prendre la relève mais cela reste assez fragile.
Où placeriez-vous l’Angleterre aujourd’hui dans la hiérarchie du rugby mondial ?
S.B. : Vu ce qu’elle a montré samedi dernier en Irlande (27-22, ndlr), je ne pense pas me tromper en disant qu’elle est au-dessus du pays de Galles ! Plus sérieusement, elle a perdu des matchs en novembre mais cela ne s’est pas joué à grand-chose. Tout comme cela ne s’est pas joué à grand-chose contre nous l’an dernier au Stade de France (33-31). Elle n’est donc pas si loin des meilleurs.
"Dupont est sur toutes les lèvres"
Le XV de France doit-il craindre cette équipe d’Angleterre ?
S.B. : Il ne faut jamais baisser la garde contre une équipe comme l’Angleterre. On l’a constaté à la Coupe du monde, où on la voyait au fond du trou et elle a su se montrer compétitive. Et plus récemment en Irlande samedi dernier, où elle a quand même pris le bonus défensif (27-22) après avoir été devant en première mi-temps. Je crois qu’il ne faut surtout pas se relâcher et regarder de haut cette équipe, surtout qu’elle aura à cœur de prendre sa revanche par rapport à ce fameux match à Twickenham il y a deux ans.
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"Au moins, cette équipe est restée sérieuse du début à la fin"

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Le bonus défensif pris en Irlande lors de la première journée du Tournoi est-il de nature à rassurer outre-Manche ?
S.B. : Les Anglais ont trouvé une forme d’unité avec les avants. On voit une tendance avec le nouveau capitaine, Maro Itoje, qui a beaucoup d’expérience et a toujours fait des grands matchs avec son pays. Il y a aussi une nouvelle génération qui amène une nouvelle dynamique et il faut espérer que l’Angleterre ne soit pas aussi consistante samedi qu’elle l’a été à Dublin. Maintenant, je pense qu’ils craignent énormément la France. Antoine Dupont est sur toutes les lèvres, tout comme le premier match des Bleus écrasant contre le pays de Galles (43-0). Il y a une grosse peur mais ils se disent aussi qu’ils peuvent intimider le XV de France, notamment avec leur stratégie de rush défense qui a plutôt bien marché contre l’Irlande.
La lourde défaite de 2023 contre les Bleus (10-53) peut-elle être un levier de motivation pour les Anglais ?
S.B. : Oui bien-sûr ! Pour ceux qui ont joué au rugby ou fait de la compétition, quand on connaît une défaite d’une telle ampleur, on se pose énormément de questions. Cela m’est arrivé et je me rappelle que dans ces moments, je me demandais s’il ne fallait pas que j’arrête de jouer au rugby.
Laver le "terrible affront" de 2023, une motivation toute trouvée pour les Anglais
Et ?
S.B. : Quand on est humilié par un adversaire, c’est aussi là qu’il faut savoir trouver les ressources pour se réinventer et aller de l’avant. Les Anglais qui étaient sur le terrain ce jour-là auront, je crois, vraiment à cœur de laver ce terrible affront et de montrer un autre visage. Ils refuseront de voir Twickenham encore assiégé par les Français.
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Certains d’entre eux ont toutefois subi des revers aussi cuisants cette année en Champions Cup face à des clubs français…
S.B. : Oui mais je ne serais pas aussi optimiste à avancer que ce sera la même histoire samedi. Le contexte est totalement différent et comme je l’ai dit, quand on a vécu un traumatisme aussi sévère que celui qu’ils ont connu en 2023 contre la France, on fait vraiment tout notre possible pour ne pas revivre un tel moment. J’ai donc tendance à penser qu’on verra une équipe d’Angleterre préparée. Et si je crois en une victoire française, je ne suis vraiment pas sûr qu’elle sera aussi large qu’il y a deux ans.
Pensez-vous que les Anglais puissent néanmoins aborder le "Crunch" de samedi avec confiance ?
S.B. : J’ai lu un article cette semaine dans lequel un Anglais disait que Dupont était un joueur comme un autre qui tombe quand on le prend aux chevilles. Je lui dis "bon courage !" Ce flegme-là, qui est aussi une façon de se protéger, est déstabilisant pour nous. J’aurais voulu qu’il parle différemment, qu’il ait un peu plus peur. Donc on verra bien sur le terrain. Vous savez, après ce fameux match de 2023, j’ai dit aux Anglais que je resterai encore dix ans chez eux pour les chambrer avec ce match et me venger de toutes les fois où ils m’ont maltraité après des défaites des Bleus ! J’espère que la France va encore montrer tout le talent qu’on a vu d’elle contre les Gallois.
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